Le blog de notre année sabbatique en famille sur un voilier en Polynésie

Tahiti

Pendant ce temps, de l’autre côté du monde…

C’était une info banale, noyée dans la section « internationale »; puis elle a commencé à faire la Une – « heureusement qu’on n’a pas fait notre année sabbatique en Asie » – au coude à coude avec la réforme des retraites et la campagne des municipales. L’Italie est entrée en jeu, juste le jour où deux Milanais nous ont abordés en kayak pour parler de notre bateau -« on aimerait bien faire la même chose que vous l’année prochaine! »: grosse psychose à Fakarava suite à ces touristes, le maire interdit la venue des prochains paquebots sur son île. C’est le début des régulations, des certificats médicaux avant d’arriver en avion. Passage obligé des paquebots à Papeete avant les îles, puis interdiction complète de venir en Polynésie. Les Etats-Unis ferment les aéroports, les compagnies trouvent des parades pour continuer à desservir la Polynésie: vol direct, ou avec une étape à Pointe-à-Pitres. Et le premier cas: une députée qui avait été en contact avec le ministre de la culture à Paris. Le deuxième: evasané depuis Fakarava… Décidément… L’infirmière est en quatorzaine, c’est la panique, les municipales sont annulées? Reportées? Finalement maintenues, avec un taux de participation à 95% à Fakarava. Mais l’école et la poste sont fermées. Avant-hier, tous les nouveaux arrivants à Tahiti doivent se mettre d’eux-mêmes en quatorzaine. Les écoles fermées à partir d’aujourd’hui. Interdiction aux non-résidents d’entrer. Sixième cas cet après-midi avec un touriste fraichement arrivé pour une croisière sur un voilier, à la marina.
La nuit, nous suivons l’accélération folle en France: aux dessins et « mèmes » marrants sur Facebook ont succédé des avertissements plus sérieux, puis carrément des enguelades sévères -« les inconscients qui sortent encore! »; en moins de 15 jours, tout s’est métamorphosé, le vide s’est étendu des rayons aux rues, il n’y a plus qu’une actualité, qu’un sujet de conversation sur What’s app. L’angoisse se fait de plus en plus palpable, la peur se répand, pour ses proches et pour les autres aussi.
De loin, on assiste impuissants aux différentes mesures mises en place, qui paraissent toujours trop tardives et pas assez préventives a posteriori, mais pourtant à chaque fois drastiques. On envoie des messages de soutien, on partage notre expérience d’école à la maison, on se pose la question: est-ce qu’on rentre? Quand, où? Pour quoi faire? Trop tard pour voir nos familles, pour être d’une assistance quelconque à qui ce soit… On reste ?
Cela fait 15 jours que nous avons quitté Fakarava, avant que tout ne s’emballe. A l’époque, on hésite encore à traverser pour rejoindre Papeete: la météo n’est pas terrible sur Tahiti, vigilance orange pour les pluies, des inondations forcent les gens à rester chez eux. Dans les Tuamotus des orages peuvent éclater, avec des rafales à 30 noeuds sous grain. Et nous avons toujours notre étai à moitié cassé (certes sécurisé avec deux drisses), qui menace le bateau de démâtage en cas de vagues ou de vent violents, ainsi que des trappes de survie qui peuvent tomber à l’eau au niveau de la ligne de flottaison et laisser les vagues entrer… Vincent étudie les différentes prévisions météo heure par heure, et trouve une fenêtre idéale: entre deux dépressions, une zone calme qui se déplacerait d’est en ouest, en même temps que nous… On la surveille, la mesure; les modèles sont tous d’accord, ça paraît fiable; la mer est encore assez agitée, on fait des tableaux pour calculer la charge maximale que peut prendre la grand voile en fonction du vent et des allures; on renforce nos trappes; on fait nos adieux, à Diana qui verse une larme, à Sophie et sa famille qui nous offrent un excellent poisson cru au lait de coco et de beaux cadeaux made in Faka faapu… Et on part, dimanche 1er mars, sous une petite pluie qui apaise nos cœurs gros, et nous dirigeons vers la passe: la fameuse passe Nord, aux sept courants, la plus grande des Tuamotus…

Même pas peur!

Elle ne nous déçoit pas: nous sommes au bord d’un grain, avec des vagues dans tous les sens; cela ressemble fortement à une manœuvre d’intimidation et à une énième tentative de Fakarava pour nous garder encore quelques semaines… Mais nous optimisons notre course, serrons les dents, et sortons du mascaret pour filer vers le soleil couchant. Nous naviguons les 24 premières heures à la voile, avec deux voire trois ris et vent arrière pour stabiliser le mât et prendre le minimum de risques, avec une petite moyenne de 4 noeuds. Pas besoin d’aller plus vite, on risquerait d’arriver de nuit à Tahiti… La houle se calme petit à petit, le ciel est dégagé, nous apprécions la présence de la lune la moitié de nos nuits. Le vent finit par tomber, nous continuons au moteur.

Mercredi 4 mars, 2h du matin, après 52h de solitude: un île pleine de lumières! Et d’odeurs que nous avions oubliées: de terre, de forêt, de muscade, de vanille, qui nous heurtent toutes ensembles comme un mur olfactif. Submersion de messages What’s App – et d’émotion: le petit Charles, mon neveu, est né pendant notre traversée…
Nous franchissons la passe de Papeete, qui nous paraît minuscule, aux premières lueurs du jour: les routes grouillent déjà de monde, de nouvelles odeurs apparaissent – pots d’échappement, kerozen-, des bruits aussi qu’on avait oubliés dans notre atoll isolé – léger choc quand un avion nous survole avant d’atterrir…
Petite manœuvre pour s’amarrer au ponton de la marina, et ça y est: on l’a fait, on n’a pas démâté, ni coulé… au dodo…
Mais nous sommes rapidement happés par le rythme de la ville, et ne restons pas longtemps inactifs: Vincent a reçu le kit de sécurisation de ces fichues trappes, et se met au travail, secondé par Agathe – faire des trous dans la coque de son bateau, une expérience à vivre…

Nous croyons pouvoir faire réparer l’étai dès le vendredi, le gréeur ayant reçu les pièces attendues, mais c’eut été trop beau: après un départ aux aurores pour Taina – le point de départ de notre longue aventure que nous retrouvons avec beaucoup de nostalgie, pour s’amarrer au ponton technique où doivent se faire les réparations – le couperet tombe: « c’est plus compliqué que ça »… Pour faire court et simple, notre étai actuel est plus fin que ce qui est préconisé par le constructeur, d’où un vieillissement prématuré… On ne saura jamais pourquoi, même si des marques semblent montrer que ce câble a été démonté depuis la construction du navire… Bref, les pièces commandées ne suffisent pas… Nous retournons à Papeete, pour la suite des courses: des nouvelles chaussures pour les filles – qui continuent de grandir – des livres, des nacres, des cordons de cuir pour bracelets et colliers, du matériel pour le bateau…

Vincent fait la révision du moteur de l’annexe (impeller et vidange de l’embase) en compagnie de Dominique du voilier Viva, rencontré à Fakarava, puis la vidange du générateur; ponçage et vernissage de la table du cockpit pour moi; pêche aux crabes et aux crevettes depuis le ponton pour les filles! Elles ont rencontré une petite voisine, Apolline, qui vit à l’année à la marina, et qui les initie à la pêche à l’épuisette… Elles y passent tous leurs après-midis, c’est beaucoup plus drôle finalement que les jeux au parc de Paofai, surtout quand les tortues viennent grignoter les algues à quelques mètres de leurs filets…

Agathe est en pleine forme depuis que son œil va mieux: il était gonflé depuis quelques semaines, très sensible à la lumière. L’infirmière de Fakarava n’avait rien vu de spécial et lui avait donné des gouttes antibiotiques, en nous recommandant un ophtalmo s’il n’y avait pas d’amélioration. Rendez-vous pris lundi matin, il y a un corps étranger coincé sous la paupière, opération sous anesthésie générale le lendemain après-midi. La clinique est à un quart d’heure à pied de la marina, l’assurance-santé est réactive, pas mal de paperasses, mais tout se passe bien! Agathe entre au bloc opératoire rassurée par des infirmiers avec des charlottes rigolotes, et je la récupère deux heures plus tard, dans les vappes mais contente que tout soit terminée. Aucune séquelle, elle retrouve sa belle humeur!

Il ne reste donc plus que l’étai à réparer… Nous retournons au ponton technique de Taina avant-hier, mais le gréeur a un coup de chaud, et ne peut pas continuer. Nous restons amarrés pour la journée, en profitons pour faire du snorkeling près de la barrière de corail: nous retrouvons l’eau chaude et translucide des îles de la société (oui, moi j’ai trouvé que l’eau était frisquette à Fakarava, pas plus de 26°C…), et sa faune sous-marine dense et bariolée. Avec de très belles surprises: quatre tortues, une raie pastenague et une raie léopard! Un record dans cette partie du lagon…

Mardi matin, coup de téléphone du gréeur: son assistant a le nez qui coule, c’est peut-être le virus… Nous rentrons à Papeete… Pour en repartir ce matin: finalement ce n’était qu’un rhume. Grosse journée de travail, avec son lot de surprises, mais qui finalement s’arrangent au cours de la journée, et ce soir à 20h30: l’étai est remonté! Le gréeur repasse demain matin pour affiner les réglages mais ça paraît pas mal…
Et ensuite? Ce sera le confinement, dans un mouillage idéalement, autour de Tahiti puisqu’on ne peut plus naviguer d’une île à l’autre… L’avitaillement a été fait samedi dernier, je finirai de faire ma réserve de pain et de pommes demain matin… Nous suivrons l’évolution des situations, en prenant le temps de profiter de chaque journée avec les filles, puisqu’au départ, notre année sabbatique, c’était pour nous retrouver en famille… Bon courage à tous et à toutes pour ces prochaines semaines difficiles, n’hésitez pas à nous donner des nouvelles!
Quelques vidéos pour sortir virtuellement de chez vous: celles de l’article précédent sont toutes disponibles (vive la 4G…), et voici celle de notre retour à Tahiti: (la chanson qui l’accompagne: hymne à Fenua, la terre-mère des Polynésiens)

Retour à Tahiti
Fakarava

Dans les filets dorés de Fakarava

Fakarêver est toujours… à Fakarava! Voilà bientôt deux mois que nous en avons franchi la passe, et c’est bien difficile d’en sortir… Plusieurs raisons à notre séjour prolongé s’entremêlent, des imprévus, des surprises, de belles découvertes, et d’autres nouvelles un peu moins réjouissantes…
Tout commence par un message reçu début mi-janvier: un couple sur Tahiti est intéressé par le bateau (nous venions de finaliser l’annonce avec David, notre broker), et souhaiterait vivement le visiter. Il est même prêt à venir jusqu’à Fakarava, puisque revenir à Tahiti n’est pas du tout dans nos plans: nous visons les Marquises! Nous décidons donc de les attendre à Rotoava, au plus prêt de l’aéroport. Commence alors une série de rebondissements au suspens insoutenable: comme notre bateau est en LOA (Location avec Option d’Achat: un leasing pour bateau) et que les potentiels acquéreurs souhaitent reprendre ce leasing, il leur faut d’abord soumettre le dossier à la banque propriétaire du navire pour qu’elle valide une éventuelle reprise du contrat de location; il nous faudra trois longues semaines entre la première prise de contact et la réponse – ce n’est pas pourtant une banque au rythme polynésien… Après la fébrilité des premiers jours d’attente – « les acheteurs arrivent dans trois jours, à vos balais, brosses et chiffons! – s’est installé un certain fatalisme – « Papa, c’est ce week-end qu’ils viennent? – Peut-être, on ne sait pas, on relance la banque, c’est probable, qui sait… », sans (presque) jamais nous décourager…
Puis, lundi 10 février, David, le broker de notre bateau, nous informe: « Fountaine Pajot (la marque de notre bateau) envoie un rappel pour toutes les trappes de sécurité (petits hublots dans la coque que l’on peut ouvrir à l’extérieur en cas de retournement) de ses catamarans produits entre 2012 et 2018: il y a eu plusieurs cas où leur vitre est tombée à l’eau». Bigre, oui c’est embêtant effectivement, ça veut dire que de l’eau peut entrer à flot par une des coques à n’importe quel moment (ces trappes sont juste à quelques centimètres au-dessus de l’eau et la moindre vaguelette frappe dessus) … C’était arrivé à un bateau ami de Lotus (un Lagoon avec le même fournisseur de trappes) l’année dernière, ce qui avait déclenché un premier rappel. Les précédents propriétaires de Fakarêver avaient alors fait vérifier attentivement les joints des trappes; mais il semblerait que ce soit insuffisant. Fountaine-Pajot envoie donc à tous ses bateaux des kits de sécurisations en attendant des trappes neuves, « livrés entre 5 et 8 jours ». Même à Fakarava? On va rajouter 2-3 semaines de délai hein…
Enfin, la veille de l’arrivée des acheteurs, qui ont enfin reçu le feu vert de la banque et viennent passer le week-end à bord, Vincent monte au mât en vue de notre départ prochain, et découvre à sa grande horreur que l’étai (le câble qui tient le génois et accessoirement le mât) a au moins cinq torons (petits câbles tressé formant le câble) qui ont cédé, sur les dix-neufs formants le-dit câble… C’est très étonnant pour un bateau de cet âge, et rien n’avait été vu lors de l’expertise en juin dernier… On appelle cette semaine l’expert et un gréeur, et ils sont formels: c’est grave, il faut sécuriser avec des drisses, revenir à Tahiti, par temps calme et grand voile en vent arrière (pour ne pas solliciter l’étai) ou au moteur pour changer tout ça. Le gréeur commande les pièces qui vont mettre un petit bout de temps à arriver…

Nous sommes donc toujours à Fakarava. Où sont les (bonnes) surprises et les (belles) découvertes? Un peu partout: nous avons signé vendredi le compromis de vente de Fakarêver avec ce couple de grands plongeurs et passionnés de navigation. Ils prendront notre beau bateau sous leur aile à partir de mi-juillet, pour d’abord continuer à naviguer avec leurs enfants en Polynésie, puis revenir dans quelques années à leur île d’attache: la Guadeloupe, d’où Fakarêver est parti il y a presque trois ans! Nous sommes ravis de le confier à une famille qui en prendra soin, et d’avoir une date de retour déjà prévue: cette visibilité va nous permettre d’organiser au mieux la fin de notre année sabbatique, qui approche à grands pas.

Puis nous avons appris à danser! Sophie (rencontrée dès notre premier jour à Rotoava, voir l’article précédent) nous a proposé de participer à des cours de danse de Ori Tahiti, la danse tahitienne; ce devait être un cours d’initiation, puis les semaines passant, nous sommes devenues assidues à nos deux cours par semaines: les filles le mercredi et vendredi, et moi le mardi et jeudi! Agathe prend le rythme rapidement, ses déhanchés de plus en plus fluides et percutants; Cécilie et moi sommes un peu plus raides, mais l’enthousiasme et la musique nous portent et décoincent nos hanches d’Occidentales… Varu, farapu, ope, toma, les noms des pas sont égrenés en tahitien par Diana, notre prof de danse formidable, et nous tentons tant bien que mal de faire des ronds, des huits, des balancements avec nos bassins tout en portant gracieusement nos bras avec un sourire à toute épreuve… Chaque geste compte, il faut garder le rythme dans les otea (danse rapide aux sons des tambours), et faire la différence entre le dessin de la lune et de la montagne lors des danses plus lentes, qui racontent toutes des histoires au spectateur. Diana danse avec une grâce et une simplicité touchantes, que l’on retrouve déjà chez ses jeunes élèves, dont la rapidité à reproduire les chorés m’émerveille…

Cours de danse

La sédentarisation a du bon; nous redonnons un nom aux jours qui passent…

Nous prenons le temps: de marcher jusqu’au phare, et de rencontrer Mareana, une mamie qui vend des colliers de coquillage sur la route: elle nous accueille toute une matinée dans son fare pour nous apprendre à percer les coquillages, les enfiler pour former des fleurs et des poupées; elle répète aux filles de ramasser mêmes les coquillages moches, abîmés ou cassés, car ce sont des trésors qui attendent d’être révélés par des petites mains créatrices d’histoires – et parfois de poésie. Le chaton Chocolat participe à la bonne humeur de cette belle matinée…

C’est aussi l’occasion de faire du vélo: jusqu’à PK13 (nombre de kilomètres depuis l’église du centre du village), le long de la route qui file vers le sud, une bande de terre parfois large de 50 petits mètres entre l’océan tumultueux et le lagon merveilleux. C’est tout droit, tout plat; les filles retrouvent le rythme des pédales, apprivoisent le rétro-pédalage pour freiner, et nous avalons les kilomètres sous un beau soleil, au son des vagues qui se brisent sur les platiers, et des palmes qui bruissent sous le vent d’est. Au bout du chemin: une petite huilerie tenue par un jeune couple adorable, qui produit ses huiles de coco vierge et de tamanu. Nous laissons passer un grain en leur compagnie, ils nous parlent de leur toute jeune entreprise – à peine quatre ans – des techniques qu’ils utilisent, puis de leur fille qui est au cours de danse avec Agathe et Cécilie… Nous repartons avec un stock tout neuf d’huile de Tamanu, l’huile qui guérit tout ^^!
Nous passons le long de l’exploitation de fruits et légumes de Malika, ma pourvoyeuse bienfaitrice en produits frais depuis que nous sommes à Fakarava! Son neveu nous fait visiter les rangs d’aubergines, de concombres, de tomates, mais aussi les plants de pastèques et de vanille. Jeune entreprise elle aussi, en plein développement, elle fait venir la terre de Tahiti, mais l’entretien ensuite avec du compost, et mêle les différentes essences dans ses plantations pour qu’elles se nourrissent les unes les autres. L’oncle de Malika a aussi une petite pépinière de fruitiers, pour inciter les habitants à planter chez eux, et retrouver goût à cultiver leur jardin: il semblerait que depuis l’arrivée des bateaux de livraison depuis Tahiti, les Pomotus ont délaissé la culture de leurs terres, réputées pauvres et rocailleuses – l’île est posée sur du corail. Mais avec le climat chaud et humide des Tuamotus, tout pousse: bananier, papayer, citronnier, arbre à uru, on les retrouve tous! Mais il faut les planter, et les cocotiers restent encore très largement majoritaires.

Après les légumes, le poisson: nous avions déjà commencé à explorer le monde de la pêche à Hirifa, nous poursuivons nos découvertes avec plus ou moins de succès: la pêche aux rougets depuis le quai avec des lignes munies de plumes permet aux filles de faire de la trottinette avec les copines, mais nous en sommes à chaque fois retournés avec un petit poisson par personne – excellent au demeurant.

La pêche aux carangues depuis le bateau: c’est la guerre au mouillage de Rotoava pour de minuscules poissons, pris en étau entre les oiseaux en surface, et les carangues sous l’eau : attention, âmes sensibles, s’abstenir:

la guerre au mouillage…

Vincent s’est alors interposé, prenant la défense du plus petit, et d’un coup de fusil a transpercé une magnifique carangue ! Premier chasseur sous-marin à pêcher sans se mouiller… Cet exploit n’a pour le moment pas été réitéré, les informations circulent vite dans la communauté sous-marine, et les carangues gardent maintenant une distance minimale avec notre navire… Nous apprenons à cuisiner les Nasons, ces curieux poissons au profil de Pinocchio: Sophie m’a détaillé deux manières de les préparer, avec photos à l’appui pour chaque étape! Et les filles adorent, profitons-en…
Elles adorent aussi jouer avec Kuranui, la fille de Sophie, que nous voyons régulièrement: chez elle, sur le bateau, à la danse, lors d’une soirée pizza-Reine des Neiges 2… Pendant que les parents ont de longues discussions autour de la vie en Polynésie, des difficultés que peuvent rencontrer les Français à s’installer ici, de la gestion des terrains à Fakarava, des histoires de famille… Nous faisons connaissance avec Tavita, le mari de Sophie, Pomotu inscrit sur une liste électorale pour les municipales, le grand sujet du moment, pas seulement à Paris… Avec là aussi des campagnes électorales complexes, des projets pour l’avenir, et des rivalités… Tavita fait également partie de l’équipe de Va’a de l’île, qui se prépare activement pour une première participation à l’Hawaiki Nui cette année! Il a proposé à Vincent une initiation à la rame demain matin, nouvelles courbatures en vue ^^…

Nouvelle activité de fin de journée: initiation à Age of Mythology!


Nous avons été tentés à plusieurs moments de changer de mouillage: descendre à Pakokota; aller vers la passe Nord. S’est présenté alors le dilemme du voyageur: à quel moment poser un peu plus longtemps nos valises? Faut-il continuer d’explorer, ou s’arrêter pour approfondir? Ne prend-on pas le risque de ne plus repartir? Un ou deux mois à Fakarava, est-ce une opportunité fantastique de vivre quelque chose d’unique, ou du temps perdu que l’on ne passera pas dans un nouvel atoll? Cette envie de flâner nous avait tenaillés à plusieurs reprises, nous avions déjà l’impression de nous attarder lorsque nous restions plus de dix jours sur la même île- il y en a plus de 180 en Polynésie après tout – mais les évènements ont décidé pour nous… Rester ancrer au même endroit, s’ancrer un peu plus dans une culture et un mode de vie, c’est sans conteste une nouvelle étape dans notre périple, à laquelle nous ne nous attendions pas, mais qui nous marquera autant que les précédentes, avec une atmosphère, un rythme et des odeurs inoubliables!

A Rotoava
Fakarava

Vers Hirifa!

les vidéos des articles précédents ont été mises en ligne:

les requins et le séjour à Fakarava avec Gabriel et Morgane: http://desmontagnesetdesiles.fr/faka-a-faka/

Les plongées à Rangiroa et la navigation à Toau: http://desmontagnesetdesiles.fr/toau-anse-amyot-sous-leau/

Vendredi 3 janvier, nous allons mouiller en face du village principal de Fakarava: Rotoava; il va s’agir d’être efficace ces prochains jours: ménage, lessives, courses, mes parents arrivent le 9 janvier, il ne faut pas traîner! Nous sommes au départ un peu perdus, malgré l’unique route du village: il n’y a pas vraiment de zone de mouillage, les bateaux sont éparpillés le long de la côte, sur laquelle on aperçoit de nombreuses petites plages, on peut y débarquer? Il nous faut des renseignements. Tout d’abord l’appel à un ami: Myriam et Alain, d’Alaïa, croisés à Maupiti, connaissent Fakarava comme leur poche, et nous donnent quelques points de repères: le supermarché tout au nord, près du grand quai bétonné, et les deux épiceries à côté de l’église. Puis l’arrêt chez les voisins: les propriétaires de Uproar, contactés la veille par VHF, nous informent que l’on peut débarquer sur n’importe quelle petite plage, toutes publiques, et que l’on trouve internet à Fakarava Yacht Service. On commence à y voir plus clair… Pour les poubelles, c’est sur le petit port, avec un gentil panneau rappelant aux voiliers de venir payer leur taxe de séjour et la taxe ordures ménagères à la mairie: là c’est clair, et c’est pas plus mal!
La superette est fermée, pour cause d’inventaire; la première épicerie aussi, pour cause de vacances; heureusement la deuxième est ouverte: on fait le plein de Sao (petits biscuits secs bien pratiques), de Kiri, et c’est à peu près tout…Le dernier bateau ravitailleur est passé le 24 décembre, et ne reviendra pas avant un mois, les étalages sont bien vides! En discutant avec Aldric, du Yacht Service, on obtient de nouvelles infos: une petite ferme vend des légumes au virage (oui, y’a un virage sur l’unique route de Faka ^^) les mardi et vendredi, il faut y être de bonne heure, et le seul snack ouvert en ce moment est un peu plus loin sur la route. Nous nous y rendons avec les filles pendant que Vincent profite encore un peu d’internet, et apprenons que la cuisinière est aussi pâtissière, et peut nous préparer… une galette des rois pour demain! Mon estomac commence à être rassuré…


Je récupère des légumes le mardi auprès de Malika – concombres, aubergines, tomates, salades, et même deux pamplemousse-, fais la razzia sur les dernières pommes et oranges du frigo de l’épicerie, remplis le congélo de viandes diverses: le ravitaillement prend doucement forme. Je fais également la rencontre de Sophie, qui tient la boutique Trésor Kaina: elle vend de jolies robes et tuniques très confortables, cousues, teintes et customisées sur place. Elle me raconte son parcours, de cadre commercial dans la téléphonie mobile à un fare à Fakarava, et j’en sais beaucoup plus sur le fonctionnement de cet atoll, notamment le gouffre qui sépare les Pomotu (habitants des Tuamotus) et les plaisanciers… Depuis quelques années Fakarava est pris d’assaut par les voiliers qui descendent des Marquises, avec une affluence sans précédent; des incompréhensions peuvent alors avoir lieu avec les habitants – comment on peut vouloir acheter du poisson alors qu’il suffit d’aller le pêcher? Je repars de chez Sophie avec deux petites robes, et la promesse de poissons-perroquets rapportés par ses petits voisins encore en vacances!
Une autre Sophie, collègue grenobloise, m’informe qu’une de ses amies entreprend une croisière dans les Tuamotus, et arrive de manière imminente à Fakarava! Nous guettons donc son bateau, et effectivement le French Polynesia Master vient mouiller à quelques encablures de Fakaraver; je prends contact avec Nathalie par What’s App, qui nous invite à venir bord, les filles sont ravies! Nous visitons ce navire qui nous paraît gigantesque, avec un magnifique roof-top du haut duquel Fakarêver est minuscule… Nathalie est une grande fan de plongée sous-marine – cette croisière est un « live aboard » qui propose trois plongées par jour – nous échangeons donc nos impressions sur les fonds polynésiens. Le monde étant vraiment tout petit, Nathalie a fait la même école de commerce que Sophie de Fakarava, et elles ont des amis en commun…


C’est l’heure d’aller à l’aéroport! Munis de deux magnifiques couronnes de fleurs préparées par la soeur de Malika (la vendeuse de légumes), nous nous y rendons en annexe, la mer est calme – du moins, au mouillage: des petites vagues se forment en approchant de la rive nord, elles nous poussent pour le moment, elles risquent de nous éclabousser au retour… Nous retrouvons Sophie, qui vient chercher un colis, et Nathalie, qui repart à Dubaï (son port d’attache), et enfin l’avion de Granpa et Granny atterit! Ils sont les derniers à en descendre, un peu pâlots eux aussi malgré la belle semaine qu’ils ont passée aux Marquises avant de nous rejoindre, l’air marin leur fera du bien!

Ils nous apportent de quoi survivre ces prochains mois à bord: des dragons, des maillots de bain anti UV, un magnifique ukulele des marquises, de la pâte d’amande… et du Nutella !

Nous avons prévu de descendre tranquillement ces prochains jours le long de la côte Est de Fakarava, en suivant le chenal. Premier arrêt à l’autre Yacht Service de Faka, celui de Mathieu, à Pakokota: la pension est fermée elle aussi , mais la belle-mère de Mathieu, qui garde les lieux, nous accueille autour d’un jus de fruits, et nous donne accès à internet. Nous nous promenons sur la côte océane, sauvage et magnifique, puis repartons le lendemain plus au sud.

Le vent a cependant forci, est passé Sud Est, nous empêchant de suivre sereinement le chenal: petite frayeur lorsque nous nous en sommes un peu écartés, une patate a surgi devant nous, heureusement les réflexes de Vincent ont évité la collision. Nous faisons une halte dans une anse abritée pour laisser passer le vent, et restons durant deux jours complètement seuls au monde… Vincent et Granpa s’occupent de notre survie en tentant de décrocher des noix de cocos et de pêcher avec le matériel acheté à Rotoava, avec plus ou moins de succès… Heureusement il me reste un poulet surgelé…


Quelques grains passent, donnant de magnifiques couleurs au ciel, sur lesquelles se détachent en ombres chinoises les cocotiers; puis le vent baisse, nous reprenons notre route au sud, cette fois complètement au moteur… et nous voilà à Hirifa!

Hirifa, pointe Sud-Est de l’atoll, dont tout le monde nous a parlé avec des étoiles dans les yeux: ses sables roses, ses motus dorés, ses barbecues conviviaux, ses eaux chaudes… Encore un coin de paradis! Nous découvrons effectivement de longues bandes de sables qui affleurent, la barrière de corail toute proche, une impression de bout du monde…

Nous allons nous promener sur le motu, le long d’une belle lagune et au milieu de cocoteraies, jusqu’au fare de Maheata, recommandée par Myriam et rencontrée par Yann et Laura, de Quasar, qui lui avaient installé ses panneaux solaires. Elle nous accueille avec sa soeur, Flo, venue de Tahiti pour sa retraite s’installer dans ce petit coin tranquille. Nous prenons rendez-vous le lendemain pour une séance de tressage de palmes!
En continuant sur le chemin, nous rencontrons Joseph, un ami de Flo et de son mari Charles, en séjour sur le motu pour aider ce dernier dans l’entretien de la cocoteraie, et qui s’avère également pêcheur! Nous lui proposons de nous accompagner lors de notre prochaine tentative, car pour le moment le poisson se fait rare à notre table…
Les jours qui suivent à Hirifa sont alors l’occasion de beaux moments de partage et d’échange: Maheata nous confectionne de magnifiques chapeaux de palmes, et nous apprend à tresser des moulins, des poissons et des fleurs, à la grande joie d’Agathe (qui lui offrira une maquette du motu); Joseph nous montre les coins à poissons, les espèces épargnées par la ciguatera, et réussit à nous faire tous avoir une prise, à la grande joie de Cécilie, très fière de son petit mérou!

Il accompagne également Vincent à la chasse sous-marine, dont le produit est préparé par Flo et Maheata le dernier soir de notre séjour: magnifique repas composé de poisson cru au lait de coco, beignets de perroquets, merou grillé, Uru cuit à la braise! Charles met l’ambiance avec mon ukulele, Joseph nous donne quelques cours de Tahitien, nous repartons le coeur plein de leur gentillesse et de leur générosité.


Nous n’avions pas encore eu l’occasion de faire vraiment connaissance avec des Polynésiens; ceux-ci sont en effet très réservés et discrets avec les touristes, n’osent pas forcément nous parler car beaucoup ont honte de leur français, nous sommes donc enchantés d’avoir pu créer quelques liens en dehors des sentiers touristiques!

Vers Hirifa!


La dernière étape de notre tour de Fakarava: 24h à la passe Sud, pour faire nager mes parents au milieu des poissons et des requins… Le snorkeling sur la côte Est était en effet un peu décevant, peu de patates et une visibilité très moyenne, nous leur proposons donc une petite dérivante près de la pension Tetamanu. La visibilité est toujours aussi extraordinaire, les pointes-noires sont au rendez-vous, ainsi que les napoléons, perches, rougets..c’est un festival d’écailles et de couleurs, un bel aquarium dans lequel nous déambulons, portés par un léger courant entrant!
En fin d’après-midi, une grande promenade autour du motu, en longeant la passe puis l’océan, permet aux filles de remplir leur sacs de petites porcelaines, et nous offre un magnifique coucher de soleil qui teinte toute la côte orangée.

A la passe Sud


Retour à Rotoava, et déjà le départ de Granpa. Granny reste encore quelques jours avec nous, et en profite pour effectuer un baptême de plongée sous-marine, en compagnie d’Agathe qui ne demande que ça depuis des semaines! Nous réservons chez Kaina Plongée, et les conditions sont optimales: beau temps, peu de mer, nous ne sommes que tous les cinq sur le bateau qui nous emmène au spot de plongée dans le lagon, et nous pouvons évoluer en snorkeling autour des deux néophytes! Granny se lance la première, et après quelques faux départs, elle retrouve ses réflexes d’il y a quelques années, et le moniteur la laisse évoluer seule à ses côtés. Agathe, avec un peu d’appréhension et beaucoup de courage, se met à l’eau, et prend très vite ses marques malgré le détendeur et la bouteille biens grands pour sa taille et grâce à JC le moniteur qui la met tout de suite à l’aise. Elle observe avec enthousiasme les poissons de tout prêt, montre des mérous au moniteur, évolue avec de plus en plus d’aisance. Cécilie passe de temps en temps en apnée lui faire coucou (elle meurt d’envie elle aussi de descendre avec des bouteilles…), les parents sont vraiment fiers de leurs petits poissons!

Baptêmes

p.s: beaux concerts aux amis de Strava! Pour les Grenoblois: magnifiques concerts jeudi 30 et vendredi 31 janvier à l’Eglise Saint Jean, La Messe en Si de Bach, par l’ensemble vocal Stravaganza, l’Ensemble baroque du Léman, et de splendides solistes!

Fakarava

Faka à Faka!

Nous voici partis pour la traversée de ce lagon de haut en bas! Le vent, d’est, est parfait, nous filons à la voile à une moyenne de 6 noeuds et sous un beau soleil; nous ne suivons pas le chenal balisé, qui longe la côte est, il faut donc être vigilant aux cheminées de corail qui peuvent remonter jusqu’à la surface et qui ne seraient pas cartographiées (au final la cartographie s’est révélée assez précise). Nos expériences dans le lagon de Tikehau et de Rangiroa nous permettent d’être assez sereins, et nous arrivons au mouillage près de la passe sud vers midi, presque 24h plus tôt que ce que nous avions envisagé la veille… la classe!

les vigies sont aux aguets 🙂
tout le monde à la manœuvre!
mouillage droit devant


Le coin est idyllique, avec de jolis motus, une belle eau turquoise, un village tout mignon; nous nous y rendons en milieu d’après-midi pour nous renseigner sur les conditions de plongée sous-marine dans la passe: ce sera pour le lendemain après-midi! Le centre de plongée fait partie de la pension Tetamanu, les prix sont raisonnables (7000 fpc la plongée), et les locaux sont sur pilotis au-dessus d’un petit bras de la passe: l’eau est transparente, et bondée de requins pointe-noires qui circulent dans un 30cm d’eau. Cela n’empêche pas les enfants de s’y ébattre, les requins évitant prudemment ces zones de bruits et d’éclaboussures…


Nous nous faisons indiquer les sables roses, spot mythique de Fakarava, à 10mn en annexe. Après avoir contourné une grande zone de patates de corail, nous accostons sur un minuscule motu, où s’élèvent quatre cocotiers magnifiques: c’est décidé, ce sera notre motu! Nous en faisons le tour au moins cinq fois, foulant ce magnifique sable rose orangé – des résidus de concrétions coralliennes rejetées par les poissons perroquets – profitant de la douceur de l’eau pour admirer ces derniers…sans leur balancer de coups de harpon… Une bien douce après-midi!


Nous plongeons le lendemain dans cette fameuse passe sud, dont nous entendons parler depuis des semaines: un film y a été tourné l’année dernière, « 700 sharks », elle attire depuis des plongeurs du monde entier. Vincent l’entreprend en snorkeling avec les filles, tandis que nous l’explorons 20 mètres plus bas avec des guides du club de plongée.
Effectivement, il y a des requins. Plein de requins. Plein plein plein. Nous sommes hyper enthousiastes d’en croiser deux au bout de quelques minutes de plongée, des gris de récif, laissant tourner la Gopro pour ne pas en perdre un aileron, mais plus nous nous enfonçons dans la passe, plus nous comprenons que ces premières images vont paraître un peu ridicules… Nous croisons en effet des murs de requins, qui s’étendent du fond de la passe jusqu’à 10 mètres sous la surface, réunissant des dizaines d’individus qui nagent paisiblement à contre-courant. C’est fabuleux de les voir défiler devant nous à portée de main, nous regardant du coin de l’œil, sans vraiment dévier de leurs trajectoires… Les poissons ne sont pas du tout impressionnés, et nous croisons de gigantesques bancs de barracudas, de perches, de bec de canne, de carangues… Les requins pêchent la nuit, tout ce petit monde aquatique cohabitent tranquillement la journée!

Morgane et Gabriel enchaînent une deuxième plongée avec Vincent, j’emmène pendant ce temps les filles sur le motu en face du bateau pour y prendre le goûter: pas de sable cette fois, surtout des morceaux de coraux blancs et noirs, et des centaines de petits Bernards l’Ermite qui font le bonheur des filles. Nous croisons quelques étoiles de mer et des minuscules crevettes, une faune très dense dans les flaques du platier!


Le 31 décembre, nous retournons sur notre motu pour un shooting photo: notre carte de nouvel an va tout déchirer! Nous ne sommes pas très prudents avec le soleil, accaparés par le drone, nous revenons un peu rouges, mais ravis de nos prises de vue! Nous passons encore une bonne heure sous l’eau dans les patates alentours, à admirer les coraux violets, bleus, roses et blancs… Les filles testent leur masque et leur tuba, pour faire comme les grands, et qui leur permet de plonger plus profondément qu’avec les masques intégraux qu’elles utilisent d’habitude. Elles grandissent encore un peu!

bonne année!!

Morgane et moi replongeons dans la passe en fin d’après-midi, pendant que les hommes gardent les filles; nous nous mettons à l’eau un peu plus loin que la première fois, ce qui permet l’exploration de l’autre rive; nous nous posons tout au fond, aux côtés d’un requin pointe blanche très paisible, puis nous laissons dériver à toute vitesse au milieu d’une plaine de corail très impressionnante: des vallées de plants de coraux s’étalent à perte de vue, proposant des variations autour des teintes orangées, c’est splendide!
A 18h30, Morgane retourne au bateau et je plonge cette fois avec Vincent et Gaby pour une expérience un peu différente: une plongée de nuit! Je n’étais pas sûre de me joindre au groupe, mais il ne s’agit pas de descendre la passe dans le noir, seulement de se poser au fond et d’observer. Le briefing de l’instructeur fait cependant un peu froid dans le dos: les consignes sont très précises, il faut rester en groupe compact, serrer les bras et les genoux pour éviter qu’un poisson ne s’y faufile, et donc qu’un requin n’essaie lui aussi de passer. Car ils seront tous en mode prédateur: très actifs, très nerveux, les requins chassent en bande, mais le premier qui attrape une proie peut se la voir disputer par ses congénères, qui ne se privent pas de la lui ôter de la bouche… Ils peuvent alors être pris de frénésie, la plus grande prudence est donc de rigueur! Les moniteurs n’hésiteront pas à écourter la plongée si les conditions deviennent trop dangereuses…
Sur ces paroles plus ou moins rassurantes, nous nous mettons à l’eau à la tombée de la nuit, et entamons la descente à 20 mètres de profondeur. Les moniteurs ont des spots de lumière très puissants, et nous observons immédiatement une différence d’attitude chez les requins, si paisibles il y a quelques heures: ils tournoient rapidement, nous frôlent, ça grouille de toute part. Nous nous mettons en position au fond de l’eau, et en prenons plein la vue: des gris et des pointes blanches tourbillonnent sous nos yeux ébahis, tenus en respect par les projecteurs, ils longent nos genoux, passent au-dessus de nos têtes, c’est un spectacle prodigieux. Quelques poissons malheureux se font gober, mais très rapidement sans que cela n’engendre de mêlées sanglantes; d’autres ont plus de chance, et survivent au milieu de cette nuée de prédateurs: s’ils restent immobiles, les requins ne les sentent pas, et donc ne les attaquent pas! Nous remontons au bout d’une demi-heure, ravis: une incroyable expérience pour les dernières heures de 2019!

les plongées au milieu des requins

En rentrant au bateau une surprise nous attend: les filles ont aidé Morgane à préparer un repas de fête! Des petits menus ont été rédigés, la table décorée, et Morgane a même confectionné une délicieuse bûche chocolat-banane; nous ouvrons le champagne apporté par nos hôtes, deux bouteilles puisque nous n’avions pas touché à celle de Noël, déjà suffisamment barbouillés par les vagues qui bousculaient le bateau à ce moment-là… Toasts de foie gras à la gelée de piment d’Espelette, nuit splendide, étoiles filantes à minuit en guise de feu d’artifice, pas de doute, nous clôturons cette année en beauté!


Pour être sûrs de bien entamer 2020, nous nous sommes inscrits au repas du 1er janvier midi de la pension Tetamanu: la cuisinière a préparé un très beau buffet de spécialités polynésiennes, que nous sommes très heureux de faire découvrir à Gabriel et Morgane: poisson cru, Poa à la banane, gelée de citrouille, patates douces cuites à l’étouffée, bénitiers, ils goûtent à tout! Les filles vont jouer avec un copain de la pension pendant nous explorons le petit village attenant à la passe: il y a de nombreuses ruines de bâtiments en pierre, parfois très imposants, qui datent de la fin du 19ème siècle. L’église est comme d’habitude magnifique, avec un autel orné de nacres et des coquillages parant la chaire.


Le lendemain nous plongeons une dernière fois tous ensemble au milieu des patates de corail près de la passe, Vincent et Morgane en bouteille, les autres en snorkeling, puis nous levons l’ancre vers 11h pour remonter au nord de l’atoll: dernières 24h de nos chers invités, que l’on va avoir beaucoup de mal à quitter…

Le vent n’est pas très favorable, et il faut appuyer au moteur, ce qui nous permet d’arriver à 17h au mouillage près de Pufana. Dernière soirée jeux, ultime plongée au milieu des requins pointes-noires et gris, nous apercevons même un requin dormeur, puis nous nous mettons à la bouée en face de l’aéroport de Fakarava. Les bagages sont beaucoup plus légers, puisque Gaby et Morgane nous laissent leurs stab et détendeurs, mais les coeurs sont bien plus lourds… Une nouvelle page de notre aventure se tourne, avec encore un chapitre magnifique: des nombreuses découvertes, des nouvelles expériences, des échanges, des jeux, des discussions, des souvenirs pleins la tête, nous sommes chanceux d’avoir eu cette belle visite! Merci à eux d’avoir traversé la Terre pour partager ces moments incroyables avec nous!!

Séjour à Fakarava
Toau

Toau, Anse Amyot, sous l’eau!

Le père Noël est passé sur Fakarêver, et les filles sont ravies de leurs surprises sous le sapin en bois flotté: jeux, livres, barbie et pareo violet, elles sont bien gâtées! Les grands ne sont pas en reste, Gaby et Morgane ont des beaux T-shirt de Rangiroa illustré d’un requin-marteau, des bracelets en coquillage, et nous offrent en retour le remplaçant de l’appareil photo sous-marin!


Une autre surprise de Noël nous attend: l’Aranui, le célèbre bateau mi-croisière mi-frêt de Polynésie, entre par la passe de Tiputa! Il apporte une cargaison de fruits et légumes frais en provenance des Marquises. C’est la ruée sur le quai, où sont vendus des « paquets » de pamplemousses, d’avocats, de bananes aux particuliers. On nous avait prévenus qu’il fallait y aller rapidement, car le stock est rapidement dévalisé, et nous repartons les bras chargés de vitamines toutes fraîches!

Nous passons quelques coups de téléphone à nos familles, puis nous partons: le temps va se dégrader rapidement, des rafales à 40 nds sont prévues demain à Rangiroa, nous filons pour notre prochaine escale, l’atoll de Toau, à 100 milles nautiques.
Le départ est épique: au moment où nous levons l’ancre un grain surgit et nous bouscule avec du vent à 30 noeuds et de la pluie aveuglante; nous suivons l’Aranui dans la passe, bien agitée, puis coupons le moteur pour nous laisser porter par les restes du grain. Nos invités découvrent la pleine mer: une houle croisée « sympathique » remue le bateau, mais rapidement nous passons en vent de travers, les vagues nous soulèvent par l’arrière, notre allure devient plus confortable. Nous nous prenons tout de même 2 gros grains qui nous poussent à mettre 2 ris pour la nuit. Malheureusement le vent baisse, la pluie ne nous lâche plus, nous avançons plus lentement que prévu; nous risquons de nous faire rattraper par la tempête qui nous talonne; nous alternons pendant la nuit avec des épisodes au moteur, histoire de tenir une moyenne de 4 noeuds… Morgane nous accompagne dans nos quarts jusqu’à 1h du matin, Gaby est moins en forme…

les petits points jaunes sur le radar symbolisent les nuages de pluie…

Au matin le vent est complètement tombé, contrairement à la pluie qui semble avoir encore des milliers de litres en réserve… Nous observons nos quarts depuis le carré, le poste de barre finit par être très humide, malgré le bimini textile à 360° qui le protège… Nous en profitons pour tester avec les filles leurs nouveaux jeux, la mer est calme, ce qui nous permet d’arriver à la passe de l’Anse Amyot, à l’est de Toau, dans de bonnes conditions, vers midi. De la vraie tempête, nous n’en verrons qu’un fort coup de vent à 30 noeuds, une fois solidement amarrés à la bouées…

Il s’agit maintenant de sécher le bateau, les vêtements et le cockpit: pas évident avec des grains qui rappliquent à l’improviste… Mais ils finissent eux aussi par passer, et le soleil vient donner quelques couleurs à notre belle anse: complètement protégée de la houle et des vagues, entourée de beaux massifs coralliens, c’est un petit paradis pour le snorkeling, le paddle, et la chasse sous-marine! Vincent initie Gaby, et ils nous rapportent trois beaux perroquets (pas des dommages collatéraux avec des oiseaux passant par là, mais bien des poissons). Ils feront notre dîner!


Nous débarquons à terre, où nous attendent trois chiens ravis de notre visite et courant après les poules; pas âme qui vive dans ce petit village qui réunit une pension touristique avec de jolis bungalows et quelques maisons de pêcheurs. Nous finissons par trouver le gardien, qui nous informe que les propriétaires du lieu sont allés passer les fêtes à Fakarava; nous sommes donc seuls au monde!
Enfin par pour longtemps: un catamaran de Poe charter nous rejoint, puis Holnis, rencontré à Tikehau, et un énorme monocoque qui ancre en plein milieu de la baie. C’est étonnant la vitesse à laquelle la civilisation nous a retrouvés…

Nous continuons nos petites balades sous-marines en binôme: nous explorons la passe, mais il a tellement plu que le lagon est plein, et même en courant entrant il charrie encore du sable vers l’océan. La visibilité est en revanche bien meilleure à l’extérieur, nous nous promenons donc à 10m de fond sur le tombant, où quelques petits requins bordés viennent à notre rencontre; nous croisons de beaux Napoléons, et de magnifiques poissons de récif.


En consultant une nouvelle fois la météo et le planning, Vincent décide qu’il est temps de partir pour Fakarava: le vent n’est pas très favorable, mais comme il passe de SE à NE, nous espérons limiter le nombre de bords à tirer.
Nous nous mettons en route en fin d’après-midi: la mer est belle, le temps aussi, le vent est dans la bonne direction, nous nous répartissons les quarts assez sereinement.

Un grain nous bouscule vers 21h, nous surprenant toutes voiles dehors avec des rafales à 30 nds, mais Vincent a le bon réflexe de se mettre face au vent, et laisse passer la bourrasque. Nous jouons avec un ris juste dans le génois pour plus de sécurité, et la nuit se passe sans problème, le vent tournant NE au bon moment dans notre trajectoire, nous faisant même avancer plus rapidement que notre meilleur scénario. Nous abandonnons le plan initial – qui était de contourner Fakarava par le nord pour arriver directement à la passe sud – et nous nous rendons directement à la passe Nord pour traverser le lagon jusqu’au village de Tetamanu: la traversée de lagon ne peut se faire que de jour et à condition de passer aux bons horaires à la passe nord pour éviter de lutter contre un courant qui peut aller jusqu’à 10 noeuds! Nous abordons ainsi la passe Nord à 5h30, dans de magnifiques teintes roses: elle est gigantesque, et très paisible! Seul bémol: Gabriel, très motivé à l’idée de faire un quart de nuit a vu le sien disparaitre dans ce changement de plan.. encore désolés ^^!
Nous voici aux aurores au début de notre traversée du lagon. Fakarêver est bien arrivé à Fakarava…

La chanson de cette vidéo est du groupe marquisien Koru; nous l’avons découverte lors de nos courses à Rangiroa, elle tournait en boucle dans le supermarché… Nous l’avons donc écoutée 12 fois d’affilée… Elle est devenue le tube de nos vacances! Elle reste un tout petit peu en tête, ne me remerciez pas ^^…

Plongées à Rangiroa et navigation à Toau