Marquises

Nuku Hiva, “la crête des falaises”

Mercredi 24 juin, c’est avec quelques heures de retard (un peu comme cet article…) que nous atterrissons sur cette nouvelle île, mais cette fois encore l’atterrissage est splendide : les terres qui entourent l’aéroport sont quasiment désertiques, rouges et ocre recouvertes d’une végétation très clairsemée. Alvane, notre hôte pour la semaine, nous accueille avec de belles couronnes de fleurs, le climat ne doit donc pas être si sec que cela…

La ville principale, Taiohae, est de l’autre côté de Nuku Hiva, il faut donc traverser complètement l’île pour l’atteindre, soit un voyage d’1h30 sur une magnifique route goudronnée – contre 4h30 jusqu’au début des années 2000, quand la route était encore une piste qui longeait la côte. Nous en prenons plein la vue : après les terres désertique,s nous nous arrêtons au bord d’un énorme canyon qui se jette dans la mer, puis au bout de quelques lacets nous atteignons le col qui nous dévoile tout le sud de l’île, avec même une vue sur Ua Pou et Ua Huka, les deux petites voisines. Nous sommes à 1000m d’altitude, et nous retrouvons avec bonheur l’air montagnard, sec et frais ; le plateau qui s’étale à nos pieds est recouvert de pins, forêts trouées de pâturages bien verts, on se croirait dans le Jura ! Les paysages sont cette fois-ci très humides, les nuages restant souvent coincés par le mont Tekao qui culmine à 1224m. Mais comme il y a moins de soleil, les plantations se font tout de même sur le côté nord, avec l’eau captée au sud.

La descente sur la baie de Taiohae est splendide dans la lumière de fin de journée ; Claudine nous accueille à la pension, dont elle a refait la déco pendant le confinement : de beaux tissus habillent les murs et le balcon, un petit coin salon / lecture attend les filles avec des livres, la terrasse offre une vue magnifique sur la baie, on va être bien ! Les filles ont même une copine : Cécile (Tehia de son nom polynésien), 6 ans, les rejoint rapidement dans leurs histoires de dragons et de souris…

Nous faisons un tour sur le bord de mer, en comptant les nombreux voiliers au mouillage. Durant le confinement, nous avions eu quelques échos des conditions de mouillage et d’accueil dans cette très grande baie, assez protégée des vent mais aussi remuante à cause de la houle du sud, obligeant les bateaux à poser une ancre arrière pour plus de stabilité. L’accueil des habitants avait été assez tendu dans les premiers temps du confinement, les plaisanciers ne pouvaient pas descendre à terre, mais très vite une solidarité s’était mise en place, avec notamment des colis de fruits frais offerts par les villageois. Il y a eu jusqu’à une centaine de bateaux ancrés dans la baie: ceux qui avaient commencé leur traversée du Pacifique avant le confinement faisant une première escale à Nuku Hiva. Ils ne sont plus aujourd’hui qu’une quarantaine, des nouveaux arrivants en provenance de Panama, mais aussi des quasi-résidents, travaillant depuis quelques mois ou quelques années aux Marquises. Nous croisons quelques annexes avec des petites têtes blondes, cela nous fait tout drôle d’être « de l’autre côté » !

Vendredi, nous louons une voiture pour explorer l’île, et tentons une belle randonnée sur le plateau de Toovii, notre Jura marquisien. Le temps est menaçant, il paraît que « ça va s’éclaircir là-haut » ; nous trouvons le début du chemin, très accueillant avec un beau panneau indiquant le parcours et les différentes espèces endémiques à guetter. Le terrain est boueux – c’est là que les nuages restent accrochés – et j’ai à peine le temps de commencer à filmer que Cécilie fait un plongeon dans une énorme flaque. On essuie comme on peut, on continue quand même, mais on se croirait de plus en plus au milieu de la lande bretonne, tant par le vent que par le crachin, nous rebroussons chemin. Nous prenons la route splendide qui mène vers l’aéroport, cherchant un coin plus sec, et finalement pique niquons devant l’immense canyon aperçu à notre arrivée. Ici le temps est au beau fixe, on regarde les chèvres s’ébattre sur les pentes à pic, le pied toujours aussi sûr.

En fin d’après-midi, grand évènement : le président de la Polynésie Française arrive ! Nous l’avons loupé à Hiva Oa, cette fois-ci nous serons là ! Il n’y aura pas quatre jours de festivités comme prévus sur l’île précédente, mais Claudine, qui travaille à la mairie, nous dit que quelques danses traditionnelles seront au programme. Nous assistons à l’accueil de la délégation par les enfants des écoles, pas aussi nombreux qu’à Atuoana mais aussi émouvants, puis à des discours… et des discours… Alvane, notre hôte, nous attend dans la voiture, nous le rejoignons assez rapidement, mais Claudine nous rappelle au bout de 30 minutes, les danses vont commencer ! Nous arrivons à un moment historique : le président annonce le retour d’un hélicoptère à Nuku Hiva pour les évacuations sanitaires ! Retiré depuis 2007 pour des problèmes de rentabilité, de nombreux accidents sont devenus mortels faute d’une évacuation rapide vers l’hôpital de Taiohae ou à Papeete, le dernier en date étant la mort d’un nourrisson de Ua Pou en janvier, qui avait dû être évacué en bateau- 3 heures de mer… Les habitants sont donc extrêmement soulagés de la présence de cet hélicoptère, attendu depuis bien longtemps !

arrivée de l’hélicoptère par l’Aranui quelques jours plus tard

Enfin, les danses : dix minutes de Haka marquisiens, très impressionnant… on est loin des jolies vahines polynésiennes, mais on a autant de frissons !

Samedi 27, nous partons dans la vallée d’Hakaui pour admirer l’immense cascade de Vaipo ; l’excursion commence en bateau pour rejoindre la baie, puis à pied le long d’une ancienne route royale qui reliait le village au nord de l’île. Au milieu de la forêt surgissent des amas de pierres en parfait état, permettant de surélever le chemin lors des crues de la rivière, signes de grands travaux entrepris il y a plusieurs siècles, bien avant l’arrivée des Européens. Notre guide sympathique nous emmène au pied de falaises gigantesques, et nous pointe du doigt des petites taches blanches en plein milieu de ces immenses surfaces rocheuses : ce sont des pirogues-sarcophages, en bois imputrescible, des anciens chefs de la vallées. Ils veillent sur leurs sujets, à la vue de tous, mais pas à la portée du premier venu, puisqu’il n’y a plus de chemin qui conduisent aux grottes (pour rester tranquille!). Des archéologues sont venus il y a quelques années avec un drone pour confirmer ce que tout le monde se racontait, mais pour le moment personne ne compte aller les chercher… Les Marquisiens n’enterraient pas leurs morts, puisque les âmes devaient rejoindre Hawaiki, la terre mythique, via la mer. Les corps étaient séchés sur des plateformes, au grand dam des missionnaires, qui ont tôt fait d’enterrer tout ça, en créant des cimetières sur les anciennes zones des morts…

Sur le chemin du retour nous faisons trempette dans la rivière, délicieusement fraîche et agréablement non salée, et puis déjeunons chez la cousine de la guide, qui nous a préparé notamment des « chevrettes », des petites écrevisses de la rivière ! Son jardin est magnifique, on trouve des dizaines de légumes et de fruits différents, des aubergines à la canne à sucre en passant par l’ananas et le uru. Il n’y a plus aujourd’hui qu’une vingtaine d’habitants permanents dans ce petit village luxuriant, mais beaucoup d’habitants de Taiohae viennent y passer les week-ends et les vacances.

Autre belle rencontre de cette excursion : une famille de touristes ! Nous les avions aperçus dans l’avion de Nuku Hiva (il y a – bizarrement avec les avions coupés – très peu de touristes français avec des enfants en ce moment), et sommes très heureux de pouvoir faire plus amplement connaissance : Paul-Louis et Séverine sont originaires de Paris, et avaient prévu de prendre six mois de congé pour faire le tour du monde avec leurs trois enfants, Brieuc, Elise et Martin, à partir de … fin mars. Les billets étaient évidemment pris, première étape en Amérique du Sud, mais les évènements s’accélérant, leur projet semblait prendre l’eau ; ils prirent finalement un avion pour la Polynésie à quelques jours du confinement, et se retrouvèrent « coincés » à Moorea, au milieu des ananas et des cocotiers. Le déconfinement enfin annoncé, le monde est désormais fermé, la famille décide de passer ses quelques mois restants dans les archipels Polynésiens, au lieu des quelques jours prévus à l’origine dans leur planning de globe-trotteurs. Ils découvrent ainsi Bora Bora dans des conditions idylliques, seuls au monde, puis Rangiroa, et maintenant les Marquises, avant d’aller jusqu’aux Australes ! Les filles sont ravies de rencontrer d’autres voyageurs, et nous décidons de nous retrouver pour d’autres promenades dans la semaine qui viennent !

Hé, mais c’est mon anniversaire ! Et, chose folle, c’est aussi celui de la petite copine du fils de nos hôtes, qui arrivent justement aujourd’hui de Papeete pour passer quelques semaines au vert… Nous fêtons donc ces évènements à la pension avec deux beaux gâteaux, supervisés par Agathe et Cécilie (elles s’étaient assurées qu’il y en ait un le soir, et étaient toutes étonnées quand Claudine leur a confié ne pas savoir faire de gâteau… Elle qui cuisine si bien, alors que même leur maman sait faire un gâteau au chocolat ^^ … Mais une voisine s’est chargée de l’affaire, soulagement…) ; j’ai eu droit à une belle couronne, et une soirée unique !

Dimanche, nous allons à la messe dans la cathédrale de Taiohae, toute de noir vêtue, peuplée de paroissiens tout en blanc. Il y a deux baptêmes, nous avons droit à la « version longue » de la liturgie selon Claudine, très différente des cérémonies de Fakarava, mais les chants polyphoniques sont tout aussi beaux !

Nous croisons nos nouveaux amis parisiens, et nous donnons rendez-vous l’après-midi pour une petite balade jusqu’à la baie Colette, de l’autre côté de la baie de Taiohae. C’est chouette de se promener entre copains ! Bon, Cécilie s’étale à nouveau en fin de parcours – je ne suis pas toute seule à être fatiguée par la fin de ce voyage – et cette fois ce sont des cailloux au lieu d’une flaque qui la réceptionnent, la privant de baignade à l’arrivée, mais les grands s’en donnent à cœur joie dans les vagues de la baie ! Quelques nonos tentent leur chance, mais nous sommes toujours protégés par notre huile de monoï à la citronnelle, impénétrable….

Lundi, Alvane nous emmène au Nord-Est de l’île, en faisant des haltes culturelles : nous retrouvons un grand site créé récemment pour l’accueil du festival des Marquises, avec Tiki et poteaux sculptés ; nous pique-niquons à Hatiheu, au pavage peuplé de croix et tortues marquisiennes ; puis nous rejoignons par un magnifique sentier la baie d’Anaho, « la plus belle plage des Marquises » (oui, encore). Effectivement, après 35 minutes de grimpette au milieu des pandanus et manguiers sauvages, la vue est splendide : un nuancier de bleus est serti par des plages jaunes et des falaises rouges, entourées elles-mêmes par des cocotiers d’un côté et une flore quasiment méridionales de l’autre. Nous croisons en descendant des chevaux chargés de citrons verts, nous cueillons quelques goyaves sauvages, puis plongeons dans cette mer tropicale, plus paumotu que marquisienne ! Les filles font la chasse aux crabes, on croise Martin et Brieuc qui se sont fait des copains-bateaux (quelques voiliers sont ancrés dans ce coin de paradis), pendant que leurs parents sont en snorkeling.

De retour à la voiture, Alvane nous emmène sur les magnifiques sites archéologiques de Kamuihei, Tahakia et Teiipoka, entourés de superbes banians, et au milieu de cette ambiance magique, notre guide nous offre la « danse du cochon », « Pua Haka » ! C’est intense et déroutant, le site prend vie, le « mana », l’esprit de la terre des hommes (Fenua Enata) est toujours présent aux Marquises…

Mardi, dernier jour complet à Nuku Hiva, nous retentons le plateau de Toovii ! Il fait beau, j’ai pris des vêtements de rechange pour Cécilie, on y croit ! Les copains nous accompagnent, et c’est une journée magnifique : les paysages se suivent et ne se ressemblent pas, tantôt désertiques avec quelques arbres tordus et moussus, battus par les vents, au milieu de collines pentues et herbeuses, et tout à coup une forêt de manguiers, au feuillage épais et sombre, « la forêt magique !! » pour Agathe et Elise, qui font tout le trajet aller en courant et en chantant. Des points de vue stupéfiants se dégagent sur les côtes nord ; nous abordons la dernière étape au milieu des pandanus, et tout au bout nous attendent des ouvriers, en train de construire une tonnelle pour accueillir les courageux randonneurs ! Nous dévorons nos sandwichs face à un panorama incroyable, et au son des chansons remixées à la polynésienne, grande spécialité des radio locales (Céline Dion remasterisée reggae, ça vaut le coup).

Mercredi, nous partons pour Ua Pou ! Valises, derniers jeux avec Cécile; Alvarina, l’ado de 14 ans, nous offre de très belles couronnes de fleurs, et nous retrouvons nos amis au snack du port, en attendant le départ du bateau de Patricia ! Les liaisons aériennes entre Nuku Hiva et Ua Pou n’ont pas encore repris, il y a une liaison maritime quotidienne proposée par Patricia et sa famille, qui s’occupe aussi des Evasan (évacuation sanitaire) et du courrier. C’est un bonitier, un petit bateau local. La mer a l’air plutôt belle, on aperçoit Ua Pou, au loin, ça devrait aller vite ! Nous attendons les passagers de l’avion en provenant de Tahiti, puis c’est parti… et ça dure… beaucoup trop longtemps… deux terribles heures, dans un genre de machine à laver folle: nous sommes secoués dans tous les sens, mouillés par endroits (il faudra revoir l’imperméabilisation des vitres), le petit seau noir mis à disposition devient mon meilleur ami ( de même que le fils de la capitaine, qui le vide régulièrement). Je suis la seule dans cet état, les autres passagers semblent avoir développé différentes techniques, il faudra que je les teste au retour… Dans trois jours…

Vidéo de notre séjour à Nuku Hiva

1 réflexion au sujet de “Nuku Hiva, “la crête des falaises””

  1. Il nous semblait bien qu’il nous manquait quelque chose… mais nous n’osions pas réclamer auprès des éditeurs! Merci pour cette nouvelle bouffée polynésienne!
    Bises

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