Fakarava

Vers Hirifa!

les vidéos des articles précédents ont été mises en ligne:

les requins et le séjour à Fakarava avec Gabriel et Morgane: http://desmontagnesetdesiles.fr/faka-a-faka/

Les plongées à Rangiroa et la navigation à Toau: http://desmontagnesetdesiles.fr/toau-anse-amyot-sous-leau/

Vendredi 3 janvier, nous allons mouiller en face du village principal de Fakarava: Rotoava; il va s’agir d’être efficace ces prochains jours: ménage, lessives, courses, mes parents arrivent le 9 janvier, il ne faut pas traîner! Nous sommes au départ un peu perdus, malgré l’unique route du village: il n’y a pas vraiment de zone de mouillage, les bateaux sont éparpillés le long de la côte, sur laquelle on aperçoit de nombreuses petites plages, on peut y débarquer? Il nous faut des renseignements. Tout d’abord l’appel à un ami: Myriam et Alain, d’Alaïa, croisés à Maupiti, connaissent Fakarava comme leur poche, et nous donnent quelques points de repères: le supermarché tout au nord, près du grand quai bétonné, et les deux épiceries à côté de l’église. Puis l’arrêt chez les voisins: les propriétaires de Uproar, contactés la veille par VHF, nous informent que l’on peut débarquer sur n’importe quelle petite plage, toutes publiques, et que l’on trouve internet à Fakarava Yacht Service. On commence à y voir plus clair… Pour les poubelles, c’est sur le petit port, avec un gentil panneau rappelant aux voiliers de venir payer leur taxe de séjour et la taxe ordures ménagères à la mairie: là c’est clair, et c’est pas plus mal!
La superette est fermée, pour cause d’inventaire; la première épicerie aussi, pour cause de vacances; heureusement la deuxième est ouverte: on fait le plein de Sao (petits biscuits secs bien pratiques), de Kiri, et c’est à peu près tout…Le dernier bateau ravitailleur est passé le 24 décembre, et ne reviendra pas avant un mois, les étalages sont bien vides! En discutant avec Aldric, du Yacht Service, on obtient de nouvelles infos: une petite ferme vend des légumes au virage (oui, y’a un virage sur l’unique route de Faka ^^) les mardi et vendredi, il faut y être de bonne heure, et le seul snack ouvert en ce moment est un peu plus loin sur la route. Nous nous y rendons avec les filles pendant que Vincent profite encore un peu d’internet, et apprenons que la cuisinière est aussi pâtissière, et peut nous préparer… une galette des rois pour demain! Mon estomac commence à être rassuré…


Je récupère des légumes le mardi auprès de Malika – concombres, aubergines, tomates, salades, et même deux pamplemousse-, fais la razzia sur les dernières pommes et oranges du frigo de l’épicerie, remplis le congélo de viandes diverses: le ravitaillement prend doucement forme. Je fais également la rencontre de Sophie, qui tient la boutique Trésor Kaina: elle vend de jolies robes et tuniques très confortables, cousues, teintes et customisées sur place. Elle me raconte son parcours, de cadre commercial dans la téléphonie mobile à un fare à Fakarava, et j’en sais beaucoup plus sur le fonctionnement de cet atoll, notamment le gouffre qui sépare les Pomotu (habitants des Tuamotus) et les plaisanciers… Depuis quelques années Fakarava est pris d’assaut par les voiliers qui descendent des Marquises, avec une affluence sans précédent; des incompréhensions peuvent alors avoir lieu avec les habitants – comment on peut vouloir acheter du poisson alors qu’il suffit d’aller le pêcher? Je repars de chez Sophie avec deux petites robes, et la promesse de poissons-perroquets rapportés par ses petits voisins encore en vacances!
Une autre Sophie, collègue grenobloise, m’informe qu’une de ses amies entreprend une croisière dans les Tuamotus, et arrive de manière imminente à Fakarava! Nous guettons donc son bateau, et effectivement le French Polynesia Master vient mouiller à quelques encablures de Fakaraver; je prends contact avec Nathalie par What’s App, qui nous invite à venir bord, les filles sont ravies! Nous visitons ce navire qui nous paraît gigantesque, avec un magnifique roof-top du haut duquel Fakarêver est minuscule… Nathalie est une grande fan de plongée sous-marine – cette croisière est un « live aboard » qui propose trois plongées par jour – nous échangeons donc nos impressions sur les fonds polynésiens. Le monde étant vraiment tout petit, Nathalie a fait la même école de commerce que Sophie de Fakarava, et elles ont des amis en commun…


C’est l’heure d’aller à l’aéroport! Munis de deux magnifiques couronnes de fleurs préparées par la soeur de Malika (la vendeuse de légumes), nous nous y rendons en annexe, la mer est calme – du moins, au mouillage: des petites vagues se forment en approchant de la rive nord, elles nous poussent pour le moment, elles risquent de nous éclabousser au retour… Nous retrouvons Sophie, qui vient chercher un colis, et Nathalie, qui repart à Dubaï (son port d’attache), et enfin l’avion de Granpa et Granny atterit! Ils sont les derniers à en descendre, un peu pâlots eux aussi malgré la belle semaine qu’ils ont passée aux Marquises avant de nous rejoindre, l’air marin leur fera du bien!

Ils nous apportent de quoi survivre ces prochains mois à bord: des dragons, des maillots de bain anti UV, un magnifique ukulele des marquises, de la pâte d’amande… et du Nutella !

Nous avons prévu de descendre tranquillement ces prochains jours le long de la côte Est de Fakarava, en suivant le chenal. Premier arrêt à l’autre Yacht Service de Faka, celui de Mathieu, à Pakokota: la pension est fermée elle aussi , mais la belle-mère de Mathieu, qui garde les lieux, nous accueille autour d’un jus de fruits, et nous donne accès à internet. Nous nous promenons sur la côte océane, sauvage et magnifique, puis repartons le lendemain plus au sud.

Le vent a cependant forci, est passé Sud Est, nous empêchant de suivre sereinement le chenal: petite frayeur lorsque nous nous en sommes un peu écartés, une patate a surgi devant nous, heureusement les réflexes de Vincent ont évité la collision. Nous faisons une halte dans une anse abritée pour laisser passer le vent, et restons durant deux jours complètement seuls au monde… Vincent et Granpa s’occupent de notre survie en tentant de décrocher des noix de cocos et de pêcher avec le matériel acheté à Rotoava, avec plus ou moins de succès… Heureusement il me reste un poulet surgelé…


Quelques grains passent, donnant de magnifiques couleurs au ciel, sur lesquelles se détachent en ombres chinoises les cocotiers; puis le vent baisse, nous reprenons notre route au sud, cette fois complètement au moteur… et nous voilà à Hirifa!

Hirifa, pointe Sud-Est de l’atoll, dont tout le monde nous a parlé avec des étoiles dans les yeux: ses sables roses, ses motus dorés, ses barbecues conviviaux, ses eaux chaudes… Encore un coin de paradis! Nous découvrons effectivement de longues bandes de sables qui affleurent, la barrière de corail toute proche, une impression de bout du monde…

Nous allons nous promener sur le motu, le long d’une belle lagune et au milieu de cocoteraies, jusqu’au fare de Maheata, recommandée par Myriam et rencontrée par Yann et Laura, de Quasar, qui lui avaient installé ses panneaux solaires. Elle nous accueille avec sa soeur, Flo, venue de Tahiti pour sa retraite s’installer dans ce petit coin tranquille. Nous prenons rendez-vous le lendemain pour une séance de tressage de palmes!
En continuant sur le chemin, nous rencontrons Joseph, un ami de Flo et de son mari Charles, en séjour sur le motu pour aider ce dernier dans l’entretien de la cocoteraie, et qui s’avère également pêcheur! Nous lui proposons de nous accompagner lors de notre prochaine tentative, car pour le moment le poisson se fait rare à notre table…
Les jours qui suivent à Hirifa sont alors l’occasion de beaux moments de partage et d’échange: Maheata nous confectionne de magnifiques chapeaux de palmes, et nous apprend à tresser des moulins, des poissons et des fleurs, à la grande joie d’Agathe (qui lui offrira une maquette du motu); Joseph nous montre les coins à poissons, les espèces épargnées par la ciguatera, et réussit à nous faire tous avoir une prise, à la grande joie de Cécilie, très fière de son petit mérou!

Il accompagne également Vincent à la chasse sous-marine, dont le produit est préparé par Flo et Maheata le dernier soir de notre séjour: magnifique repas composé de poisson cru au lait de coco, beignets de perroquets, merou grillé, Uru cuit à la braise! Charles met l’ambiance avec mon ukulele, Joseph nous donne quelques cours de Tahitien, nous repartons le coeur plein de leur gentillesse et de leur générosité.


Nous n’avions pas encore eu l’occasion de faire vraiment connaissance avec des Polynésiens; ceux-ci sont en effet très réservés et discrets avec les touristes, n’osent pas forcément nous parler car beaucoup ont honte de leur français, nous sommes donc enchantés d’avoir pu créer quelques liens en dehors des sentiers touristiques!

Vers Hirifa!


La dernière étape de notre tour de Fakarava: 24h à la passe Sud, pour faire nager mes parents au milieu des poissons et des requins… Le snorkeling sur la côte Est était en effet un peu décevant, peu de patates et une visibilité très moyenne, nous leur proposons donc une petite dérivante près de la pension Tetamanu. La visibilité est toujours aussi extraordinaire, les pointes-noires sont au rendez-vous, ainsi que les napoléons, perches, rougets..c’est un festival d’écailles et de couleurs, un bel aquarium dans lequel nous déambulons, portés par un léger courant entrant!
En fin d’après-midi, une grande promenade autour du motu, en longeant la passe puis l’océan, permet aux filles de remplir leur sacs de petites porcelaines, et nous offre un magnifique coucher de soleil qui teinte toute la côte orangée.

A la passe Sud


Retour à Rotoava, et déjà le départ de Granpa. Granny reste encore quelques jours avec nous, et en profite pour effectuer un baptême de plongée sous-marine, en compagnie d’Agathe qui ne demande que ça depuis des semaines! Nous réservons chez Kaina Plongée, et les conditions sont optimales: beau temps, peu de mer, nous ne sommes que tous les cinq sur le bateau qui nous emmène au spot de plongée dans le lagon, et nous pouvons évoluer en snorkeling autour des deux néophytes! Granny se lance la première, et après quelques faux départs, elle retrouve ses réflexes d’il y a quelques années, et le moniteur la laisse évoluer seule à ses côtés. Agathe, avec un peu d’appréhension et beaucoup de courage, se met à l’eau, et prend très vite ses marques malgré le détendeur et la bouteille biens grands pour sa taille et grâce à JC le moniteur qui la met tout de suite à l’aise. Elle observe avec enthousiasme les poissons de tout prêt, montre des mérous au moniteur, évolue avec de plus en plus d’aisance. Cécilie passe de temps en temps en apnée lui faire coucou (elle meurt d’envie elle aussi de descendre avec des bouteilles…), les parents sont vraiment fiers de leurs petits poissons!

Baptêmes

p.s: beaux concerts aux amis de Strava! Pour les Grenoblois: magnifiques concerts jeudi 30 et vendredi 31 janvier à l’Eglise Saint Jean, La Messe en Si de Bach, par l’ensemble vocal Stravaganza, l’Ensemble baroque du Léman, et de splendides solistes!

Maupiti

Maupiti, montagne et majestés

Nous continuons notre séjour idyllique sur cette petit île retirée (la vidéo du post précédent a été chargée, vous pouvez la voir ici). Nous avons changé de mouillage, et sommes maintenant en face du village Vaeia: une seule rue, qui fait le tour de l’île; la mairie est à côté de la poste, en face de la petite halle, sous laquelle des mamies vendent des petits plats et quelques fruits et légumes. On achète notre première pastèque du voyage, et des concombres en tas (500frs, pas chers!); pas de superette, mais des épiceries situées dans les annexes de maison de particuliers: pratiques, elles sont ouvertes quasiment toute la journée, et quand il n’y pas de client l’épicier se met sur sa terrasse ou dans son hamac. Terrible la vie à Maupiti… Les gens circulent beaucoup à vélo, ou en scooter – véhicule familial comme chacun le sait – nous ne sommes donc pas gênés par les embouteillages lors de nos déambulations…
Nous entreprenons (enfin) LA randonnée de Maupiti, un chemin qui mène jusqu’au sommet de l’île: le mont Teurafaatiu, culminant à 380m. « Peuh, c’est tout? » me direz-vous. Oui mais: déjà, on part de 0m; ensuite il y a 30°C (au moins); et surtout, ils n’ont pas l’air de connaître le principe des sentiers en lacets: c’est tout droit! Le Lonely Planet met d’ailleurs en garde: « certains passages relèvent plus de la varappe que de la randonnée (…) en fin de parcours il faut progresser sur des rochers escarpés pour accéder à la crête puis au sommet (…) soyez vigilant ».

Donc: les points de vue sont superbes, effectivement à couper le souffle (en même temps il est déjà bien court pendant la montée…), et plus on monte et plus on est ébahi par les couleurs du lagon et des motus. Ça grimpe sec, mais on croise une maman avec ses deux ados qui nous confie qu’elle n’est venue à Maupiti que pour cette balade, on serre les dents, ça va être beau! Plusieurs passages vraiment raides ont été équipés de cordes, que Cécilie essaie vainement d’utiliser, mais en vrais petits cabris les filles escaladent tranquillement les rochers sans aide, à la grande fierté de leur papa!


Le panorama au sommet est merveilleux. Le lagon que nous découvrons de l’autre côté fourmille de coraux, et propose un patchwork de verts, de jaunes et de turquoises que l’on ne peut que deviner depuis la mer. Notre émerveillement vaut bien tous les vertiges dépassés…


A peine fatigués, nous cherchons le chemin qui redescend par l’autre versant, en trouvons un extrêmement bien balisé (une marque tous les 5 mètres, ça change de celui de l’aller…), que nous empruntons de bon cœur. Il suit la crête, mais ne redescend pas exactement comme prévu, puisqu’il reste finalement sur le même versant; Vincent a confiance qu’il nous mènera jusqu’en bas. Si ce n’est pas le cas, je me promets de traquer le petit plaisantin qui trouverait bon de leurrer les touristes sans méfiance…
Le sentier est magnifique, mais très vertigineux: nous sommes sans cesse sur la crête, qui parfois ne propose que 2 mètres de largeur: Vincent franchit ces passages devant, en tenant les deux filles fermement… Mais elles ont hérité du pied montagnard de leur papa, qui jamais ne tremble ni ne glisse! Contrairement à mes mains quand je regarde le reste du chemin à parcourir, qui semble descendre là encore d’une traite (les virages, c’est cool quand même, vraiment!), donc les images de la vidéo ont toutes été prises à des moments où j’arrivais à respirer calmement …
Lors d’une pause sous un manguier, en plus de nous proposer toute la palette des bleus, le panorama nous offre un fabuleux cadeau: des baleines s’ébattent juste de l’autre côté de la barrière de corail… Elles sautent et font des éclaboussures visibles depuis nos hauteurs, nous crions de joie à chaque sortie de ces mastodontes marins!
Rien de tel pour retrouver de l’énergie, et nous finissons sans problème la dernière partie du chemin, assez difficile car pas très stabilisée, de nombreuses pierres roulent sous nos pas. Nous arrivons sains et saufs à 500 mètres du chemin de départ, bien contents de nous!
Nous nous arrêtons prendre une glace chez l’épicier qui nous avait renseigné sur le départ de la randonnée la veille: il ne connait pas l’existence du 2ème sentier (très récent donc), et est épaté par la blondeur d’Agathe et la vaillance des filles, les qualifiant de « vikings intrépides »! Ça tombe bien, elles sont toujours en plein dans les films « Dragons », rien ne peut leur faire plus plaisir…


Nous avons fait la connaissance de notre nouveau voisin: Alaia, avec à son bord Alain et Myriam, qui sont en Polynésie depuis 18 mois, et rentrent en France début décembre (leur blog). Ils nous donnent quelques tuyaux pour les Tuamotus, et nous redisent bien la chance que nous avons d’avoir pu accéder à Maupiti aussi facilement!
Myriam nous conseille vivement de nous rendre au « palais de la mer »: nous avions effectivement aperçu depuis le lagon un petit édifice qui nous avait fait penser au palais du facteur Cheval, version polynésienne: en corail et en coquillage.


Nous nous y rendons pour la visite de l’après-midi, et ne sommes pas déçus: l’artiste, Ahky Firuu, propose un show de presque 3 heures à ses visiteurs sous le charme: histoires, légendes, chansons, jeux de mots, il nous présente sa maison qu’il embellit depuis 25 ans à l’aide de coquilles de bénitiers et de sept doigts (c’est le nom d’un coquillage, par ceux de ses mains, il en a bien 10…), qu’il enserre dans du béton et transforme en créatures marines et fantastiques. Il se nomme Prince de la mer, et propose à travers son œuvre une fusion entre la nature et l’artiste, entre la mer et le ciel, la lumière et les étoiles. Il nous confectionne des chapeaux de palme, exhibe un crabe des cocotiers très impressionnant, nous offre un alcool de coco qu’il a distillé lui-même, puis des bières Hinano bien fraîches. Nous découvrons le « cerveau » de la noix de coco, une sorte de mousse qui apparaît plusieurs semaines après que la noix de coco est tombée de son arbre, au goût amer mais à la texture intéressante. Ahky a un petit vivier devant sa maison, duquel il sort plusieurs coquillages vivants: un 7 doigts à qui il chante une ballade pour le faire sortir de sa coquille, et une porcelaine qui fait ventouse dans les mains des touristes. Enfin, le clou du spectacle: le poisson-pierre! Notre hôte l’a apprivoisé, le manipule depuis 4 ans, et nous montre fièrement que lorsque le poisson-pierre est en confiance, il n’est pas du tout la bête mortelle chassée sans pitié en Polynésie… Même si sa piqure ne laisse que peu de chance de survie, à ne surtout pas approcher dans la vraie vie… Les filles sont épatées, en plus il y avait des chatons gris tout mignons, elles sont reparties avec des bracelets et des colliers de coquillage, un bel après-midi!


L’île de Maupiti nous permet donc de belles excursions à terre, contrebalançant des fonds marins un peu décevants car très argileux, avec toujours une visibilité réduite. Nous devrions en repartir en fin de semaine, une fenêtre avec un vent d’ouest est annoncée, assez rare pour ne pas la louper! A l’est donc, soit directement les Tuamotus, soit une étape par Huahine… On verra où le vent nous porte!

La visite du Palais de la mer