Fakarava

Faka à Faka!

Nous voici partis pour la traversée de ce lagon de haut en bas! Le vent, d’est, est parfait, nous filons à la voile à une moyenne de 6 noeuds et sous un beau soleil; nous ne suivons pas le chenal balisé, qui longe la côte est, il faut donc être vigilant aux cheminées de corail qui peuvent remonter jusqu’à la surface et qui ne seraient pas cartographiées (au final la cartographie s’est révélée assez précise). Nos expériences dans le lagon de Tikehau et de Rangiroa nous permettent d’être assez sereins, et nous arrivons au mouillage près de la passe sud vers midi, presque 24h plus tôt que ce que nous avions envisagé la veille… la classe!

les vigies sont aux aguets 🙂
tout le monde à la manœuvre!
mouillage droit devant


Le coin est idyllique, avec de jolis motus, une belle eau turquoise, un village tout mignon; nous nous y rendons en milieu d’après-midi pour nous renseigner sur les conditions de plongée sous-marine dans la passe: ce sera pour le lendemain après-midi! Le centre de plongée fait partie de la pension Tetamanu, les prix sont raisonnables (7000 fpc la plongée), et les locaux sont sur pilotis au-dessus d’un petit bras de la passe: l’eau est transparente, et bondée de requins pointe-noires qui circulent dans un 30cm d’eau. Cela n’empêche pas les enfants de s’y ébattre, les requins évitant prudemment ces zones de bruits et d’éclaboussures…


Nous nous faisons indiquer les sables roses, spot mythique de Fakarava, à 10mn en annexe. Après avoir contourné une grande zone de patates de corail, nous accostons sur un minuscule motu, où s’élèvent quatre cocotiers magnifiques: c’est décidé, ce sera notre motu! Nous en faisons le tour au moins cinq fois, foulant ce magnifique sable rose orangé – des résidus de concrétions coralliennes rejetées par les poissons perroquets – profitant de la douceur de l’eau pour admirer ces derniers…sans leur balancer de coups de harpon… Une bien douce après-midi!


Nous plongeons le lendemain dans cette fameuse passe sud, dont nous entendons parler depuis des semaines: un film y a été tourné l’année dernière, « 700 sharks », elle attire depuis des plongeurs du monde entier. Vincent l’entreprend en snorkeling avec les filles, tandis que nous l’explorons 20 mètres plus bas avec des guides du club de plongée.
Effectivement, il y a des requins. Plein de requins. Plein plein plein. Nous sommes hyper enthousiastes d’en croiser deux au bout de quelques minutes de plongée, des gris de récif, laissant tourner la Gopro pour ne pas en perdre un aileron, mais plus nous nous enfonçons dans la passe, plus nous comprenons que ces premières images vont paraître un peu ridicules… Nous croisons en effet des murs de requins, qui s’étendent du fond de la passe jusqu’à 10 mètres sous la surface, réunissant des dizaines d’individus qui nagent paisiblement à contre-courant. C’est fabuleux de les voir défiler devant nous à portée de main, nous regardant du coin de l’œil, sans vraiment dévier de leurs trajectoires… Les poissons ne sont pas du tout impressionnés, et nous croisons de gigantesques bancs de barracudas, de perches, de bec de canne, de carangues… Les requins pêchent la nuit, tout ce petit monde aquatique cohabitent tranquillement la journée!

Morgane et Gabriel enchaînent une deuxième plongée avec Vincent, j’emmène pendant ce temps les filles sur le motu en face du bateau pour y prendre le goûter: pas de sable cette fois, surtout des morceaux de coraux blancs et noirs, et des centaines de petits Bernards l’Ermite qui font le bonheur des filles. Nous croisons quelques étoiles de mer et des minuscules crevettes, une faune très dense dans les flaques du platier!


Le 31 décembre, nous retournons sur notre motu pour un shooting photo: notre carte de nouvel an va tout déchirer! Nous ne sommes pas très prudents avec le soleil, accaparés par le drone, nous revenons un peu rouges, mais ravis de nos prises de vue! Nous passons encore une bonne heure sous l’eau dans les patates alentours, à admirer les coraux violets, bleus, roses et blancs… Les filles testent leur masque et leur tuba, pour faire comme les grands, et qui leur permet de plonger plus profondément qu’avec les masques intégraux qu’elles utilisent d’habitude. Elles grandissent encore un peu!

bonne année!!

Morgane et moi replongeons dans la passe en fin d’après-midi, pendant que les hommes gardent les filles; nous nous mettons à l’eau un peu plus loin que la première fois, ce qui permet l’exploration de l’autre rive; nous nous posons tout au fond, aux côtés d’un requin pointe blanche très paisible, puis nous laissons dériver à toute vitesse au milieu d’une plaine de corail très impressionnante: des vallées de plants de coraux s’étalent à perte de vue, proposant des variations autour des teintes orangées, c’est splendide!
A 18h30, Morgane retourne au bateau et je plonge cette fois avec Vincent et Gaby pour une expérience un peu différente: une plongée de nuit! Je n’étais pas sûre de me joindre au groupe, mais il ne s’agit pas de descendre la passe dans le noir, seulement de se poser au fond et d’observer. Le briefing de l’instructeur fait cependant un peu froid dans le dos: les consignes sont très précises, il faut rester en groupe compact, serrer les bras et les genoux pour éviter qu’un poisson ne s’y faufile, et donc qu’un requin n’essaie lui aussi de passer. Car ils seront tous en mode prédateur: très actifs, très nerveux, les requins chassent en bande, mais le premier qui attrape une proie peut se la voir disputer par ses congénères, qui ne se privent pas de la lui ôter de la bouche… Ils peuvent alors être pris de frénésie, la plus grande prudence est donc de rigueur! Les moniteurs n’hésiteront pas à écourter la plongée si les conditions deviennent trop dangereuses…
Sur ces paroles plus ou moins rassurantes, nous nous mettons à l’eau à la tombée de la nuit, et entamons la descente à 20 mètres de profondeur. Les moniteurs ont des spots de lumière très puissants, et nous observons immédiatement une différence d’attitude chez les requins, si paisibles il y a quelques heures: ils tournoient rapidement, nous frôlent, ça grouille de toute part. Nous nous mettons en position au fond de l’eau, et en prenons plein la vue: des gris et des pointes blanches tourbillonnent sous nos yeux ébahis, tenus en respect par les projecteurs, ils longent nos genoux, passent au-dessus de nos têtes, c’est un spectacle prodigieux. Quelques poissons malheureux se font gober, mais très rapidement sans que cela n’engendre de mêlées sanglantes; d’autres ont plus de chance, et survivent au milieu de cette nuée de prédateurs: s’ils restent immobiles, les requins ne les sentent pas, et donc ne les attaquent pas! Nous remontons au bout d’une demi-heure, ravis: une incroyable expérience pour les dernières heures de 2019!

les plongées au milieu des requins

En rentrant au bateau une surprise nous attend: les filles ont aidé Morgane à préparer un repas de fête! Des petits menus ont été rédigés, la table décorée, et Morgane a même confectionné une délicieuse bûche chocolat-banane; nous ouvrons le champagne apporté par nos hôtes, deux bouteilles puisque nous n’avions pas touché à celle de Noël, déjà suffisamment barbouillés par les vagues qui bousculaient le bateau à ce moment-là… Toasts de foie gras à la gelée de piment d’Espelette, nuit splendide, étoiles filantes à minuit en guise de feu d’artifice, pas de doute, nous clôturons cette année en beauté!


Pour être sûrs de bien entamer 2020, nous nous sommes inscrits au repas du 1er janvier midi de la pension Tetamanu: la cuisinière a préparé un très beau buffet de spécialités polynésiennes, que nous sommes très heureux de faire découvrir à Gabriel et Morgane: poisson cru, Poa à la banane, gelée de citrouille, patates douces cuites à l’étouffée, bénitiers, ils goûtent à tout! Les filles vont jouer avec un copain de la pension pendant nous explorons le petit village attenant à la passe: il y a de nombreuses ruines de bâtiments en pierre, parfois très imposants, qui datent de la fin du 19ème siècle. L’église est comme d’habitude magnifique, avec un autel orné de nacres et des coquillages parant la chaire.


Le lendemain nous plongeons une dernière fois tous ensemble au milieu des patates de corail près de la passe, Vincent et Morgane en bouteille, les autres en snorkeling, puis nous levons l’ancre vers 11h pour remonter au nord de l’atoll: dernières 24h de nos chers invités, que l’on va avoir beaucoup de mal à quitter…

Le vent n’est pas très favorable, et il faut appuyer au moteur, ce qui nous permet d’arriver à 17h au mouillage près de Pufana. Dernière soirée jeux, ultime plongée au milieu des requins pointes-noires et gris, nous apercevons même un requin dormeur, puis nous nous mettons à la bouée en face de l’aéroport de Fakarava. Les bagages sont beaucoup plus légers, puisque Gaby et Morgane nous laissent leurs stab et détendeurs, mais les coeurs sont bien plus lourds… Une nouvelle page de notre aventure se tourne, avec encore un chapitre magnifique: des nombreuses découvertes, des nouvelles expériences, des échanges, des jeux, des discussions, des souvenirs pleins la tête, nous sommes chanceux d’avoir eu cette belle visite! Merci à eux d’avoir traversé la Terre pour partager ces moments incroyables avec nous!!

Séjour à Fakarava