Le blog de notre année sabbatique en famille sur un voilier en Polynésie

Fakarava

Dans les filets dorés de Fakarava

Fakarêver est toujours… à Fakarava! Voilà bientôt deux mois que nous en avons franchi la passe, et c’est bien difficile d’en sortir… Plusieurs raisons à notre séjour prolongé s’entremêlent, des imprévus, des surprises, de belles découvertes, et d’autres nouvelles un peu moins réjouissantes…
Tout commence par un message reçu début mi-janvier: un couple sur Tahiti est intéressé par le bateau (nous venions de finaliser l’annonce avec David, notre broker), et souhaiterait vivement le visiter. Il est même prêt à venir jusqu’à Fakarava, puisque revenir à Tahiti n’est pas du tout dans nos plans: nous visons les Marquises! Nous décidons donc de les attendre à Rotoava, au plus prêt de l’aéroport. Commence alors une série de rebondissements au suspens insoutenable: comme notre bateau est en LOA (Location avec Option d’Achat: un leasing pour bateau) et que les potentiels acquéreurs souhaitent reprendre ce leasing, il leur faut d’abord soumettre le dossier à la banque propriétaire du navire pour qu’elle valide une éventuelle reprise du contrat de location; il nous faudra trois longues semaines entre la première prise de contact et la réponse – ce n’est pas pourtant une banque au rythme polynésien… Après la fébrilité des premiers jours d’attente – « les acheteurs arrivent dans trois jours, à vos balais, brosses et chiffons! – s’est installé un certain fatalisme – « Papa, c’est ce week-end qu’ils viennent? – Peut-être, on ne sait pas, on relance la banque, c’est probable, qui sait… », sans (presque) jamais nous décourager…
Puis, lundi 10 février, David, le broker de notre bateau, nous informe: « Fountaine Pajot (la marque de notre bateau) envoie un rappel pour toutes les trappes de sécurité (petits hublots dans la coque que l’on peut ouvrir à l’extérieur en cas de retournement) de ses catamarans produits entre 2012 et 2018: il y a eu plusieurs cas où leur vitre est tombée à l’eau». Bigre, oui c’est embêtant effectivement, ça veut dire que de l’eau peut entrer à flot par une des coques à n’importe quel moment (ces trappes sont juste à quelques centimètres au-dessus de l’eau et la moindre vaguelette frappe dessus) … C’était arrivé à un bateau ami de Lotus (un Lagoon avec le même fournisseur de trappes) l’année dernière, ce qui avait déclenché un premier rappel. Les précédents propriétaires de Fakarêver avaient alors fait vérifier attentivement les joints des trappes; mais il semblerait que ce soit insuffisant. Fountaine-Pajot envoie donc à tous ses bateaux des kits de sécurisations en attendant des trappes neuves, « livrés entre 5 et 8 jours ». Même à Fakarava? On va rajouter 2-3 semaines de délai hein…
Enfin, la veille de l’arrivée des acheteurs, qui ont enfin reçu le feu vert de la banque et viennent passer le week-end à bord, Vincent monte au mât en vue de notre départ prochain, et découvre à sa grande horreur que l’étai (le câble qui tient le génois et accessoirement le mât) a au moins cinq torons (petits câbles tressé formant le câble) qui ont cédé, sur les dix-neufs formants le-dit câble… C’est très étonnant pour un bateau de cet âge, et rien n’avait été vu lors de l’expertise en juin dernier… On appelle cette semaine l’expert et un gréeur, et ils sont formels: c’est grave, il faut sécuriser avec des drisses, revenir à Tahiti, par temps calme et grand voile en vent arrière (pour ne pas solliciter l’étai) ou au moteur pour changer tout ça. Le gréeur commande les pièces qui vont mettre un petit bout de temps à arriver…

Nous sommes donc toujours à Fakarava. Où sont les (bonnes) surprises et les (belles) découvertes? Un peu partout: nous avons signé vendredi le compromis de vente de Fakarêver avec ce couple de grands plongeurs et passionnés de navigation. Ils prendront notre beau bateau sous leur aile à partir de mi-juillet, pour d’abord continuer à naviguer avec leurs enfants en Polynésie, puis revenir dans quelques années à leur île d’attache: la Guadeloupe, d’où Fakarêver est parti il y a presque trois ans! Nous sommes ravis de le confier à une famille qui en prendra soin, et d’avoir une date de retour déjà prévue: cette visibilité va nous permettre d’organiser au mieux la fin de notre année sabbatique, qui approche à grands pas.

Puis nous avons appris à danser! Sophie (rencontrée dès notre premier jour à Rotoava, voir l’article précédent) nous a proposé de participer à des cours de danse de Ori Tahiti, la danse tahitienne; ce devait être un cours d’initiation, puis les semaines passant, nous sommes devenues assidues à nos deux cours par semaines: les filles le mercredi et vendredi, et moi le mardi et jeudi! Agathe prend le rythme rapidement, ses déhanchés de plus en plus fluides et percutants; Cécilie et moi sommes un peu plus raides, mais l’enthousiasme et la musique nous portent et décoincent nos hanches d’Occidentales… Varu, farapu, ope, toma, les noms des pas sont égrenés en tahitien par Diana, notre prof de danse formidable, et nous tentons tant bien que mal de faire des ronds, des huits, des balancements avec nos bassins tout en portant gracieusement nos bras avec un sourire à toute épreuve… Chaque geste compte, il faut garder le rythme dans les otea (danse rapide aux sons des tambours), et faire la différence entre le dessin de la lune et de la montagne lors des danses plus lentes, qui racontent toutes des histoires au spectateur. Diana danse avec une grâce et une simplicité touchantes, que l’on retrouve déjà chez ses jeunes élèves, dont la rapidité à reproduire les chorés m’émerveille…

Cours de danse

La sédentarisation a du bon; nous redonnons un nom aux jours qui passent…

Nous prenons le temps: de marcher jusqu’au phare, et de rencontrer Mareana, une mamie qui vend des colliers de coquillage sur la route: elle nous accueille toute une matinée dans son fare pour nous apprendre à percer les coquillages, les enfiler pour former des fleurs et des poupées; elle répète aux filles de ramasser mêmes les coquillages moches, abîmés ou cassés, car ce sont des trésors qui attendent d’être révélés par des petites mains créatrices d’histoires – et parfois de poésie. Le chaton Chocolat participe à la bonne humeur de cette belle matinée…

C’est aussi l’occasion de faire du vélo: jusqu’à PK13 (nombre de kilomètres depuis l’église du centre du village), le long de la route qui file vers le sud, une bande de terre parfois large de 50 petits mètres entre l’océan tumultueux et le lagon merveilleux. C’est tout droit, tout plat; les filles retrouvent le rythme des pédales, apprivoisent le rétro-pédalage pour freiner, et nous avalons les kilomètres sous un beau soleil, au son des vagues qui se brisent sur les platiers, et des palmes qui bruissent sous le vent d’est. Au bout du chemin: une petite huilerie tenue par un jeune couple adorable, qui produit ses huiles de coco vierge et de tamanu. Nous laissons passer un grain en leur compagnie, ils nous parlent de leur toute jeune entreprise – à peine quatre ans – des techniques qu’ils utilisent, puis de leur fille qui est au cours de danse avec Agathe et Cécilie… Nous repartons avec un stock tout neuf d’huile de Tamanu, l’huile qui guérit tout ^^!
Nous passons le long de l’exploitation de fruits et légumes de Malika, ma pourvoyeuse bienfaitrice en produits frais depuis que nous sommes à Fakarava! Son neveu nous fait visiter les rangs d’aubergines, de concombres, de tomates, mais aussi les plants de pastèques et de vanille. Jeune entreprise elle aussi, en plein développement, elle fait venir la terre de Tahiti, mais l’entretien ensuite avec du compost, et mêle les différentes essences dans ses plantations pour qu’elles se nourrissent les unes les autres. L’oncle de Malika a aussi une petite pépinière de fruitiers, pour inciter les habitants à planter chez eux, et retrouver goût à cultiver leur jardin: il semblerait que depuis l’arrivée des bateaux de livraison depuis Tahiti, les Pomotus ont délaissé la culture de leurs terres, réputées pauvres et rocailleuses – l’île est posée sur du corail. Mais avec le climat chaud et humide des Tuamotus, tout pousse: bananier, papayer, citronnier, arbre à uru, on les retrouve tous! Mais il faut les planter, et les cocotiers restent encore très largement majoritaires.

Après les légumes, le poisson: nous avions déjà commencé à explorer le monde de la pêche à Hirifa, nous poursuivons nos découvertes avec plus ou moins de succès: la pêche aux rougets depuis le quai avec des lignes munies de plumes permet aux filles de faire de la trottinette avec les copines, mais nous en sommes à chaque fois retournés avec un petit poisson par personne – excellent au demeurant.

La pêche aux carangues depuis le bateau: c’est la guerre au mouillage de Rotoava pour de minuscules poissons, pris en étau entre les oiseaux en surface, et les carangues sous l’eau : attention, âmes sensibles, s’abstenir:

la guerre au mouillage…

Vincent s’est alors interposé, prenant la défense du plus petit, et d’un coup de fusil a transpercé une magnifique carangue ! Premier chasseur sous-marin à pêcher sans se mouiller… Cet exploit n’a pour le moment pas été réitéré, les informations circulent vite dans la communauté sous-marine, et les carangues gardent maintenant une distance minimale avec notre navire… Nous apprenons à cuisiner les Nasons, ces curieux poissons au profil de Pinocchio: Sophie m’a détaillé deux manières de les préparer, avec photos à l’appui pour chaque étape! Et les filles adorent, profitons-en…
Elles adorent aussi jouer avec Kuranui, la fille de Sophie, que nous voyons régulièrement: chez elle, sur le bateau, à la danse, lors d’une soirée pizza-Reine des Neiges 2… Pendant que les parents ont de longues discussions autour de la vie en Polynésie, des difficultés que peuvent rencontrer les Français à s’installer ici, de la gestion des terrains à Fakarava, des histoires de famille… Nous faisons connaissance avec Tavita, le mari de Sophie, Pomotu inscrit sur une liste électorale pour les municipales, le grand sujet du moment, pas seulement à Paris… Avec là aussi des campagnes électorales complexes, des projets pour l’avenir, et des rivalités… Tavita fait également partie de l’équipe de Va’a de l’île, qui se prépare activement pour une première participation à l’Hawaiki Nui cette année! Il a proposé à Vincent une initiation à la rame demain matin, nouvelles courbatures en vue ^^…

Nouvelle activité de fin de journée: initiation à Age of Mythology!


Nous avons été tentés à plusieurs moments de changer de mouillage: descendre à Pakokota; aller vers la passe Nord. S’est présenté alors le dilemme du voyageur: à quel moment poser un peu plus longtemps nos valises? Faut-il continuer d’explorer, ou s’arrêter pour approfondir? Ne prend-on pas le risque de ne plus repartir? Un ou deux mois à Fakarava, est-ce une opportunité fantastique de vivre quelque chose d’unique, ou du temps perdu que l’on ne passera pas dans un nouvel atoll? Cette envie de flâner nous avait tenaillés à plusieurs reprises, nous avions déjà l’impression de nous attarder lorsque nous restions plus de dix jours sur la même île- il y en a plus de 180 en Polynésie après tout – mais les évènements ont décidé pour nous… Rester ancrer au même endroit, s’ancrer un peu plus dans une culture et un mode de vie, c’est sans conteste une nouvelle étape dans notre périple, à laquelle nous ne nous attendions pas, mais qui nous marquera autant que les précédentes, avec une atmosphère, un rythme et des odeurs inoubliables!

A Rotoava
Fakarava

Vers Hirifa!

les vidéos des articles précédents ont été mises en ligne:

les requins et le séjour à Fakarava avec Gabriel et Morgane: http://desmontagnesetdesiles.fr/faka-a-faka/

Les plongées à Rangiroa et la navigation à Toau: http://desmontagnesetdesiles.fr/toau-anse-amyot-sous-leau/

Vendredi 3 janvier, nous allons mouiller en face du village principal de Fakarava: Rotoava; il va s’agir d’être efficace ces prochains jours: ménage, lessives, courses, mes parents arrivent le 9 janvier, il ne faut pas traîner! Nous sommes au départ un peu perdus, malgré l’unique route du village: il n’y a pas vraiment de zone de mouillage, les bateaux sont éparpillés le long de la côte, sur laquelle on aperçoit de nombreuses petites plages, on peut y débarquer? Il nous faut des renseignements. Tout d’abord l’appel à un ami: Myriam et Alain, d’Alaïa, croisés à Maupiti, connaissent Fakarava comme leur poche, et nous donnent quelques points de repères: le supermarché tout au nord, près du grand quai bétonné, et les deux épiceries à côté de l’église. Puis l’arrêt chez les voisins: les propriétaires de Uproar, contactés la veille par VHF, nous informent que l’on peut débarquer sur n’importe quelle petite plage, toutes publiques, et que l’on trouve internet à Fakarava Yacht Service. On commence à y voir plus clair… Pour les poubelles, c’est sur le petit port, avec un gentil panneau rappelant aux voiliers de venir payer leur taxe de séjour et la taxe ordures ménagères à la mairie: là c’est clair, et c’est pas plus mal!
La superette est fermée, pour cause d’inventaire; la première épicerie aussi, pour cause de vacances; heureusement la deuxième est ouverte: on fait le plein de Sao (petits biscuits secs bien pratiques), de Kiri, et c’est à peu près tout…Le dernier bateau ravitailleur est passé le 24 décembre, et ne reviendra pas avant un mois, les étalages sont bien vides! En discutant avec Aldric, du Yacht Service, on obtient de nouvelles infos: une petite ferme vend des légumes au virage (oui, y’a un virage sur l’unique route de Faka ^^) les mardi et vendredi, il faut y être de bonne heure, et le seul snack ouvert en ce moment est un peu plus loin sur la route. Nous nous y rendons avec les filles pendant que Vincent profite encore un peu d’internet, et apprenons que la cuisinière est aussi pâtissière, et peut nous préparer… une galette des rois pour demain! Mon estomac commence à être rassuré…


Je récupère des légumes le mardi auprès de Malika – concombres, aubergines, tomates, salades, et même deux pamplemousse-, fais la razzia sur les dernières pommes et oranges du frigo de l’épicerie, remplis le congélo de viandes diverses: le ravitaillement prend doucement forme. Je fais également la rencontre de Sophie, qui tient la boutique Trésor Kaina: elle vend de jolies robes et tuniques très confortables, cousues, teintes et customisées sur place. Elle me raconte son parcours, de cadre commercial dans la téléphonie mobile à un fare à Fakarava, et j’en sais beaucoup plus sur le fonctionnement de cet atoll, notamment le gouffre qui sépare les Pomotu (habitants des Tuamotus) et les plaisanciers… Depuis quelques années Fakarava est pris d’assaut par les voiliers qui descendent des Marquises, avec une affluence sans précédent; des incompréhensions peuvent alors avoir lieu avec les habitants – comment on peut vouloir acheter du poisson alors qu’il suffit d’aller le pêcher? Je repars de chez Sophie avec deux petites robes, et la promesse de poissons-perroquets rapportés par ses petits voisins encore en vacances!
Une autre Sophie, collègue grenobloise, m’informe qu’une de ses amies entreprend une croisière dans les Tuamotus, et arrive de manière imminente à Fakarava! Nous guettons donc son bateau, et effectivement le French Polynesia Master vient mouiller à quelques encablures de Fakaraver; je prends contact avec Nathalie par What’s App, qui nous invite à venir bord, les filles sont ravies! Nous visitons ce navire qui nous paraît gigantesque, avec un magnifique roof-top du haut duquel Fakarêver est minuscule… Nathalie est une grande fan de plongée sous-marine – cette croisière est un « live aboard » qui propose trois plongées par jour – nous échangeons donc nos impressions sur les fonds polynésiens. Le monde étant vraiment tout petit, Nathalie a fait la même école de commerce que Sophie de Fakarava, et elles ont des amis en commun…


C’est l’heure d’aller à l’aéroport! Munis de deux magnifiques couronnes de fleurs préparées par la soeur de Malika (la vendeuse de légumes), nous nous y rendons en annexe, la mer est calme – du moins, au mouillage: des petites vagues se forment en approchant de la rive nord, elles nous poussent pour le moment, elles risquent de nous éclabousser au retour… Nous retrouvons Sophie, qui vient chercher un colis, et Nathalie, qui repart à Dubaï (son port d’attache), et enfin l’avion de Granpa et Granny atterit! Ils sont les derniers à en descendre, un peu pâlots eux aussi malgré la belle semaine qu’ils ont passée aux Marquises avant de nous rejoindre, l’air marin leur fera du bien!

Ils nous apportent de quoi survivre ces prochains mois à bord: des dragons, des maillots de bain anti UV, un magnifique ukulele des marquises, de la pâte d’amande… et du Nutella !

Nous avons prévu de descendre tranquillement ces prochains jours le long de la côte Est de Fakarava, en suivant le chenal. Premier arrêt à l’autre Yacht Service de Faka, celui de Mathieu, à Pakokota: la pension est fermée elle aussi , mais la belle-mère de Mathieu, qui garde les lieux, nous accueille autour d’un jus de fruits, et nous donne accès à internet. Nous nous promenons sur la côte océane, sauvage et magnifique, puis repartons le lendemain plus au sud.

Le vent a cependant forci, est passé Sud Est, nous empêchant de suivre sereinement le chenal: petite frayeur lorsque nous nous en sommes un peu écartés, une patate a surgi devant nous, heureusement les réflexes de Vincent ont évité la collision. Nous faisons une halte dans une anse abritée pour laisser passer le vent, et restons durant deux jours complètement seuls au monde… Vincent et Granpa s’occupent de notre survie en tentant de décrocher des noix de cocos et de pêcher avec le matériel acheté à Rotoava, avec plus ou moins de succès… Heureusement il me reste un poulet surgelé…


Quelques grains passent, donnant de magnifiques couleurs au ciel, sur lesquelles se détachent en ombres chinoises les cocotiers; puis le vent baisse, nous reprenons notre route au sud, cette fois complètement au moteur… et nous voilà à Hirifa!

Hirifa, pointe Sud-Est de l’atoll, dont tout le monde nous a parlé avec des étoiles dans les yeux: ses sables roses, ses motus dorés, ses barbecues conviviaux, ses eaux chaudes… Encore un coin de paradis! Nous découvrons effectivement de longues bandes de sables qui affleurent, la barrière de corail toute proche, une impression de bout du monde…

Nous allons nous promener sur le motu, le long d’une belle lagune et au milieu de cocoteraies, jusqu’au fare de Maheata, recommandée par Myriam et rencontrée par Yann et Laura, de Quasar, qui lui avaient installé ses panneaux solaires. Elle nous accueille avec sa soeur, Flo, venue de Tahiti pour sa retraite s’installer dans ce petit coin tranquille. Nous prenons rendez-vous le lendemain pour une séance de tressage de palmes!
En continuant sur le chemin, nous rencontrons Joseph, un ami de Flo et de son mari Charles, en séjour sur le motu pour aider ce dernier dans l’entretien de la cocoteraie, et qui s’avère également pêcheur! Nous lui proposons de nous accompagner lors de notre prochaine tentative, car pour le moment le poisson se fait rare à notre table…
Les jours qui suivent à Hirifa sont alors l’occasion de beaux moments de partage et d’échange: Maheata nous confectionne de magnifiques chapeaux de palmes, et nous apprend à tresser des moulins, des poissons et des fleurs, à la grande joie d’Agathe (qui lui offrira une maquette du motu); Joseph nous montre les coins à poissons, les espèces épargnées par la ciguatera, et réussit à nous faire tous avoir une prise, à la grande joie de Cécilie, très fière de son petit mérou!

Il accompagne également Vincent à la chasse sous-marine, dont le produit est préparé par Flo et Maheata le dernier soir de notre séjour: magnifique repas composé de poisson cru au lait de coco, beignets de perroquets, merou grillé, Uru cuit à la braise! Charles met l’ambiance avec mon ukulele, Joseph nous donne quelques cours de Tahitien, nous repartons le coeur plein de leur gentillesse et de leur générosité.


Nous n’avions pas encore eu l’occasion de faire vraiment connaissance avec des Polynésiens; ceux-ci sont en effet très réservés et discrets avec les touristes, n’osent pas forcément nous parler car beaucoup ont honte de leur français, nous sommes donc enchantés d’avoir pu créer quelques liens en dehors des sentiers touristiques!

Vers Hirifa!


La dernière étape de notre tour de Fakarava: 24h à la passe Sud, pour faire nager mes parents au milieu des poissons et des requins… Le snorkeling sur la côte Est était en effet un peu décevant, peu de patates et une visibilité très moyenne, nous leur proposons donc une petite dérivante près de la pension Tetamanu. La visibilité est toujours aussi extraordinaire, les pointes-noires sont au rendez-vous, ainsi que les napoléons, perches, rougets..c’est un festival d’écailles et de couleurs, un bel aquarium dans lequel nous déambulons, portés par un léger courant entrant!
En fin d’après-midi, une grande promenade autour du motu, en longeant la passe puis l’océan, permet aux filles de remplir leur sacs de petites porcelaines, et nous offre un magnifique coucher de soleil qui teinte toute la côte orangée.

A la passe Sud


Retour à Rotoava, et déjà le départ de Granpa. Granny reste encore quelques jours avec nous, et en profite pour effectuer un baptême de plongée sous-marine, en compagnie d’Agathe qui ne demande que ça depuis des semaines! Nous réservons chez Kaina Plongée, et les conditions sont optimales: beau temps, peu de mer, nous ne sommes que tous les cinq sur le bateau qui nous emmène au spot de plongée dans le lagon, et nous pouvons évoluer en snorkeling autour des deux néophytes! Granny se lance la première, et après quelques faux départs, elle retrouve ses réflexes d’il y a quelques années, et le moniteur la laisse évoluer seule à ses côtés. Agathe, avec un peu d’appréhension et beaucoup de courage, se met à l’eau, et prend très vite ses marques malgré le détendeur et la bouteille biens grands pour sa taille et grâce à JC le moniteur qui la met tout de suite à l’aise. Elle observe avec enthousiasme les poissons de tout prêt, montre des mérous au moniteur, évolue avec de plus en plus d’aisance. Cécilie passe de temps en temps en apnée lui faire coucou (elle meurt d’envie elle aussi de descendre avec des bouteilles…), les parents sont vraiment fiers de leurs petits poissons!

Baptêmes

p.s: beaux concerts aux amis de Strava! Pour les Grenoblois: magnifiques concerts jeudi 30 et vendredi 31 janvier à l’Eglise Saint Jean, La Messe en Si de Bach, par l’ensemble vocal Stravaganza, l’Ensemble baroque du Léman, et de splendides solistes!

Fakarava

Faka à Faka!

Nous voici partis pour la traversée de ce lagon de haut en bas! Le vent, d’est, est parfait, nous filons à la voile à une moyenne de 6 noeuds et sous un beau soleil; nous ne suivons pas le chenal balisé, qui longe la côte est, il faut donc être vigilant aux cheminées de corail qui peuvent remonter jusqu’à la surface et qui ne seraient pas cartographiées (au final la cartographie s’est révélée assez précise). Nos expériences dans le lagon de Tikehau et de Rangiroa nous permettent d’être assez sereins, et nous arrivons au mouillage près de la passe sud vers midi, presque 24h plus tôt que ce que nous avions envisagé la veille… la classe!

les vigies sont aux aguets 🙂
tout le monde à la manœuvre!
mouillage droit devant


Le coin est idyllique, avec de jolis motus, une belle eau turquoise, un village tout mignon; nous nous y rendons en milieu d’après-midi pour nous renseigner sur les conditions de plongée sous-marine dans la passe: ce sera pour le lendemain après-midi! Le centre de plongée fait partie de la pension Tetamanu, les prix sont raisonnables (7000 fpc la plongée), et les locaux sont sur pilotis au-dessus d’un petit bras de la passe: l’eau est transparente, et bondée de requins pointe-noires qui circulent dans un 30cm d’eau. Cela n’empêche pas les enfants de s’y ébattre, les requins évitant prudemment ces zones de bruits et d’éclaboussures…


Nous nous faisons indiquer les sables roses, spot mythique de Fakarava, à 10mn en annexe. Après avoir contourné une grande zone de patates de corail, nous accostons sur un minuscule motu, où s’élèvent quatre cocotiers magnifiques: c’est décidé, ce sera notre motu! Nous en faisons le tour au moins cinq fois, foulant ce magnifique sable rose orangé – des résidus de concrétions coralliennes rejetées par les poissons perroquets – profitant de la douceur de l’eau pour admirer ces derniers…sans leur balancer de coups de harpon… Une bien douce après-midi!


Nous plongeons le lendemain dans cette fameuse passe sud, dont nous entendons parler depuis des semaines: un film y a été tourné l’année dernière, « 700 sharks », elle attire depuis des plongeurs du monde entier. Vincent l’entreprend en snorkeling avec les filles, tandis que nous l’explorons 20 mètres plus bas avec des guides du club de plongée.
Effectivement, il y a des requins. Plein de requins. Plein plein plein. Nous sommes hyper enthousiastes d’en croiser deux au bout de quelques minutes de plongée, des gris de récif, laissant tourner la Gopro pour ne pas en perdre un aileron, mais plus nous nous enfonçons dans la passe, plus nous comprenons que ces premières images vont paraître un peu ridicules… Nous croisons en effet des murs de requins, qui s’étendent du fond de la passe jusqu’à 10 mètres sous la surface, réunissant des dizaines d’individus qui nagent paisiblement à contre-courant. C’est fabuleux de les voir défiler devant nous à portée de main, nous regardant du coin de l’œil, sans vraiment dévier de leurs trajectoires… Les poissons ne sont pas du tout impressionnés, et nous croisons de gigantesques bancs de barracudas, de perches, de bec de canne, de carangues… Les requins pêchent la nuit, tout ce petit monde aquatique cohabitent tranquillement la journée!

Morgane et Gabriel enchaînent une deuxième plongée avec Vincent, j’emmène pendant ce temps les filles sur le motu en face du bateau pour y prendre le goûter: pas de sable cette fois, surtout des morceaux de coraux blancs et noirs, et des centaines de petits Bernards l’Ermite qui font le bonheur des filles. Nous croisons quelques étoiles de mer et des minuscules crevettes, une faune très dense dans les flaques du platier!


Le 31 décembre, nous retournons sur notre motu pour un shooting photo: notre carte de nouvel an va tout déchirer! Nous ne sommes pas très prudents avec le soleil, accaparés par le drone, nous revenons un peu rouges, mais ravis de nos prises de vue! Nous passons encore une bonne heure sous l’eau dans les patates alentours, à admirer les coraux violets, bleus, roses et blancs… Les filles testent leur masque et leur tuba, pour faire comme les grands, et qui leur permet de plonger plus profondément qu’avec les masques intégraux qu’elles utilisent d’habitude. Elles grandissent encore un peu!

bonne année!!

Morgane et moi replongeons dans la passe en fin d’après-midi, pendant que les hommes gardent les filles; nous nous mettons à l’eau un peu plus loin que la première fois, ce qui permet l’exploration de l’autre rive; nous nous posons tout au fond, aux côtés d’un requin pointe blanche très paisible, puis nous laissons dériver à toute vitesse au milieu d’une plaine de corail très impressionnante: des vallées de plants de coraux s’étalent à perte de vue, proposant des variations autour des teintes orangées, c’est splendide!
A 18h30, Morgane retourne au bateau et je plonge cette fois avec Vincent et Gaby pour une expérience un peu différente: une plongée de nuit! Je n’étais pas sûre de me joindre au groupe, mais il ne s’agit pas de descendre la passe dans le noir, seulement de se poser au fond et d’observer. Le briefing de l’instructeur fait cependant un peu froid dans le dos: les consignes sont très précises, il faut rester en groupe compact, serrer les bras et les genoux pour éviter qu’un poisson ne s’y faufile, et donc qu’un requin n’essaie lui aussi de passer. Car ils seront tous en mode prédateur: très actifs, très nerveux, les requins chassent en bande, mais le premier qui attrape une proie peut se la voir disputer par ses congénères, qui ne se privent pas de la lui ôter de la bouche… Ils peuvent alors être pris de frénésie, la plus grande prudence est donc de rigueur! Les moniteurs n’hésiteront pas à écourter la plongée si les conditions deviennent trop dangereuses…
Sur ces paroles plus ou moins rassurantes, nous nous mettons à l’eau à la tombée de la nuit, et entamons la descente à 20 mètres de profondeur. Les moniteurs ont des spots de lumière très puissants, et nous observons immédiatement une différence d’attitude chez les requins, si paisibles il y a quelques heures: ils tournoient rapidement, nous frôlent, ça grouille de toute part. Nous nous mettons en position au fond de l’eau, et en prenons plein la vue: des gris et des pointes blanches tourbillonnent sous nos yeux ébahis, tenus en respect par les projecteurs, ils longent nos genoux, passent au-dessus de nos têtes, c’est un spectacle prodigieux. Quelques poissons malheureux se font gober, mais très rapidement sans que cela n’engendre de mêlées sanglantes; d’autres ont plus de chance, et survivent au milieu de cette nuée de prédateurs: s’ils restent immobiles, les requins ne les sentent pas, et donc ne les attaquent pas! Nous remontons au bout d’une demi-heure, ravis: une incroyable expérience pour les dernières heures de 2019!

les plongées au milieu des requins

En rentrant au bateau une surprise nous attend: les filles ont aidé Morgane à préparer un repas de fête! Des petits menus ont été rédigés, la table décorée, et Morgane a même confectionné une délicieuse bûche chocolat-banane; nous ouvrons le champagne apporté par nos hôtes, deux bouteilles puisque nous n’avions pas touché à celle de Noël, déjà suffisamment barbouillés par les vagues qui bousculaient le bateau à ce moment-là… Toasts de foie gras à la gelée de piment d’Espelette, nuit splendide, étoiles filantes à minuit en guise de feu d’artifice, pas de doute, nous clôturons cette année en beauté!


Pour être sûrs de bien entamer 2020, nous nous sommes inscrits au repas du 1er janvier midi de la pension Tetamanu: la cuisinière a préparé un très beau buffet de spécialités polynésiennes, que nous sommes très heureux de faire découvrir à Gabriel et Morgane: poisson cru, Poa à la banane, gelée de citrouille, patates douces cuites à l’étouffée, bénitiers, ils goûtent à tout! Les filles vont jouer avec un copain de la pension pendant nous explorons le petit village attenant à la passe: il y a de nombreuses ruines de bâtiments en pierre, parfois très imposants, qui datent de la fin du 19ème siècle. L’église est comme d’habitude magnifique, avec un autel orné de nacres et des coquillages parant la chaire.


Le lendemain nous plongeons une dernière fois tous ensemble au milieu des patates de corail près de la passe, Vincent et Morgane en bouteille, les autres en snorkeling, puis nous levons l’ancre vers 11h pour remonter au nord de l’atoll: dernières 24h de nos chers invités, que l’on va avoir beaucoup de mal à quitter…

Le vent n’est pas très favorable, et il faut appuyer au moteur, ce qui nous permet d’arriver à 17h au mouillage près de Pufana. Dernière soirée jeux, ultime plongée au milieu des requins pointes-noires et gris, nous apercevons même un requin dormeur, puis nous nous mettons à la bouée en face de l’aéroport de Fakarava. Les bagages sont beaucoup plus légers, puisque Gaby et Morgane nous laissent leurs stab et détendeurs, mais les coeurs sont bien plus lourds… Une nouvelle page de notre aventure se tourne, avec encore un chapitre magnifique: des nombreuses découvertes, des nouvelles expériences, des échanges, des jeux, des discussions, des souvenirs pleins la tête, nous sommes chanceux d’avoir eu cette belle visite! Merci à eux d’avoir traversé la Terre pour partager ces moments incroyables avec nous!!

Séjour à Fakarava
Toau

Toau, Anse Amyot, sous l’eau!

Le père Noël est passé sur Fakarêver, et les filles sont ravies de leurs surprises sous le sapin en bois flotté: jeux, livres, barbie et pareo violet, elles sont bien gâtées! Les grands ne sont pas en reste, Gaby et Morgane ont des beaux T-shirt de Rangiroa illustré d’un requin-marteau, des bracelets en coquillage, et nous offrent en retour le remplaçant de l’appareil photo sous-marin!


Une autre surprise de Noël nous attend: l’Aranui, le célèbre bateau mi-croisière mi-frêt de Polynésie, entre par la passe de Tiputa! Il apporte une cargaison de fruits et légumes frais en provenance des Marquises. C’est la ruée sur le quai, où sont vendus des « paquets » de pamplemousses, d’avocats, de bananes aux particuliers. On nous avait prévenus qu’il fallait y aller rapidement, car le stock est rapidement dévalisé, et nous repartons les bras chargés de vitamines toutes fraîches!

Nous passons quelques coups de téléphone à nos familles, puis nous partons: le temps va se dégrader rapidement, des rafales à 40 nds sont prévues demain à Rangiroa, nous filons pour notre prochaine escale, l’atoll de Toau, à 100 milles nautiques.
Le départ est épique: au moment où nous levons l’ancre un grain surgit et nous bouscule avec du vent à 30 noeuds et de la pluie aveuglante; nous suivons l’Aranui dans la passe, bien agitée, puis coupons le moteur pour nous laisser porter par les restes du grain. Nos invités découvrent la pleine mer: une houle croisée « sympathique » remue le bateau, mais rapidement nous passons en vent de travers, les vagues nous soulèvent par l’arrière, notre allure devient plus confortable. Nous nous prenons tout de même 2 gros grains qui nous poussent à mettre 2 ris pour la nuit. Malheureusement le vent baisse, la pluie ne nous lâche plus, nous avançons plus lentement que prévu; nous risquons de nous faire rattraper par la tempête qui nous talonne; nous alternons pendant la nuit avec des épisodes au moteur, histoire de tenir une moyenne de 4 noeuds… Morgane nous accompagne dans nos quarts jusqu’à 1h du matin, Gaby est moins en forme…

les petits points jaunes sur le radar symbolisent les nuages de pluie…

Au matin le vent est complètement tombé, contrairement à la pluie qui semble avoir encore des milliers de litres en réserve… Nous observons nos quarts depuis le carré, le poste de barre finit par être très humide, malgré le bimini textile à 360° qui le protège… Nous en profitons pour tester avec les filles leurs nouveaux jeux, la mer est calme, ce qui nous permet d’arriver à la passe de l’Anse Amyot, à l’est de Toau, dans de bonnes conditions, vers midi. De la vraie tempête, nous n’en verrons qu’un fort coup de vent à 30 noeuds, une fois solidement amarrés à la bouées…

Il s’agit maintenant de sécher le bateau, les vêtements et le cockpit: pas évident avec des grains qui rappliquent à l’improviste… Mais ils finissent eux aussi par passer, et le soleil vient donner quelques couleurs à notre belle anse: complètement protégée de la houle et des vagues, entourée de beaux massifs coralliens, c’est un petit paradis pour le snorkeling, le paddle, et la chasse sous-marine! Vincent initie Gaby, et ils nous rapportent trois beaux perroquets (pas des dommages collatéraux avec des oiseaux passant par là, mais bien des poissons). Ils feront notre dîner!


Nous débarquons à terre, où nous attendent trois chiens ravis de notre visite et courant après les poules; pas âme qui vive dans ce petit village qui réunit une pension touristique avec de jolis bungalows et quelques maisons de pêcheurs. Nous finissons par trouver le gardien, qui nous informe que les propriétaires du lieu sont allés passer les fêtes à Fakarava; nous sommes donc seuls au monde!
Enfin par pour longtemps: un catamaran de Poe charter nous rejoint, puis Holnis, rencontré à Tikehau, et un énorme monocoque qui ancre en plein milieu de la baie. C’est étonnant la vitesse à laquelle la civilisation nous a retrouvés…

Nous continuons nos petites balades sous-marines en binôme: nous explorons la passe, mais il a tellement plu que le lagon est plein, et même en courant entrant il charrie encore du sable vers l’océan. La visibilité est en revanche bien meilleure à l’extérieur, nous nous promenons donc à 10m de fond sur le tombant, où quelques petits requins bordés viennent à notre rencontre; nous croisons de beaux Napoléons, et de magnifiques poissons de récif.


En consultant une nouvelle fois la météo et le planning, Vincent décide qu’il est temps de partir pour Fakarava: le vent n’est pas très favorable, mais comme il passe de SE à NE, nous espérons limiter le nombre de bords à tirer.
Nous nous mettons en route en fin d’après-midi: la mer est belle, le temps aussi, le vent est dans la bonne direction, nous nous répartissons les quarts assez sereinement.

Un grain nous bouscule vers 21h, nous surprenant toutes voiles dehors avec des rafales à 30 nds, mais Vincent a le bon réflexe de se mettre face au vent, et laisse passer la bourrasque. Nous jouons avec un ris juste dans le génois pour plus de sécurité, et la nuit se passe sans problème, le vent tournant NE au bon moment dans notre trajectoire, nous faisant même avancer plus rapidement que notre meilleur scénario. Nous abandonnons le plan initial – qui était de contourner Fakarava par le nord pour arriver directement à la passe sud – et nous nous rendons directement à la passe Nord pour traverser le lagon jusqu’au village de Tetamanu: la traversée de lagon ne peut se faire que de jour et à condition de passer aux bons horaires à la passe nord pour éviter de lutter contre un courant qui peut aller jusqu’à 10 noeuds! Nous abordons ainsi la passe Nord à 5h30, dans de magnifiques teintes roses: elle est gigantesque, et très paisible! Seul bémol: Gabriel, très motivé à l’idée de faire un quart de nuit a vu le sien disparaitre dans ce changement de plan.. encore désolés ^^!
Nous voici aux aurores au début de notre traversée du lagon. Fakarêver est bien arrivé à Fakarava…

La chanson de cette vidéo est du groupe marquisien Koru; nous l’avons découverte lors de nos courses à Rangiroa, elle tournait en boucle dans le supermarché… Nous l’avons donc écoutée 12 fois d’affilée… Elle est devenue le tube de nos vacances! Elle reste un tout petit peu en tête, ne me remerciez pas ^^…

Plongées à Rangiroa et navigation à Toau
Rangiroa

Maeva in Rangiroa!

Vendredi 13 décembre, le temps presse, il faut y aller. Le vent s’annonce plutôt bon pour la première partie de la nuit, mais va tomber au petit jour, nous décidons de partir vers 16h de Tikehau pour Rangiroa.

A la passe, deux belles surprises: Lysandra est sur le bateau de plongée de son papa, pour une sortie snorkeling, et nous fait de grands au-revoirs debout à la proue! Encore une belle rencontre pour les filles offerte par les îles… Puis, quelques mètres plus loin: des dauphins surgissent et nous accompagnent sur un mille, en jouant entre les coques et l’étrave… Cette navigation s’annonce plutôt bien!


Nous serons même accompagnés: l’Eimata Va’a, un magnifique Outremer 51, arrivé la veille au mouillage de la passe, se rend lui aussi à Rangiroa! Une présence au milieu de la nuit, c’est sympa, surtout dans les heures avant le lever de lune, tellement sombres qu’on ne distingue plus le ciel de la mer…


Des grains se forment au sud, nous apportant un peu de vent d’est, pratique pour remonter au nord de Tikehau, mais un peu plus pénible pour rejoindre Rangiroa, bien à l’est. Nous tirons des bords une bonne partie de la nuit, mais la mer est calme, le vent constant, je me réconcilie avec la navigation en haute mer…
Au petit matin, le vent est quasiment tombé, mais le peu qu’il reste continue à être de face: on allume un moteur. Le vent revient, on coupe le moteur, le vent repart, on rallume… Des globicéphales passent; nous évitons la pluie… et parvenons enfin à la passe d’Avatoru, un peu plus tard que prévu. Il s’agit de la passe la plus à l’est de Rangiroa, celle qu’on nous a conseillé d’emprunter pour entrer dans le lagon. Nous sommes quasiment à l’étal (heure où le courant est le plus faible), nous gardons les voiles pour stabiliser le bateau, car malgré tout le mascaret est assez fort à l’entrée, et des remous très bizarres nous attendent à la sortie. Mais Fakarêver traverse toutes ces eaux mouvantes sans broncher, et ça y est, on est arrivé!

Enfin presque, le mouillage est à l’autre bout de la longue bande de terre sur laquelle s’étale le village d’Avatoru: Eimata Va’a, arrivé 30mn avant nous, nous confirme que le mouillage ne tient pas en face de la première passe, il faut rejoindre la deuxième, en face du village de Tiputa, à une heure de navigation. Le vent est de NE, nous gardons les voiles et observons avec ravissement les fous à ventre blanc chasser sur des bancs de poissons qui frétillent à la surface.
Nous mouillons près de Eimata Va’a, il n’y a pas beaucoup de visibilité et pas mal de profondeur, mais l’ancre résiste aux tests (moteurs en marche arrière à 1500 trs/mn), on devrait dormir tranquilles! Nous nous rendons à terre, où nous attendent un petit débarcadère, deux supérettes, des snacks, des clubs de plongée, et même un container pour les poubelles des bateaux… On sent que le tourisme de plaisance est bien développé, toutes les commodités sont réunies autour du port, c’est très confortable! On déchante un peu en voyant les prix du lait à la supérette, la propriétaire du snack nous confirme que les prix sont bien plus chers que dans les supérettes du village à l’est d’Avatoru. On ira (re)faire le plein là-bas…
Nous prenons des renseignements pour les plongées auprès des différents clubs en prévision de l’arrivée imminente de Gaby et Morgane, puis c’est le grand ménage: nous préparons la cabine des invités, qui servait jusqu’à présent de débarras, Vincent regraisse tous les hublots, les filles rangent et décorent leur chambre, préparent une crèche à base de palmes et de playmobiles… Il pleut des cordes sans discontinuer depuis samedi soir, un énorme orage a éclaté, on est content d’avoir bien planté l’ancre! La dame du snack – vraie mine d’informations – est confiante que le beau temps reviendra lundi, le vent ayant tourné nord.

Lundi matin à 8h, nous sommes prêts: bateau rangé, cheveux brossés, annexe descendue, mais – « A priori notre vol part à 10:30, j’ai l’impression qu’ils ont annulé notre avion ». Zut, ils avaient pourtant réussi à enchaîner 2 trains, 1 rer et 2 avions sans problème… Je vais chez Mama Tetua qui nous a préparé deux beaux colliers de fleurs de tiare, puis nous attendons patiemment que l’heure tourne, avec une pensée pour les deux voyageurs en plein décalage horaire, mal installés sur les banquettes de l’aéroport de Tahiti.

A 11h nous amarrons l’annexe au ponton de l’aéroport, puis tentons d’avoir quelques infos sur l’avions mystérieux: il n’aurait pas été annulé, mais retardé, on ne sait pas trop pourquoi, ni à quelle heure il arrive, mais il devrait être là avant 13h… Une arrivée à la polynésienne donc…Au moment où nous avions abandonné tout espoir, au point de songer à manger sur place, surprise: un avion atterrit! Ils sont là: un peu fatigués, un peu pâlots, mais le sourire jusqu’aux oreilles, Morgane et Gabriel sont avec nous pour les trois prochaines semaines!

Une fois à bord ils quittent rapidement leurs jeans et basket, et commencent ce qui s’annonce comme une longue série de baignades depuis le bateau. Les filles sont ravies d’avoir deux nouveaux compagnons de jeux disponibles, et nous aussi: nous allons pouvoir renouer avec les parties de cartes disparues depuis le départ de Lotus, les cocktails devant les couchers de soleil… Et nous avons deux matelots de plus, ça va être pratique dans les manoeuvres et les quarts de nuit! Deux bouches de plus à nourrir aussi: nous nous rendons mardi matin au village d’Avatoru à l’aide du taxi de Gilbert, qui nous dépose à la station service pour récupérer du sans plomb pour l’annexe et des plombs de plongée, au market pour faire le plein, puis revient nous chercher avec nos 6 sacs de courses pleins. Il nous dépose au ponton: pas de caddie surchargés à pousser sur 1km, la grande vie! Nous trouvons tout ce qu’il nous faut: des fruits, des légumes, nous prenons tout le chocolat à cuire disponible, 12 kg de farine, des litres de lait, et nous récupérons même un Uru tout frais, donné gentiment par une villageoise dans son jardin! A la grande joie de Morgane nous le transformons en gratin, en chips et en purée, le fruit de l’arbre à pain sous toutes ses formes…
Gaby et Vincent sont restés pendant ce temps sur le bateau pour s’occuper du compresseur: cet appareil sert à remplir les bouteilles de plongée, à bord depuis le début du voyage mais non utilisées par les novices que nous sommes. Nos visiteurs ont apporté de France leur gilets stabilisateurs et leurs détendeurs tout neufs, de quoi faire des petites plongées depuis le bateau! Après quelques lectures du manuel et essais infructueux, ça fonctionne: à nous la liberté!
Mais pour le moment ce sera une liberté conditionnée: nos premières plongées s’effectuent avec le club de Plongée Rangiroa Diving Center, qui nous proposent une première plongée tous les quatre sur le site de l’Eolienne, et une tatie pour garder les filles. Celles-ci se lient rapidement avec le fils de la secrétaire du club, lui aussi passionné de dragons…

Le site de l’Eolienne est sur le tombant, et propose un long mur plein de coraux et de poissons de récifs; la visibilité n’est pas terrible, mais ne nous empêche pas d’admirer des petits requins gris, qui semblent chasser. Mais les poissons n’ont pas l’air très vifs… C’est en fait un pêcheur à la surface qui a déversé 3 caisses de poissons morts au-dessus du site; les requins se régalent, mais sont bien excités, et viennent nous tourner autour des palmes un peu trop rapidement à notre goût (et à celui de notre guide)… Ils s’effarouchent lorsqu’on fait quelques mouvements brusques, nous sommes quittes pour quelques émotions fortes…
Mercredi matin, Gaby et Morgane font une première plongée matinale dans la passe en dérivante jusqu’à 32 mètres, explorent quelques canyons à toute vitesse, poussé par le courant entrant, et aperçoivent un mur de requins à 60m tout fond de la passe. Nous les rejoignons à 10h pour une deuxième plongée cette fois à 20m, mais le courant s’est inversé plus tôt que prévu, nous ne pouvons pas entrer. Nous refaisons le site de l’Eolienne dans l’autre sens; pas de requins affamés cette fois, mais une tortue vorace en fin de plongée, qui s’acharne sur un bout de corail a priori délicieux. C’est vraiment agréable de pouvoir rester au plus près d’elle – elle n’est pas farouche du tout – et de la regarder faire des galipettes, entraînée par son poids et sa gourmandise…
Le vent reste de nord, permettant au soleil de briller sans discontinuer, nous en profitons pour nous rendre sur le site du Lagon Bleu, à l’ouest du lagon de Rangiroa. Première navigation pour nos visiteurs, avec les conditions optimales: vent constant, mer sans houle, belle luminosité, nous filons à 6 noeuds en vent de travers.

Nous nous postons en vigie à l’arrivée, car des patates sont signalées sur la route; effectivement l’arrivée au mouillage, en suivant les indications de Eimata Va’a (qui en revient), n’est pas évidente, et le mouillage encore moins. D’énormes cheminées de coraux surgissent un peu partout, l’ancre n’accroche pas bien dans le sol dur, et la visibilité n’est pas terrible, mais nous finissons par être assez satisfaits: la chaîne zigzague entre les rochers, nous avons placé 3 pare-battages le long de l’ancre pour la remonter de manière régulière, afin d’éviter qu’elle ne fasse des tours lorsque le vent tombe. Ce n’est pas notre meilleur mouillage, mais nous nous en contenterons…
Le Lagon bleu est magnifique! Il faut y accéder en annexe, là encore en zigzaguant entre les coraux, mais une fois dans l’eau, c’est le bonheur: elle est à 32°C, translucide, des bébés pointe-noires s’y ébattent, de jolies fleurs de corail abritent une population dense et curieuse, nous passons un bel après-midi seuls au bout du monde.

Bébé pointe-noire

Le lendemain matin nous plongeons: je forme le premier binôme avec Gaby, et nous explorons les fonds tout autour du mouillage. Il y a beaucoup de plancton et de sable en suspension, les immenses cheminées qui s’élèvent sur plus de 4 mètres sont d’autant plus impressionnantes qu’on ne les voit surgir qu’au dernier moment, masses fantomatiques et menaçantes qui se révèlent finalement roses, bleues ou violettes, des cités miniatures habitées par des habitants bariolés et très affairés. Les bouteilles nous permettent de prendre le temps d’observer ce fourmillement, d’explorer les petites cavités, de réaliser de belles photos grâce à mon nouvel appareil fraîchement arrivé avec nos invités (ô joie!)… Et quand on lève la tête: des requins… plein de requins… des pointes-noires essentiellement, très présents autour du bateau – l’un d’eux n’a d’ailleurs pas trop apprécié mon entrée dans l’eau palmes en avant – et qui surgissent au détour d’un monolithe de corail, rôdant à quelques mètres de nous… Deux requins gris font leur apparition, à la silhouette plus profilée et prédatrice, très curieux eux aussi. Nous comptons jusqu’à vingt requins tournoyant dans un rayon de 20 mètres autour de nous; silhouettes tour à tour distantes et bien distinctes, elles rendent encore plus magique ce site découvert finalement un peu par hasard!

Nous plongeons chacun deux fois dans ce lieu irréel, puis levons l’ancre démêlons la chaîne, et nous ne sommes pas trop de quatre à la manœuvre pour nous extirper de ce champ de mines – Vincent dans l’eau, Gaby aux moteurs, moi au guindeau, et Morgane en relais des messages criés un peu partout – pour naviguer cette fois au sud du lagon, jusqu’à l’île au récif. A nouveau une belle mer, un vent dans le bon sens, il ne faudrait pas que nos invités prennent trop l’habitude de ces navigations sans houle, ils risquent d’être surpris en sortant du lagon… Cette fois le mouillage ne pose pas de difficultés: du sable bien meuble dans lequel l’ancre accroche immédiatement, pas de patate où faire des tours, ça fait du bien…
Nous sommes au bord de la ceinture de motus qui encerclent le lagon: sable blanc, cocotiers, coquillages, un petit lagon intérieur avec une eau au moins à 37 degrés, de beaux coraux… Et pas un chat, juste un cochon sur le motu d’à côté, un peu surpris de croiser du monde… Les filles apprivoisent des bernards l’Ermite, nous passons un bel après-midi sur ce banc de sable loin de toute civilisation!

Des orages menacent au loin, évitent le bateau toute la soirée; mais la pluie finit par déferler pendant la nuit, et ce matin elle tombe sans discontinuer. Nous reprenons la mer pour remonter sur le mouillage de Tiputa, et cette fois la navigation est plus difficile: vent et vagues de face, rafales à 25 noeuds, pluie battante, avec toujours la possibilité de coraux affleurant au milieu du lagon, les deux premières heures sont un peu fatigantes, mais le temps se calme, et nous arrivons finalement à la voile et sous le soleil à notre premier mouillage.
Nous allons plonger sur le magnifique site de l’Aquarium, à l’intérieur du lagon en face de la passe de Tiputa: des bouées sont installées pour accrocher les annexes, des panneaux explicatifs sur les coraux et leur faune sont immergés le long d’une jolie promenade aquatique au milieu de massifs coralliens très peuplés, nous avions beaucoup apprécié d’y plonger la semaine précédente, et retournons avec plaisir au milieu de tous ces poissons magnifiques. Gaby et moi plongeons en bouteille, ce qui nous permet d’aller voir de très près une magnifique limace de mer aux couleurs fluos, mais aussi de croiser… un requin-marteau! Gigantesque animal, à la nageoire dorsale très impressionnante, nous ne nous attendions absolument à en trouver un là! Il peuple d’habitude le large et les passes à de grandes profondeurs, en croiser un en lagon à 10m de fond est vraiment incroyable… on a du mal à s’en remettre!
Les moniteurs du club de plongée n’y croient pas non plus, lorsque nous leur racontons ce matin notre rencontre… Nous avons rendez-vous pour une nouvelle plongée dans la passe en dérivante, si le courant le permet. Gaby et Morgane partent avec un groupe de plongeurs confirmés, pour descendre à 40m dans les canyons de la passe, tandis que nous plongeons de notre côté avec Vincent et Céline, la secrétaire qui est en fait aussi monitrice. Le courant est très fort, et nous entraîne rapidement dans la passe; nous apercevons un énorme requin bordé, en nous accrochant aux coraux pour ne pas nous faire entraîner, et même le requin se fait bousculer par ce courant entrant… Puis nous nous laissons dériver, et croisons… un requin-marteau! Deux fois plus grand encore que celui de la veille, Céline est aussi enthousiaste que nous! Nous descendons ensuite vers le fond de la passe, pour explorer les canyons, mais le courant est vraiment très violent, j’ai du mal à me stabiliser, nous remontons un peu pour que ce soit plus confortable. Nous nous faisons dépasser par une escadrille de raies léopards, en formation serrée à 12, et pour une fois nous les observons de dessous! Elles repassent sur notre gauche, puis nous les perdons de vue; nous dérivons toujours assez vite, puis refaisons surface, pour constater que nous sommes arrivés assez loin dans le lagon, pas du tout au point de rendez-vous prévu avec le bateau… Il finit tout de même par nous retrouver; la palanquée de Gaby et Morgane a eu moins de chance: une des plongeuses a eu des problèmes d’oreilles lors de la descente, ce qui les a empêché d’entrer dans la passe. Ils sont donc restés à l’extérieur du récif toute la plongée, sans faire de rencontre particulière… Pour la peine ils replongeront demain, on croise les doigts pour que le requin marteau se manifeste à nouveau!
L’après-midi nous visitons la ferme perlière Gauguin, la dernière encore en activité sur Rangiroa; la visite est très complète, avec des explications détaillées sur l’élevage des huîtres perlières, puis nous assistons à la greffe d’huîtres à qui l’on remettait le premier nucleus. Enfin, on nous fait observer les différentes catégories de perles, les rondes, semi-rondes, baroques… Morgane repart avec une belle paire de boucles d’oreilles!
Nous terminons cette belle journée par une nouvelle sortie à l’aquarium, avec cette fois Morgane et Vincent en plongée bouteille; mais le temps se gâte rapidement, des vagues se forment, le snorkeling devient compliqué en surface avec les filles; les plongeurs remontent sans avoir rien vu que des balistes défendant âprement leurs nids… La tempête se déchaîne, avec des rafales à 28nds, nous sommes contents de rentrer au bateau!
Nouvelle plongée pour Gaby, Morgane et Vincent ce matin, et c’est le graal: les dauphins sont là en cette veille de Noël !! Ils sont venus à la rencontre des plongeurs dès leur descente à 30m, et sont restés un bon moment à nager tout autour… Ils ont même vu un marteau! Noël avant l’heure…
Pour se mettre dans l’ambiance, malgré les trombes d’eau qui tombent sans discontinuer, nous confectionnons de magnifiques Bredeles, puis regardons tous ensemble Vaiana, en remarquant au passage tous les petits détails piochés dans la culture polynésienne.

Veillée de Noël, on entonne “les anges dans nos campagnes” et “bon Noël et de Fort de France”, accompagnés d’un confit de canard et de pommes de terre sautée! Pas de vin, on prend la mer demain pour Toau!

vidéo du lagon bleu

La chanson de la vidéo suivante est du groupe marquisien Koru; nous l’avons découverte lors de nos courses à Rangiroa, elle tournait en boucle dans le supermarché… Nous l’avons donc écoutée 12 fois d’affilée… Elle est devenue le tube de nos vacances! Elle reste un tout petit peu en tête, ne me remerciez pas ^^…

plongées à Rangiroa