Tahiti

Adieu Fakarêver

Fa-karénage

Après avoir profité d’une dernière boucle autour de la presqu’île de Tahiti, il est temps de préparer Fakarêver pour la vente. Nous avions prévu initialement de refaire l’anti-fooling à Apataki, un chantier sur un superbe atoll que nous aurions rejoint sur la route du retour des Marquises. Comme nous sommes restés à Tahiti pour cause de Covid, ce sera finalement au chantier Technimarine de Papeete, capable de faire les thoniers, et même certains bateaux de 300T de la marine française. Une autre dimension!
C’est là que l’on se présente mercredi 27 mai, un peu stressés: le chantier était en retard sur le précédent cata, il n’a pas pu nous sortir la veille comme prévu. Son service commercial étant détestable, il nous demande tout de même de payer l’ensemble du weekend de 3 jours de la Pentecôte si nous n’avons pas terminé vendredi ! Bref, chantier en 48h au lieu de 72? Défi relevé ! C’est avec l’aide d’Alexandre, le futur heureux propriétaire, et de deux équipiers d’un bateau voisin, que l’on a poncé les coques, passé deux couches d’anti-fooling mercredi et jeudi afin de pouvoir remettre Fakarêver sur sangles dès vendredi matin. Troisième couche rapide, retouches aux endroit où le navire était posé sur cales, et après quelques heures de séchage, nous voici prêts à repartir. Leslie, Agathe et Cécilie de leur côté ont pu se poser pendant ces trois jours dans un appartement au centre de Papeete, faire un peu de shopping, de piscine… la prochaine fois j’échange ;o)

La remise à l’eau est assez sportive: 30 noeuds de vent de travers (soit 60km/h), retenu dans la darse seulement par les ouvriers du chantier, il s’agit de ne pas aller râper ce cata tout beau tout propre sur le bord! La grue nous repose dans l’eau, on fait toutes les vérifications: les 2 passes-coques que l’on a aussi fait changer, pas de fuite ailleurs non plus, les moteurs se sont bien réamorcés, ça parait pas mal! Premier Go de la part du chef de l’équipe qui dirige la manoeuvre, et je manque d’emporter un ouvrier qui avait le pied emmêlé dans l’amarre… Heureusement j’ai pu freiner à temps! Le deuxième essai est le bon. Nous retournons nous remettre de nos courbatures et de nos émotions au mouillage de l’aéroport.
Nous le retrouvons bien vide: la moitié des bateaux ont disparu. Au plus fort du confinement il y avait une quarantaine de bateaux ancrés à ce mouillage, certains sont repartis naviguer, mais nous apprenons que d’autres ont été chassés par la capitainerie du port; visiblement il y a eu des quiproquos entre le gouvernement et des autorités locales sur les autorisations de mouillage.
-coup de gueule sur l’absence d’organisation de la Polynésie-
Un nouvel arrêté a été publié la semaine précédente restreignant les zones de mouillage autour de Papeete: des bouées doivent être posées dans le futur (d’ici 1 an ?) pour accueillir les voiliers, mais d’ici là rien n’est prévu pour les plaisanciers (officiellement tout mouillage à l’ancre est interdit dans la zone).. Pourtant les marinas sont pleines et de nombreux bateaux ont été directement redirigés à Papeete comme seule porte d’entrée pendant le covid. Les nouveaux arrivants reçoivent des informations contradictoires de la gendarmerie, des autorités du port, des pêcheurs qui viennent manifester pour récupérer « leur » lagon… La situation est assez tendue en ce moment. Nous décidons malgré tout de rester une nuit avant de repartir pour Raiatea… et de « profiter » de la musique des différents « bateaux boum-boum », plateformes flottantes qui viennent passer la journée sur le lagon avec leurs fêtards…
– fin du coup de gueule 🙂 –

Faukonsolider le mât

On a parlé de Raiatea ? C’est reparti pour les grandes aventures, les belles navigations à travers la Polynésie ? Un petit peu: après différents devis suite aux deux fissures découvertes au niveau des cadènes du mât, nous décidons de faire un A/R express à Raiatea afin de bénéficier à la fois des compétences du chantier local et d’un tarif très raisonnable. On laisse passer la grosse houle dimanche et c’est lundi à la première heure que nous partons au grand largue, génois seul (je mettrais bien le spi, mais avec un mât fissuré, ce n’est pas raisonnable…). Voyage sans encombre, nous avons rapidement la traditionnelle houle croisée polynésienne qui vient tester notre résistance au mal de mer… 75% de réussite, mais je ne dénoncerai pas :o)!
Arrivée mardi 2 juin à midi au mouillage près du Pearl Beach de Tahaa, face à Bora-Bora et près de la rivière de corail. Cela nous rappelle des souvenirs ! Nous allons bien sûr rendre visite aux magnifiques poissons de la rivière de corail, qui s’inquiétaient franchement de ne voir plus personne – le tourisme est au point mort. Nous n’avons pas de friandises prévues pour eux, mais ça ne les empêche de nous accompagner tout le long de cette gentille dérivante.

Bora Bora


Nous y retournons mercredi matin, avant de partir pour un nouveau chantier: celui de Raiatea ! Fred – le gréeur en charge de l’ensemble des opérations – monte à bord nous préparer le navire pour le démâtage, prévu au quai de Marinalu le lendemain.
C’est ainsi que l’on se retrouve avec un motor-boat jeudi matin… ça fait bizarre ! Pendant ce temps, le mât est consolidé et quand on voit la tête des soudures, on se dit que c’est la dernière chose qui restera du mât, c’est du solide !

Remâtage vendredi, recâblage, tests… Tout est bon ? Presque! Une irréductible radio refuse de s’allumer dans le cockpit. Un coup de fil à un ami de Fred nous donne la solution, que tout bon informaticien devrait connaître (oups, je suis rouillé !): arrêter et redémarrer le système! En effet, si la radio n’est pas branchée à l’allumage, elle n’est ensuite pas reconnue. Elémentaire mon cher Watson…
C’est avec soulagement que l’on quitte le chantier vendredi 5 midi: tout s’est bien passé et a été parfaitement exécuté par Fred Hermelin, que l’on recommande vivement !
Réappro en carburant à Uturoa, et à 14h, et nous voilà sortis par la passe de Raiatea: nous visons la petite fenêtre de vent de nord-est qui nous permet de faire plus de la moitié du chemin à la voile: sous la pleine lune et avec une belle moyenne de 8 noeuds, que demander de plus ? Le vent tombe vers 1h et nous finissons au moteur, pour arriver au petit matin à Papeete dans le calme plat. Une belle traversée ! Pas mal de nostalgie de mon côté: c’était la dernière navigation à regarder la lune et les étoiles sous la voile, écouter de la musique, vivre l’instant présent au milieu de nulle part, sans rien avoir à faire, à penser.. juste profiter du moment…
La chance nous a souri une fois de plus: nous avons réussi à éviter le maramu – vent fort du SE de juin à juillet – contre lequel nous aurions dû lutter au moteur (autant dire que ce n’était l’idéal de prévoir un retour depuis Raiatea à cette période là). A la place, un retour à la voile avec un bateau dans lequel on a de nouveau confiance, ça me manquait!

les chantiers en images

Prêts pour la vente ?

Après ce retour et un peu de repos, nous nous préparons à quitter le bateau: tri, vidage de chaque placard, bagages, nettoyage…
Mardi 9 juin, Alexandre me rejoint pour une journée maintenance des moteurs: une bonne aide pour moi et un bon moyen de s’initier à ces moteurs pour lui. Au programme sur chacun des deux moteurs: vidange, changement du filtre à huile, changement du filtre et du pré-filtre à essence, check et changement de l’impeller. De quoi bien s’amuser une journée ! Comme je n’en ai pas eu assez, j’ai terminé par la vidange de la pompe du dessalinisateur à la nuit tombante… Leslie, pendant ce temps là, a assuré en nettoyant toute la coque tribord et préparant le cockpit.

Nous voilà prêts mardi soir pour la vente prévue le lendemain. Vraiment ? C’était sans compter la lenteur administrative de la banque propriétaire de la LOA qui, malgré nos différents emails/coups de fil jusqu’à 1 heure du matin, n’a pas réussi en 10 jours à éditer le contrat de transfert pour les nouveaux propriétaires… Pourtant prévenue début mai, elle nous avait alors dit qu’en 48h tout serait prêt… Le covid les a visiblement complètement désorganisés…

Nous sommes donc coincés, obligés de ré-ouvrir les bagages en attendant ce fameux avenant. Nous trouvons une place au port de Papeete; Leslie et les filles en profitent pour passer à la librairie et aller chez le coiffeur; nous dégustons des croissants le matin, des glaces l’après-midi… il faut bien se consoler !

(Leslie prend le clavier)

Dimanche, nous en profitons pour faire une sortie typiquement tahitienne: une journée à Moorea! Nous prenons un des trois ferrys qui fait l’aller-retour en 20mn – et qui nous font des vagues dans le port et dans la baie de Vaiare :o) -, louons une voiture et rejoignons Anne (une cousine de Vincent) et ses enfants, qui a loué un fare pour le week-end. Activité prévue: accrobranche! Les filles sont ravies. Nous redevenons petit à petit terriens, la transition se fait en douceur… Nous déjeunons dans notre spot préféré, la snack des Tipaniers, et comble du bonheur, la serveuse m’apporte… deux desserts! J’ hésitais entre la tarte au citron meringuée et le fondant au chocolat, la patronne me conseille le fondant, mais c’est la tarte au citron qui m’est présentée:« il n’y a plus de fondant, mais je suis en train de t’en préparer un, donc pour te faire patienter tu peux manger la moitié de la tarte au citron, je la finirai! ». C’est vraiment le paradis terrestre ce restaurant…

Pour le goûter – enfin, pour ceux qui ont encore de la place… – nous rejoignons Yann et Maud sur leur cata « C’est si bon », qui avaient hébergé Vincent il y a pile un an, lors de sa recherche de bateau. Installés à la marina de Moorea, nous échangeons les nouvelles, nous de nos expériences nautiques, eux de la vie sur un voilier à Moorea, des nouveaux vélos retapés et testés sur les belles pistes de terre rouge au milieu des ananas… On a du mal à croire que 12 mois se sont déjà écoulés depuis la première visite de Fakarêver! Mais il y a quelques signes qui ne trompent pas: nous reconnaissons désormais la plupart des noms des îles polynésiennes en les situant dans leurs archipels, Vincent est capable de tenir toute une conversation autour de problèmes de moteurs, les filles se déplacent sans hésiter sur le pont, le quai, dans les cabines… On a tous grandi!

un dimanche à Moorea

Il faut rentrer pour nos deux dernières journées à bord, qui s’annoncent palpitantes: brossage du pont (à genoux avec la brosse à main, seul moyen de nettoyer l’anti-dérapant), remplissage des sacs de voyage (il faut aller en acheter un 7ème, malgré les affaire déjà rapportées par les parents de Leslie, bizarrement tout ne rentre pas…), nettoyage de toutes les cabines, de toutes les salles de bain, du carré, du cockpit, des plafonds…. La vente est enfin signée lundi soir, Alexandre vient à bord mardi après-midi pour la passation, et toutes les explications techniques: fonctionnement de la connectivité Bluetooth qui surveille l’électricité (il paraît que c’est plus simple que ce que ça en a l’air…), du dessalinisateur, du traceur… Je finalise les bagages pendant les quelques heures que dure la formation, et puis ça y est, on quitte le navire! Quelques aller-retours avec la brouette de la marina chargée de nos sacs, qui vont passer le prochain mois dans le bungalow d’Alexandre et Mathilde, un dernier tour du bateau, un dernier au-revoir, et le taxi nous amène au Motel de l’aéroport sous une pluie fine mais persistante…

La fin ?

L’aéroport? Pour aller où? Aux Marquises bien sûr! Depuis le temps qu’on en parle…. ça y est, on y va! Donc en avion (4h de voyage au lieu de 9 jours en mer), dans des pensions (plutôt que dans des mouillages réputés assez chahutés par la houle), ce ne sera pas la même découverte que par la mer, on fera moins d’îles aussi, surtout que les liaisons aériennes n’ont pas repris partout, mais on a tellement cru qu’on ne les verrait jamais, nous avons là un magnifique lot de consolation!
Mercredi 8h, bagages enregistrés, famille masquée, c’est parti pour un nouvel archipel!

Et c’est terminé pour notre aventure maritime… Pour le moment pas encore de nostalgie, nous sommes contents de retrouver le confort de la vie terrestre. Le mois qui vient de s’écouler a été bien rempli, et pas seulement de couchers de soleil et de navigations idylliques, nous avons eu le temps de nous préparer à partir, d’emmagasiner de derniers souvenirs, de sortir petit à petit de notre coquille confortable (le décrochage des dessins et des peintures a participé à notre propre détachement). Malgré les aléas techniques et Covidaux, nous avons relevé notre défi: vivre et naviguer toute une année à la découverte de paysages, de cultures, d’expériences incroyables, tellement loin de notre quotidien bonimontain (de Montbonnot ^^).
Et surtout… on ne s’est pas échoué sur les récifs, on n’a pas démâté, on n’a pas touché de patate de corail, personne n’est tombé à l’eau pendant une navigation, on ne s’est pas fait attaqué par un requin/une méduse/ un corail de feu, on n’a pas eu la ciguatera ni la dengue!! Nous avions à bord une énorme trousse à pharmacie, Leslie avait fait un stage de premiers secours en milieu isolé, et c’est avec un grand soulagement qu’elle a donné les kits de sutures, agrafes, piqûres d’adrénaline, et autres matériels réjouissants et intacts aux nouveaux propriétaires! Même si nous nous étions préparés à toutes les éventualités ci-dessus, car des accidents sont vite arrivés en mer, nous sommes bien contents de les avoir évités…

Les filles nous auront complètement épatés pendant cette aventure, et c’est peut-être là notre plus grand émerveillement: leur capacité d’adaptation à leurs nouvelles conditions de vie et aux différentes navigations, leur facilité d’appréhension de toutes les nouvelles contraintes (restrictions de déplacement, isolement, complexités de ravitaillement), leur grand enthousiasme à chaque arrivée dans une nouvelle île, pour une nouvelle activité (bon, pas forcément toujours pour faire l’école… on ne demande pas non plus la perfection…). Elles ont grandi pendant cette année (en témoignent les robes qui n’ont cessé de raccourcir), elles ont pris en aisance dans leur rapport aux autres, elles n’hésitent plus à se mêler à des groupes d’enfants, à leurs jeux, nous sommes vraiment fiers d’elles – même si, en même temps, en tant que parents, on n’est pas vraiment objectifs… Mais on le dit quand même ^^!

Nous sommes arrivés depuis mercredi à Hiva Oa, notre première île marquisienne, qui tient pour le moment toutes ses promesses… Mais ce sera dans le prochain article!

4 réflexions au sujet de “Adieu Fakarêver”

  1. Nous avons retrouvé avec grand plaisir le récit de vos aventures. Belles conclusions sur votre navigation! Et bonne continuation de séjour polynésien avec, sûrement, de chouettes découvertes à la clef!
    Montagne de bisous!

  2. Heureux pour vous que ce long séjour ce soit bien passé et que vous ayez évité les gros écueils. Vous vous êtes constitué de merveilleux souvenirs qui vont nourrir vos vies.

  3. Oui encore bravo à vous ! Malgré nos craintes justifiées de parents (papa poule) nous avons été épatés de vos talents de navigateurs et aussi de nos petites marinières adorées ! Je n’oublierai jamais la dextérité d’Agathe , un véritable petit écureuil pour fermer en moins de 20’´ tous les hublots car un énorme grain nous arrosait ! Pendant ce temps certaines , à terre, s’étaient réfugiées dans une cabine téléphonique ! N’est Pas Leslie et Cécilie ! Merci pour tous ces beaux partagés! Encore un grand dessert à déguster avec les Marquises !!! ❣️😘😍 Granny

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