Tikehau

Balades à Tikehau

Et le soleil apparaît… il fait s’évaporer notre fatigue, scintiller les vagues, dorer le sable et colorer les coraux: il redonne vie aux îlots isolés qui ceinturent le gigantesque lagon de Tikehau, que nous n’osons pas encore traverser. Nous restons une bonne semaine à notre mouillage près de la passe, pour plusieurs raisons: la plus évidente, reprendre du poil de la bête. Puis, pour écouter de nouvelles histoires; celle de Timshel tout d’abord, notre voisin si accueillant à notre arrivée. Agnès et Claude sont partis, il y a 40 ans, de France avec leur monocoque et leurs deux jeunes enfants, avec des cartes et un sextant. Ils sont arrivés 3 ans plus tard aux Marquises, puis se sont installés à Tahiti, Claude a monté son chantier naval, a construit Timshel, avec lequel il a affronté le Cap Horn, est remonté jusqu’en Alaska, et profite d’une retraite bien méritée à Tikehau. Nos voisins connaissent l’atoll par cœur, y passant une bonne partie de l’année, et nous recommandent les mouillages en fonction du vent, nous informent du jour de passage de Dory, le bateau ravitailleur, des us et coutumes des habitants… Un trésor pour deux voyageurs un peu perdus dans ce nouvel environnement tout plat. Les Tuamotus, ce sont uniquement des atolls à fleur d’eau; nous cherchons vainement le relief au milieu du lagon, mais il a disparu depuis bien longtemps. C’est donc un chapelet d’îles qui s’égrainent le long de la barrière de corail, et qui se maintiennent grâce à la production de récif par le corail (et de sable par les poissons perroquets) ! La vie des îles du Pacifique… Une nouvelle île s’est crée il y a 15 jours dans l’archipel des Tonga, suite à une éruption volcanique: c’est parti pour un nouveau cycle de plusieurs millions d’années!

Lorsque la houle et les vagues le permettent, Claude initie Vincent à la chasse sous-marine: nous avons récupéré un harpon des anciens propriétaires du bateau, mais préféré pour le moment les shooting photos au shooting tout court. Claude équipe Vincent en plombs et en gants, lui donne quelques conseils, et c’est tout sourire que Vincent revient de sa pêche: 4 magnifiques poissons-perroquets*! Nous en congelons deux, et dégustons les deux autres cuit lentement à la poêle: un régal!

* Précisons tout de même qu’il faut faire attention à la ciguatera – appelée communément gratte. C’est une algue microscopique qui peut proliférer dans le corail et remonter la chaine alimentaire via le poisson de récif sur lequel elle n’a aucun effet. Elle est sans odeur, non détruite à la chaleur et non détectable! (même si il existe des méthodes empiriques comme donner un bout du poisson aux fourmis et guetter si elles s’en désintéressent ou utiliser son chat comme goûteur) Elle a malheureusement beaucoup d’effets quelques heures après l’ingestion de poisson contaminé dont le fait de gratter un peu partout et surtout aux articulations. Il faut donc bien se renseigner avant de pêcher car la contamination dépend des sites et des espèces de poissons. Par bonheur peu d’espèces sont touchées à Tikehau et nous avons donc eu le choix dans notre pêche ! Ensuite pour limiter le risque, il vaut mieux aussi vider le poisson juste après la pêche; nous en avons aussi profité pour le manger juste après… tout frais !


Un nouveau monocoque s’installe dans notre petit mouillage: celui de Mathieu, gréeur à Tahiti, parti lui aussi de France il y a quelques années avec sa femme; ils ont terminé leur course en Polynésie, monté leur entreprise, fait des enfants, le tour des archipels, et préparent tranquillement leur bateau à remontrer vers le nord… Bon, nous avec notre traversée de 50h, on fait moins les malins… Même si leur traversée depuis Tahiti n’a pas été de tout repos non plus, ils ont été bien secoués! Les filles font connaissance avec le mousse de bord, Manoa, trop content de venir sauter sur le trampoline de Fakarêver!
On découvre le motu jouxtant notre mouillage, avec une magnifique balade le long du lagon, puis vers la haute mer en traversant cette petite bande de terre couverte d’une végétation très courageuse: capable de pousser au milieu des coraux desséchés et noircis de la côte, ne vivant que de l’eau de pluie distribuée avec brusquerie par les grains passagers, elle est le refuge de centaines d’oiseaux noirs et blancs, les vrais maîtres des Tuamotus.

Timshel à gauche, Fakarêver à droite!

Lundi 25 novembre, nous profitons d’une accalmie du vent pour lever l’ancre démêler la chaine de la patate de corail qui nous a aidé à nous maintenir durant les rafales à 30 nds, et descendons au village de Tuherahera: nous suivons le chenal, et nous en profitons pour nous familiariser avec la navigation au milieu de cet immense lagon – il paraît qu’il faut être constamment vigilants, à cause des cheminées de corail qui affleurent un peu partout. Un peu angoissée au départ, mais finalement rassurée: l’eau étant profonde, on voit très facilement ces grosses taches claires au milieu du bleu cobalt – en tout cas par temps clair et ensoleillé.
Nous mouillons près du quai d’embarquement, en nous renseignant sur la manoeuvre du Dory: a priori c’est bon, il ne nous écrasera pas… Il y a pas mal de houle, le vent étant encore du Nord, mais on prend l’habitude du balancement, plus confortable en catamaran qu’en monocoque…
Petite promenade dans le village: des fleurs, des beaux petits fares (maisons locales), des chiens, des poules, des noix de cocos en train de sécher pour la coprah, des églises (au moins 3 pour 530 habitants), des « Ia Orana! » à chaque croisement, des petites épiceries attenantes aux maisons, des épiciers accueillants qui proposent un brin de causette… Qu’on est bien à Tikehau! Nous passons devant l’école au moment de la sortie de la nuée d’enfants en tongs et pieds nus, qui rentrent en courant, en vélo, en scooter, en pick up rouge. Nous en retrouvons quelques unes au snack près du petit port, qui viennent s’attabler avec nous et nous raconter leur matinée; elles acceptent de nous chanter ce qu’elles ont appris aujourd’hui: chouette, une chanson polynésienne! « Petit papa Noëëëëëllll!! »… tant pis, mais au moins on peut chanter avec elles!

Nous en profitons pour nous renseigner pour des cours de plongée sous-marine: Gabriel, le petit frère de Vincent, nous rejoint avec Morgane dans 15 jours à Rangiroa, et comme ce sont des plongeurs confirmés, nous avons envie de découvrir les fonds marins avec eux! Le petit club Tikehau Plongée nous propose une formation de Niveau 1, et des solutions pour garder les filles: elles peuvent venir sur le bateau de plongée avec nous, ou rester au club avec les filles du patron… Tout le monde y trouve son compte, que demander de plus?
Le Dory, le bateau ravitailleur qui fait le tour des îles des Tuamotus avec les produits frais, arrive mardi après-midi: nous assistons à sa manœuvre d’appontage et de déchargement depuis chez nous, grande affaire qui nous distrait de même que le village une bonne partie de la soirée: ballet de transpalettes, de pick up, de vélos, chacun venant chercher un colis, une caisse, un congélateur, de l’essence…

Nous récupérons le lendemain matin des légumes et des œufs, mis de côté dans un carton par l’épicier, et étrennons les trottinettes gentiment laissées par les anciens propriétaires: les (deux) rues sont droites et plates, quasi désertes, ça fait du bien de filer à toute allure sous les palmiers! Nous allons jusqu’à l’aéroport, dont la piste d’atterrissage se profile au milieu de deux bandes d’herbes vertes, cernées par les cocotiers. Nous croisons Pénélope, rencontrée la veille au club de plongée, qui nous raconte son arrivée sur l’île: venus de Sète il y a un an avec son compagnon moniteur de plongée, ils voulaient quitter la métropole, et se sont retrouvés au bout du monde: aucun regret!

Jeudi 28 novembre, premier cours de plongée: tout le monde à bord, les filles en combi néoprènes, avec un premier arrêt au spot des raies mantas: comme à Maupiti, elles se font nettoyer par des petits poissons toujours au même endroit du lagon, près d’une ancienne ferme perlière où se rendent tous les bateaux de touristes.

Nous avons de la chance, elles sont 5 ce jour-là à faire des ronds dans l’eau, à quelques mètres au-dessous de nous: la visibilité est belle, les filles en prennent plein les yeux!
Puis nous traversons le lagon en 20 minutes (contre les deux heures que nous avions mis pour la même traversée très tranquillement à la voile avec un vent léger léger …) pour plonger à la passe: trois autres plongeurs aguerris nous accompagnent sur le bateau, mais effectuent leurs deux plongées avant et après la nôtre: Lucie et Justin, étudiants en dernière année de médecine venus faire leur stage de 6 mois à Raiatea, à l’hôpital et au dispensaire; Martina, une Allemande de Hambourg qui a démissionné de son poste à la banque, trop prenant, pour voyager au gré de ses envies pendant un an.
Ronald, notre instructeur, nous briefe pour notre premier cours, attentivement écouté par Cécilie, puis c’est parti pour les grandes profondeurs: 10 mètres déjà, ce sera bien. L’air de la bouteille, asséché pour éviter la corrosion, me paraît moins nourrissant que l’air saturé d’humidité de la Polynésie, mais la respiration se met en place tranquillement. C’est étrange de voir les poissons du dessous! Nous faisons quelques exercices, plus ou moins évidents: le moniteur nous remplit notre masque d’eau, et nous sommes sensés le vider en soufflant très fort par le nez… donc garder son calme avec de l’eau plein les yeux et le nez à 6 mètres de profondeur… Vincent parvient à enlever son masque puis à le remettre, de mon côté on recommencera demain! Exercice suivant: enlever le détendeur (par là où on respire) puis le remettre en l’ayant purgé. Là ça va mieux, il suffit de fermer la bouche… Check!
Nous terminons par une petite balade au fond de la passe, qui nous apparaît comme un paysage complètement nouveau: des falaises s’élèvent au-dessus de nous, des aspérités se révèlent, pleines d’habitants aux yeux ronds et aux écailles multicolores… Plonger plus profond redonne leurs reliefs aux fonds marins, la suite des plongée va être passionnante!
Nous rentrons sur Fakarêver bien fatigués; une pluie torrentielle nous permet de faire une sieste, et nous accueillons pour l’apéritif les deux jeunes presque médecins, bien tentés par une aventure en bateau dans quelques années! Nous essaierons de nous revoir à Raiatea avant la fin de leur stage.
Nouvelle plongée le lendemain, les filles restent cette fois au club de plongée avec la gérante, qui récupère ses filles de 4 et 9 ans à 11h30: elles ne devraient pas s’ennuyer… Le bateau de plongée est plein, six Espagnoles en repérage pour des charters font une sortie snorkeling, qui se transforment rapidement en promenade sur le motu, certaines ayant le mal de mer. Martina, l’Allemande de la veille, fait une nouvelle sortie, espérant croiser le requin tigre et les quelques requins marteaux habitant le coin… Elle a déjà plongée à Rangiroa et Fakarava, nous confirmant la magie de ces sites!
Notre deuxième leçon se passe bien: je suis beaucoup plus à l’aise avec la respiration, je réussis l’exercice du masque plein d’eau, et nous apprenons à gérer l’air de nos gilets, qui nous permettent d’évoluer en hauteur dans l’eau. J’ai du mal à reconnaître le site de la veille: nous perdons complètement nos repères au fond de l’eau; nous nageons au milieu de poissons anges citron et de poissons cocher, et admirons un banc gigantesque de perches qui forment en se rassemblant des énormes silhouettes fantastiques. Un poisson Napoléon, imposant – environ 1 mètre de long et bien ventru-, traverse cette foule qui se désagrège et se retransforme instantanément.
Les filles ont passé une belle matinée, avec des bonbons, la télévision, et une maman chat qui a mis bas à des mignons chatons, pas de problème pour y revenir dimanche!
Voilà déjà deux semaines que nous sommes à Tikehau, et il nous reste encore tant de choses à voir: l’île aux oiseaux; les jardins de la communauté d’Eden, à l’est de l’île; le village abandonné au nord; et trois dernières plongées avant d’avoir notre diplôme de niveau 1. Puis il nous faudra partir pour Rangiroa, où nous sommes attendus à l’aéroport le 16 décembre! Même si on a du mal à croire que nous serons le 1er décembre demain… Heureusement les filles tiennent le compte des jours, et Agathe a préparé un calendrier de l’avent fait maison, histoire d’être sûre qu’on ne loupe pas Noël!

4 réflexions au sujet de “Balades à Tikehau”

  1. voilà le retour à une vie plus calme… et néanmoins riche de nouvelles découvertes! J’ai beaucoup aimé plonger en Nouvelle-Calédonie et découvrir un nouveau monde, si coloré et déroutant! Mais exigeant!
    Bonnes plongées et bises, aussi d’Orianne, Alexia et Danaé chez qui je passe la journée. Des bisous tout spécialement pour Agathe et Cécilie!
    Miquette

  2. Bon, je ne suis pas au point pour la plongée, mais avec des infos si détaillées, Leslie, c’est comme si c’était fait ..
    Je comprends qu’on quitte, du moins provisoirement, la parfois rude vie française pour les eaux cristallines de la Polynésie ..
    Mais il faut aussi mille qualités de bricoleur, d’ouverture à une autre culture, et d’adaptation ..Une autre école pour les filles qui va leur laisser des impressions durables ..
    Bises à tous, et surtout, continuez à nous entraîner si gentiment dans vos aventures lointaines ..
    Emmanuelle

    1. Merci pour ton soutien et tes retours! Cette aventure demande beaucoup d’adaptabilité pour toute la famille, c’est passionnant, mais pas toujours évident :o)! bises à toi!

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