Tahiti

Tahiti Iti, nous voici!

Nous continuons notre tour de la grande-île, prochain arrêt: Taravao. Située sur l’isthme, entre Tahiti Nui et Tahiti Iti, son mouillage est réputé pour être un trou à cyclone – le vent entre, mais pas les vagues; ça tombe bien, une énorme houle est annoncée pour les prochains jours, entre 3 et 4,5m, les surfeurs vont se régaler!

Tahiti Iti

Nous découvrons pour notre part un nouveau type de mouillage: nous sommes en fond de baie, cernés par les terres, au milieu d’une eau profonde et un peu boueuse. Heureusement qu’on a fait le plein de snorkling les jours d’avant! Nous avions pris contact avant d’arriver avec un autre bateau ancré là, pour avoir quelques infos sur le nombre de bateaux et les places disponibles; nous guettons donc Lungta, et c’est le premier que nous rencontrons: un beau deux mâts en bois, ancré à la sortie de la baie! Nous nous installons un peu à l’avant de lui, et prenons rendez-vous pour le goûter en fin d’après-midi. Les filles sont ravies de découvrir un nouveau navire, très différent de tous ceux qu’elles ont visités! Il s’avère que sous le bois, sa coque est en béton, c’est du costaud… Les propriétaires actuels, des Américains partis de l’Oregon il y a 5 ans, mais à bord depuis 20, le modernisent petit à petit, en installant des panneaux solaires, une cabine de pilotage, des moustiquaires… Ils sont à Taravao depuis plus de 6 mois, explorant les randos environnantes et goûtant le calme de la presqu’île (leur blog pour découvrir leurs précédentes navigations: http://www.lungtalife.com, ils ont notamment passé beaucoup de temps sur la côte ouest du Mexique!). Nous les invitons le lendemain sur Fakarêver pour l’apéro, ils sont très contents de monter à bord de ce navire en compagnie duquel ils ont traversé le Pacifique! Les bateaux qui partent de Panama pour la Polynésie partent généralement en flottille, en gardant régulièrement le contact les uns avec les autres, et Lungta s’était trouvé dans la même flottille que Fakarêver il y a deux ans…

en route chez nos nouveaux voisins (juste derrière!)

Mercredi, nous retrouvons Anne, une cousine de Vincent, et ses deux enfants, pour déjeuner dans le très bon restaurant « Terre et Mer », que j’avais repéré il y a quelques jours, et qui avait motivé en partie notre arrêt à Taravao… Les saveurs sont au rendez-vous, nous profitons de la jolie vue sur la baie et d’excellents poissons, accompagnés d’un gratin dauphinois – pas vraiment local, mais ça fait tellement plaisir ^^…. Les enfants sont contents de se retrouver, ça papote, ça joue, c’est chouette! Anne nous emmène ensuite au Belvédère, qui offre un panorama magnifique sur l’isthme; on passe entre les gouttes – oui, c’est humide la presqu’île – puis rentrons au bateau goûter un magnifique gâteau acheté à LA pâtisserie incontournable de la presqu’île, Couleur Cacao… Une journée de haut niveau gustatif… qui avait d’ailleurs bien commencé par des crêpes préparées par Vincent, et un beau cadeau des pêcheurs de la baie: une vingtaine de Komene, ou Ature en tahitien – échangés contre quelques crêpes toutes chaudes…

Vers la Presqu’île


Nous reprenons la mer jeudi, et suivons la côte vers le sud en passant d’un lagon à l’autre. C’est tout tranquille, les habitations se font de plus en plus rares; nous retrouvons la pleine mer à Teahupoo, lieu de la vague mythique, mais la houle a baissé et il n’y a pas de surfeurs ce jour-là. Enfin, nous arrivons à la baie de Vaiau, sur la pointe sud de Tahiti Iti! Il n’y a plus de route depuis un moment, mais quelques maisons sont éparpillées sur le côte, et il y a même un beau ponton éclairé pour emmener les enfants à l’école la plus proche.

Nous sommes tout seuls au mouillage, devant un panorama splendide: cascades, forêt vierge, sommets vertigineux, arc-en-ciels en série… Les oiseaux s’égosillent dès 5h du matin, nous apercevons des petits hérons cendrés à l’embouchure de la rivière Vaipori, la terre nous appelle!
Nous débarquons sur le quai municipal, croisant tous les enfants qui s’en servent comme de plongeoir et d’accès à leur gigantesque piscine lagunaire. A l’entrée de la forêt, surprise: un panneau explicatif pour une petite balade botanique et ornithologique! Nous explorons avec enthousiasme la magnifique canopée, découvrant les nombreuses variétés de fougères, d’arbres, de fleurs rouges et roses qui peuplent les forêts de la presqu’île. Nous aboutissons à la rivière Vaipori, bordée de gigantesques Mapes, les châtaigniers Polynésiens aux troncs moussus tout en angles. Nous rentrons au bateau boueux mais ravis!


Le lendemain, nous passons à la maison la plus proche du bateau: le propriétaire est passé rapidement la veille au soir pour nous parler de la zone préservée de la baie, à la limite de laquelle nous avons ancré. Nous rencontrons Marianne, à qui nous offrons un gâteau au chocolat pour la remercier de son hospitalité, elle nous fait visiter son fare, qu’elle loue les week-ends aux gens de Papeete. Elle nous offre des taro et des patates douces de son jardin, une coco que nous râpons avec enthousiasme, et les filles repartent avec plein de nouveaux amis: des petits Bernard l’hermite qu’elles s’empressent de baptiser, dessiner, dresser durant tout l’après-midi, un peu pluvieux…


Le lendemain, Fred, le mari de Marianne, nous propose de nous emmener avec ses touristes du fare sur son bateau jusqu’à une cascade, accessible uniquement par la mer. Nous embarquons avec un groupe de jeunes sympathiques et enthousiastes, mais qui hésite un peu au moment où Fred nous donne les instructions pour accéder à la cascade: il faut sauter à l’eau en pleine mer, nager jusqu’aux platiers de corail, puis replonger pour passer sous une petite arche de pierre jusqu’à la piscine naturelle sous la cascade. On s’accroche, les vagues nous déséquilibrent lorsque nous marchons sur les coraux, puis nous poussent pour passer dans le petit goulet sous les rochers, mais nous arrivons victorieusement à la cascade! C’est beau, c’est bruyant, ça remue: la mer s’engouffre dans l’énorme vasque, va frapper les rochers sous la cascade, amenant de l’eau chaude salée qui se mêle à l’eau glacée des montagnes. Les filles ne sont pas du tout intimidées, elles se laissent porter par les vagues, puis escaladent avec leur papa les rochers en surplomb pour atteindre le premier palier: même pas peur! Un peu froid peut-être, nous nous laissons pousser vers la sortie, et regagnons le bateau de Fred, bien secoués et mouillés, mais une nouvelle fois ravis!


Notre guide nous montre le début d’une jolie rando qui mène à une autre cascade, mais ce sera pour les jours suivants… C’est un vrai coin de paradis pour explorateurs: nous remontons la lendemain la petite rivière en annexe, puis cherchons la grotte de Vaipori, lieu de légendes polynésiennes… Au retour, nous trouvons une corde qui permet de s’élancer au-dessus de la rivière, et y atterrir au milieu de l’eau claire et fraîche! En plongeant au fond de la rivière, nous trouvons l’eau chaude et salée de la mer qui remonte jusque là. Le passage de l’un à l’autre avec 7-8° d’écart est surprenant: en se plaçant bien, on a les pieds au chaud et le buste au frais..


Ressourcés, après avoir retrouvé nos chaussettes et nos chaussures de marche, nous entamons le chemin côtier qui fait tout le tour de la Presqu’île. Nous croisons un groupe de randonneurs bien équipés (matelas, sacs de couchage, ..) qui terminait leur tour, nous ne sommes pas aussi ambitieux: 45 minutes à crapahuter au-dessus des rochers et des vagues, au milieu des lianes et des fougères, nous amènent à une très jolie cascade et une vasque accueillante qui nous permet de nous rafraîchir.


Nous ne devions passer que deux nuits dans cette baie, puis poursuivre notre tour, mais nous y restons finalement presqu’une semaine: le vent n’est pas dans le bon sens pour continuer vers le nord, les mouillages suivants seront houleux avec ce vent de Nord-Nord-Ouest, et il y a tellement de lieux à découvrir ici.. Nous attendons la bascule du vent, qui passe Sud/ Sud-Est, pour retourner d’une traite au mouillage de Fa’a mercredi. Le Maramu, coups de vent du SE forcit à partir de jeudi, avec des pointes à 35 nds, nous sommes bien à l’abri en face de Moorea, protégés par Tahiti. La maxime de « Lungta », nos voisins de Taravao, s’applique là-encore: « les projets, quand on est en bateau, sont écrits dans le sable, sans cesse effacés, réécrits, en mouvement ». Nous avons fait des très belles découvertes lors de cette navigation vers le sud, avec des paysage encore très surprenants et majestueux, et des nouvelles expériences!


Et la suite?
La grande nouvelle: toute la Polynésie est déconfinée! Les liaisons aériennes inter-îles ont repris, et les navigations sont à nouveau autorisées entre les archipels.
Ce qui ne change pas grand chose dans l’immédiat pour nous: la semaine prochaine, nous refaisons le carénage de Fakarêver au chantier de Papeete jusqu’à vendredi; la suite est en discussions suite aux deux craquelures découvertes au niveau des cadènes en haut du mât: avec les grands voiles à corne, ce problème devient à priori de plus en plus fréquent sur les navires récents et il faut consolider tout ça… A suivre !

Tahiti

Déconfi-nalement!

Décidément, nous aurons eu de la chance: au bout d’un mois de fermeture complète, avec couvre-feu et interdiction de vente d’alcool, la Polynésie se déconfine, frileusement, mais l’idée est là. Le virus a été confiné suffisamment tôt et semble bouder le climat chaud et humide, éviter les UV, ou ne pas aimer l’huile de coco, en tout cas il ne prolifère pas sous nos tropiques: 60 habitants testés positifs, et trois hospitalisations en tout et pour tout. La vie reprend son cours petit à petit depuis le 29 avril, mais chacun reste sur son île: pas de trajet à l’intérieur des archipels, en avion comme en bateau, tout le monde reste prudent. Même si on a parfois l’impression que cela vire à la psychose: certains maires veulent conserver un couvre-feu, des parents d’élèves s’affolent à l’idée de retourner l’école, alors qu’il n’y a eu aucun malade sur leur atoll au milieu du Pacifique. Les sports nautiques reprennent, les va’a sillonnent à nouveau le chenal, nous sommes rejoints le week-end par les terriens sur leurs petits bateaux. Le mouillage prend vie, les plaisanciers confinés sur leurs quelques pieds de coques blanches se rendent visite, se retrouvent pour des apéros en annexe, regardent ensemble le lever de la pleine lune…

notre confinement au mouillage… on n’était pas mal!

Nos voisins nous gâtent: les filles reçoivent de magnifiques souris avec leur garde-robe assortie de la part d’Annick, sur un catamaran en alu ancré à quelques encablures, avec lequel nous avions un peu communiqué au début du confinement; nos nouveaux voisins arrivés il y a quelques jours de Panama leur prêtent une belle plateforme gonflable, de laquelle elles sautent et se font tomber en s’égosillant à cœur joie: on lâche tout!

Nous recevons à bord l’équipage de Suricat, une famille avec deux (grandes) filles qui habitent sur Papeete, mais qui a effectué il y a quelques années un beau voyage en cata, et le retrouve le temps des week-end et des vacances. Ils ont vécu le confinement à portée de voix de Fakarêver, c’était un peu frustrant pour les filles de voir des copines se baigner sans pouvoir les rejoindre, mais ça y est, elles peuvent jouer!

Nous accueillons également des cousins! Anne, la cousine germaine de Vincent, est arrivée pour le confinement à Tahiti avec ses deux enfants: ils découvrent Fakarêver le temps d’un goûter, le jeune Alec très content de tourner la barre, Vivianne très vite engagée dans des histoires de dragons…

La vente du bateau se poursuit, et dès le 30 avril l’expert vient à bord pour vérifier le bon état du gréement et du bateau en général, afin de finaliser avec l’acheteur les éventuels travaux à entreprendre avant la passation définitive (nous sommes dans la dernière ligne droite par rapport à des craquelures trouvées dans le mât..). Vincent organise le chantier pour refaire l’anti-fouling du bateau, qui aura lieu à Papeete fin mai, et après lequel nous dirons adieu à Fakarêver! Nous prévoyons de continuer ensuite à pied, en espérant pouvoir rejoindre les Marquises en avion, si les liaisons inter-îles sont autorisées d’ici-là… La nouvelle est un peu rude pour les filles, qui ne s’attendaient pas non plus à finir notre voyage ainsi; nous décidons alors de profiter des toutes dernières semaines pour entreprendre notre dernière navigation: le tour de Tahiti!

On nous a dit que Tahiti Iti, la presqu’île, est splendide et très sauvage, et que naviguer sous ses falaises qui tombent à pic dans le Pacifique vaut – presque – les Marquises… Nous prenons donc le lot de consolation; nous n’avons cependant que peu de renseignements concernant les différents mouillages possibles, peu de gens l’ayant fait. Vincent écume les documents glanés à droite à gauche, un peu Internet, puis munis de quelques coordonnées GPS, nous partons!
Il fait beau, la mer est calme, peu de vent mais suffisamment pour mettre les deux voiles, ça fait du bien de bouger! La côte verdoyante tahitienne défile, nous présentant ses découpes acérées et sa végétation luxuriante, on en prend plein les yeux.

Le passage de la pointe sud-ouest de Tahiti Nui est plus mouvementée le temps de passer un bouillon et le vent passant de face; nous affalons les voiles et mettons les deux moteurs…
Notre premier arrêt: la mouillage d’Atimaono, au sud de Tahiti Nui. La passe n’est pas très large, mais les vagues sont calmes, nous entrons dans le lagon accompagnés par de beaux rouleaux et quelques pêcheurs. Un joli motu tout hirsute nous salue sur tribord, et des Kite-surfs zig-zaguent sur notre route. En approchant du mouillage prévu, nous nous rendons compte qu’il donne sur un grand parc où se retrouvent de nombreux Polynésiens en ce week-end prolongé; nous cherchons un endroit plus écarté des côtes pour jeter l’ancre. En nous aidant des vues satellites, nous nous rapprochons de la barrière de corail, et trouvons un beau plateau de sable avec deux mètres d’eau, idéal pour Fakarêver! Après avoir plongé pour vérifier la profondeur, la taille et la distance des premières patates de corail, je donne le feu vert à Vincent qui avance le bateau vers ce mouillage improvisé et idyllique. Je croise plusieurs raies léopard, qui me paraissent de bon augure -nous aimons les mêmes endroits, avec de l’eau claire et du sable fin!
La vue est splendide, nous sommes seuls au milieu du lagon et de toutes ses nuances de bleus; les massifs de corail sont violets, jaunes, roses, et proposent quelques magnifiques anémones, très rarement croisées en Polynésie! Elles sont peuplées de beaux poissons clown qui ne se laissent pas intimidés par les plongeurs bien curieux… Cécilie aperçoit une magnifique petite méduse, et Agathe la queue d’un requin dormeur, caché sous une grosse patate…

Nous décidons de rester quelques jours sur ce plateau, avant de reprendre notre route vers la presqu’île!

Première étape du tour de Tahiti

En bonus: le jeu du dessinateur Boulet, proposé par Stéphane: dans un tableau à double entrée, dessinez des personnages, des animaux, des objets. Puis, à l’aide de dés, hybridez-les!

Et le bonus du bonus: la chanson de Fakarêver: musique d’Aldebert, paroles des matelots! En version karaoke, pour d’avoir aucune excuse de ne pas l’apprendre par coeur ^^!

Sur Fakarêver!
Tahiti

Faka confiné

Ça fait déjà un mois… qu’on est au même endroit, comme beaucoup d’entre vous! Le confinement est annoncé jusqu’au 29 avril pour Tahiti et Moorea, il se relâche dans le reste de la Polynésie Française, où aucun cas ne s’est manifesté ces dernières semaines, au grand soulagement de tous! Une cinquantaine de cas en revanche autour de Papeete, mais rien de nouveau depuis quelques jours, on a l’impression d’avoir échappé au pire…
Le confinement a été mis en place très tôt ici, avec un couvre-feu et l’interdiction de vente d’alcool – il y a eu quelques « bringues » le premier week-end confiné. Pas de sport nautique, ni de natation même pour les voiliers ancrés, la gendarmerie passant voir chacun d’entre nous pour vérifier nos identités et nous tenir informer des nouvelles règles. Dans certaines îles, comme aux Marquises ou aux Tuamotus, la situation est assez tendue, les marins n’ont pas le droit de débarquer à terre, ou seulement pour récupérer une commande au quai. Les mouillages sont pleins, les Marquisiens redoutent l’arrivée des voiliers en train de traverser le Pacifique, partis avant l’annonce du confinement: même s’ils ne sont pas forcément porteurs de la maladie, ils ont besoin d’approvisionner leur navire, et les réserves et les mouillages sont limités… Ils sont alors envoyés sur Tahiti, où des places leur sont trouvées à Papeete. Les vols internationaux et inter-îles sont suspendus, les derniers Américains ont été rapatriés la semaine dernière par un avion affrété par des particuliers; une liaison hebdomadaire est maintenue avec la France pour livrer du matériel médical, et assurer les éventuelles évacuations sanitaires, ainsi que celle des derniers touristes. Les Polynésiens encore en France ou à l’étranger n’ont pas le droit en revanche de revenir de ce côté du monde, et les habitants des autres îles coincés à Tahiti ne peuvent pas rentrer chez eux… Plein de situations compliquées…

Nous avons trouvé une belle place au mouillage de l’aéroport de Tahiti, très calme une fois toutes les liaisons coupées, et splendide: nous sommes au-dessus d’un beau plateau de sable – on voit l’ancre à moins de 3 mètres de fond – traversé par des raies pastenagues, des raies léopard, et même quelques tortues.

Nous sommes très proches d’une énorme massif de corail, dans lequel nous prenons parfois la liberté de nous baigner pour évacuer le trop plein d’énergie… On y croise même quelques requins pointe-noire! Et en face de nous, Moorea, qui nous offre des couchers de soleil splendides tous les soirs…

Il y a une quarantaine de bateau autour de nous, un peu plus d’un tiers sont des bateaux de charters vides, entreposés là en attendant la reprise des activités touristiques; nous y trouvons également le groupe de bateaux américains qui a passé les mois d’été à Fakarava, et qui organise tous les matins à 9h un bulletin radio sur la VHF des dernières nouvelles du monde et du mouillage: besoins de pièces détachées, proposition de dépôt des poubelles à terre… et à 17h, un mini trivial pursuit (à la radio toujours)!
La vie est plutôt douce, une fois le stress et l’angoisse liés au virus digérés: on a cessé petit à petit de lire le Live du monde.fr, on arrête de construire plein de scénarios de déconfinement… On profite de chaque journée pour faire tout ce qu’on avait pensé entreprendre pendant cette année sabbatique sans en avoir le temps: des aquarelles pour moi, apprendre à jouer du Ukulele pour Vincent, faire des puzzle, des cookies…

On fait des vidéos thématiques, pour des anniversaire, le 1er avril, sur lesquelles on enregistre la bande-son: les filles développent de nouvelles compétences, et se remettent à la musique!

Le lapin de Pâques a même réussi à passer sur Fakarêver… en semant quelques œufs dans l’eau…

Comme il n’y a plus rien à réparer, Vincent reprend donc sa casquette de professeur, et les sessions d’école deviennent plus régulières et plus approfondies – au grand bonheur des filles ^^… Elles se mettent à la programmation avec le logiciel Scratch, et se débrouillent bien! On lance des séances de natation pour perfectionner le dos crawlé et le plongeon; on essaie de garder le déhanché en reprenant les exercices d’ori tahiti, mais sans Diana c’est plus difficile de se motiver!

Nous allons chercher des produits frais à terre une fois par semaine, munis de la fameuse autorisation de circuler, de gel hydro-alcoolique trouvé au fond de l’énorme trousse à pharmacie de bord, et d’un masque bricolé à partir d’un bandeau des filles. Vincent a vu un changement lors des premières semaines, les gens s’équipent petit à petit, et avant-hier, lors de ma première sortie à terre depuis 3 semaines, la grande majorité des clients étaient masqués. Heureusement, les Polynésiens sourient aussi avec les yeux, et le contact humain n’est pas complètement perdu!
Les filles vivent plutôt bien ce confinement, ayant déjà toutes leurs marques et habituées à vivre dans un espace restreint. Elles ne réclament pas de descendre à terre, se défoulent dans l’eau et sur le pont! Le retour en France les inquiète un peu plus: quand, comment, après le confinement? Nous n’en savons pas beaucoup plus pour le moment: nous aimerions encore visiter, voire même naviguer, mais les bateaux risquent d’être déconfinés en dernier; aller aux Marquises en avion et y passer un mois, si les liaisons inter-îles sont rouvertes; se promener sur Tahiti et sa presqu’île, magnifique et que l’on n’a pas vraiment explorée; rentrer juste après le confinement, si celui-ci se poursuit encore plusieurs semaines… Cela nous laisserait un goût d’inachevé, mais facilement surmontable si c’est la seule conséquence dans nos vies de cette crise mondiale…
Nous rassurons les filles, on finira par rentrer à la maison, et retrouver toutes leurs petites affaires, qui manquent particulièrement à Cécilie! Elle fait régulièrement la liste de toutes les peluches laissées là-bas, le tour virtuel des différentes chambres, se rappelle les rythmes et rituels de son école… De mon côté c’est le temps des mutations intra-académiques, il me faut postuler pour un nouvel établissement, le retour ne nous a jamais paru aussi près, alors qu’il nous reste trois bons mois!
Deux petites vidéos: Une journée confinée sur Fakarêver, en compagnie évidemment des dragons, nos passagers clandestins montés à bord à Huahine, et dont la famille n’a cessé de s’agrandir… Les filles en sont folles, et passent leurs journées à construire des histoires, des accessoires, des ailes, des cartes, des maisons pour dragons… Après les fées, elles sont dans une nouvelle passion pour des créatures ailées un peu moins élégantes…

Journée confinée sur Fakarêver

Deuxième vidéo: une reprise de la chanson “Bleu lumière” de Vaiana par les filles et mon ukulele, avec des images issues de toutes les étapes de notre voyage:

Bleu lumière en Polynésie
Tahiti

Pendant ce temps, de l’autre côté du monde…

C’était une info banale, noyée dans la section « internationale »; puis elle a commencé à faire la Une – « heureusement qu’on n’a pas fait notre année sabbatique en Asie » – au coude à coude avec la réforme des retraites et la campagne des municipales. L’Italie est entrée en jeu, juste le jour où deux Milanais nous ont abordés en kayak pour parler de notre bateau -« on aimerait bien faire la même chose que vous l’année prochaine! »: grosse psychose à Fakarava suite à ces touristes, le maire interdit la venue des prochains paquebots sur son île. C’est le début des régulations, des certificats médicaux avant d’arriver en avion. Passage obligé des paquebots à Papeete avant les îles, puis interdiction complète de venir en Polynésie. Les Etats-Unis ferment les aéroports, les compagnies trouvent des parades pour continuer à desservir la Polynésie: vol direct, ou avec une étape à Pointe-à-Pitres. Et le premier cas: une députée qui avait été en contact avec le ministre de la culture à Paris. Le deuxième: evasané depuis Fakarava… Décidément… L’infirmière est en quatorzaine, c’est la panique, les municipales sont annulées? Reportées? Finalement maintenues, avec un taux de participation à 95% à Fakarava. Mais l’école et la poste sont fermées. Avant-hier, tous les nouveaux arrivants à Tahiti doivent se mettre d’eux-mêmes en quatorzaine. Les écoles fermées à partir d’aujourd’hui. Interdiction aux non-résidents d’entrer. Sixième cas cet après-midi avec un touriste fraichement arrivé pour une croisière sur un voilier, à la marina.
La nuit, nous suivons l’accélération folle en France: aux dessins et « mèmes » marrants sur Facebook ont succédé des avertissements plus sérieux, puis carrément des enguelades sévères -« les inconscients qui sortent encore! »; en moins de 15 jours, tout s’est métamorphosé, le vide s’est étendu des rayons aux rues, il n’y a plus qu’une actualité, qu’un sujet de conversation sur What’s app. L’angoisse se fait de plus en plus palpable, la peur se répand, pour ses proches et pour les autres aussi.
De loin, on assiste impuissants aux différentes mesures mises en place, qui paraissent toujours trop tardives et pas assez préventives a posteriori, mais pourtant à chaque fois drastiques. On envoie des messages de soutien, on partage notre expérience d’école à la maison, on se pose la question: est-ce qu’on rentre? Quand, où? Pour quoi faire? Trop tard pour voir nos familles, pour être d’une assistance quelconque à qui ce soit… On reste ?
Cela fait 15 jours que nous avons quitté Fakarava, avant que tout ne s’emballe. A l’époque, on hésite encore à traverser pour rejoindre Papeete: la météo n’est pas terrible sur Tahiti, vigilance orange pour les pluies, des inondations forcent les gens à rester chez eux. Dans les Tuamotus des orages peuvent éclater, avec des rafales à 30 noeuds sous grain. Et nous avons toujours notre étai à moitié cassé (certes sécurisé avec deux drisses), qui menace le bateau de démâtage en cas de vagues ou de vent violents, ainsi que des trappes de survie qui peuvent tomber à l’eau au niveau de la ligne de flottaison et laisser les vagues entrer… Vincent étudie les différentes prévisions météo heure par heure, et trouve une fenêtre idéale: entre deux dépressions, une zone calme qui se déplacerait d’est en ouest, en même temps que nous… On la surveille, la mesure; les modèles sont tous d’accord, ça paraît fiable; la mer est encore assez agitée, on fait des tableaux pour calculer la charge maximale que peut prendre la grand voile en fonction du vent et des allures; on renforce nos trappes; on fait nos adieux, à Diana qui verse une larme, à Sophie et sa famille qui nous offrent un excellent poisson cru au lait de coco et de beaux cadeaux made in Faka faapu… Et on part, dimanche 1er mars, sous une petite pluie qui apaise nos cœurs gros, et nous dirigeons vers la passe: la fameuse passe Nord, aux sept courants, la plus grande des Tuamotus…

Même pas peur!

Elle ne nous déçoit pas: nous sommes au bord d’un grain, avec des vagues dans tous les sens; cela ressemble fortement à une manœuvre d’intimidation et à une énième tentative de Fakarava pour nous garder encore quelques semaines… Mais nous optimisons notre course, serrons les dents, et sortons du mascaret pour filer vers le soleil couchant. Nous naviguons les 24 premières heures à la voile, avec deux voire trois ris et vent arrière pour stabiliser le mât et prendre le minimum de risques, avec une petite moyenne de 4 noeuds. Pas besoin d’aller plus vite, on risquerait d’arriver de nuit à Tahiti… La houle se calme petit à petit, le ciel est dégagé, nous apprécions la présence de la lune la moitié de nos nuits. Le vent finit par tomber, nous continuons au moteur.

Mercredi 4 mars, 2h du matin, après 52h de solitude: un île pleine de lumières! Et d’odeurs que nous avions oubliées: de terre, de forêt, de muscade, de vanille, qui nous heurtent toutes ensembles comme un mur olfactif. Submersion de messages What’s App – et d’émotion: le petit Charles, mon neveu, est né pendant notre traversée…
Nous franchissons la passe de Papeete, qui nous paraît minuscule, aux premières lueurs du jour: les routes grouillent déjà de monde, de nouvelles odeurs apparaissent – pots d’échappement, kerozen-, des bruits aussi qu’on avait oubliés dans notre atoll isolé – léger choc quand un avion nous survole avant d’atterrir…
Petite manœuvre pour s’amarrer au ponton de la marina, et ça y est: on l’a fait, on n’a pas démâté, ni coulé… au dodo…
Mais nous sommes rapidement happés par le rythme de la ville, et ne restons pas longtemps inactifs: Vincent a reçu le kit de sécurisation de ces fichues trappes, et se met au travail, secondé par Agathe – faire des trous dans la coque de son bateau, une expérience à vivre…

Nous croyons pouvoir faire réparer l’étai dès le vendredi, le gréeur ayant reçu les pièces attendues, mais c’eut été trop beau: après un départ aux aurores pour Taina – le point de départ de notre longue aventure que nous retrouvons avec beaucoup de nostalgie, pour s’amarrer au ponton technique où doivent se faire les réparations – le couperet tombe: « c’est plus compliqué que ça »… Pour faire court et simple, notre étai actuel est plus fin que ce qui est préconisé par le constructeur, d’où un vieillissement prématuré… On ne saura jamais pourquoi, même si des marques semblent montrer que ce câble a été démonté depuis la construction du navire… Bref, les pièces commandées ne suffisent pas… Nous retournons à Papeete, pour la suite des courses: des nouvelles chaussures pour les filles – qui continuent de grandir – des livres, des nacres, des cordons de cuir pour bracelets et colliers, du matériel pour le bateau…

Vincent fait la révision du moteur de l’annexe (impeller et vidange de l’embase) en compagnie de Dominique du voilier Viva, rencontré à Fakarava, puis la vidange du générateur; ponçage et vernissage de la table du cockpit pour moi; pêche aux crabes et aux crevettes depuis le ponton pour les filles! Elles ont rencontré une petite voisine, Apolline, qui vit à l’année à la marina, et qui les initie à la pêche à l’épuisette… Elles y passent tous leurs après-midis, c’est beaucoup plus drôle finalement que les jeux au parc de Paofai, surtout quand les tortues viennent grignoter les algues à quelques mètres de leurs filets…

Agathe est en pleine forme depuis que son œil va mieux: il était gonflé depuis quelques semaines, très sensible à la lumière. L’infirmière de Fakarava n’avait rien vu de spécial et lui avait donné des gouttes antibiotiques, en nous recommandant un ophtalmo s’il n’y avait pas d’amélioration. Rendez-vous pris lundi matin, il y a un corps étranger coincé sous la paupière, opération sous anesthésie générale le lendemain après-midi. La clinique est à un quart d’heure à pied de la marina, l’assurance-santé est réactive, pas mal de paperasses, mais tout se passe bien! Agathe entre au bloc opératoire rassurée par des infirmiers avec des charlottes rigolotes, et je la récupère deux heures plus tard, dans les vappes mais contente que tout soit terminée. Aucune séquelle, elle retrouve sa belle humeur!

Il ne reste donc plus que l’étai à réparer… Nous retournons au ponton technique de Taina avant-hier, mais le gréeur a un coup de chaud, et ne peut pas continuer. Nous restons amarrés pour la journée, en profitons pour faire du snorkeling près de la barrière de corail: nous retrouvons l’eau chaude et translucide des îles de la société (oui, moi j’ai trouvé que l’eau était frisquette à Fakarava, pas plus de 26°C…), et sa faune sous-marine dense et bariolée. Avec de très belles surprises: quatre tortues, une raie pastenague et une raie léopard! Un record dans cette partie du lagon…

Mardi matin, coup de téléphone du gréeur: son assistant a le nez qui coule, c’est peut-être le virus… Nous rentrons à Papeete… Pour en repartir ce matin: finalement ce n’était qu’un rhume. Grosse journée de travail, avec son lot de surprises, mais qui finalement s’arrangent au cours de la journée, et ce soir à 20h30: l’étai est remonté! Le gréeur repasse demain matin pour affiner les réglages mais ça paraît pas mal…
Et ensuite? Ce sera le confinement, dans un mouillage idéalement, autour de Tahiti puisqu’on ne peut plus naviguer d’une île à l’autre… L’avitaillement a été fait samedi dernier, je finirai de faire ma réserve de pain et de pommes demain matin… Nous suivrons l’évolution des situations, en prenant le temps de profiter de chaque journée avec les filles, puisqu’au départ, notre année sabbatique, c’était pour nous retrouver en famille… Bon courage à tous et à toutes pour ces prochaines semaines difficiles, n’hésitez pas à nous donner des nouvelles!
Quelques vidéos pour sortir virtuellement de chez vous: celles de l’article précédent sont toutes disponibles (vive la 4G…), et voici celle de notre retour à Tahiti: (la chanson qui l’accompagne: hymne à Fenua, la terre-mère des Polynésiens)

Retour à Tahiti
Fakarava

Dans les filets dorés de Fakarava

Fakarêver est toujours… à Fakarava! Voilà bientôt deux mois que nous en avons franchi la passe, et c’est bien difficile d’en sortir… Plusieurs raisons à notre séjour prolongé s’entremêlent, des imprévus, des surprises, de belles découvertes, et d’autres nouvelles un peu moins réjouissantes…
Tout commence par un message reçu début mi-janvier: un couple sur Tahiti est intéressé par le bateau (nous venions de finaliser l’annonce avec David, notre broker), et souhaiterait vivement le visiter. Il est même prêt à venir jusqu’à Fakarava, puisque revenir à Tahiti n’est pas du tout dans nos plans: nous visons les Marquises! Nous décidons donc de les attendre à Rotoava, au plus prêt de l’aéroport. Commence alors une série de rebondissements au suspens insoutenable: comme notre bateau est en LOA (Location avec Option d’Achat: un leasing pour bateau) et que les potentiels acquéreurs souhaitent reprendre ce leasing, il leur faut d’abord soumettre le dossier à la banque propriétaire du navire pour qu’elle valide une éventuelle reprise du contrat de location; il nous faudra trois longues semaines entre la première prise de contact et la réponse – ce n’est pas pourtant une banque au rythme polynésien… Après la fébrilité des premiers jours d’attente – « les acheteurs arrivent dans trois jours, à vos balais, brosses et chiffons! – s’est installé un certain fatalisme – « Papa, c’est ce week-end qu’ils viennent? – Peut-être, on ne sait pas, on relance la banque, c’est probable, qui sait… », sans (presque) jamais nous décourager…
Puis, lundi 10 février, David, le broker de notre bateau, nous informe: « Fountaine Pajot (la marque de notre bateau) envoie un rappel pour toutes les trappes de sécurité (petits hublots dans la coque que l’on peut ouvrir à l’extérieur en cas de retournement) de ses catamarans produits entre 2012 et 2018: il y a eu plusieurs cas où leur vitre est tombée à l’eau». Bigre, oui c’est embêtant effectivement, ça veut dire que de l’eau peut entrer à flot par une des coques à n’importe quel moment (ces trappes sont juste à quelques centimètres au-dessus de l’eau et la moindre vaguelette frappe dessus) … C’était arrivé à un bateau ami de Lotus (un Lagoon avec le même fournisseur de trappes) l’année dernière, ce qui avait déclenché un premier rappel. Les précédents propriétaires de Fakarêver avaient alors fait vérifier attentivement les joints des trappes; mais il semblerait que ce soit insuffisant. Fountaine-Pajot envoie donc à tous ses bateaux des kits de sécurisations en attendant des trappes neuves, « livrés entre 5 et 8 jours ». Même à Fakarava? On va rajouter 2-3 semaines de délai hein…
Enfin, la veille de l’arrivée des acheteurs, qui ont enfin reçu le feu vert de la banque et viennent passer le week-end à bord, Vincent monte au mât en vue de notre départ prochain, et découvre à sa grande horreur que l’étai (le câble qui tient le génois et accessoirement le mât) a au moins cinq torons (petits câbles tressé formant le câble) qui ont cédé, sur les dix-neufs formants le-dit câble… C’est très étonnant pour un bateau de cet âge, et rien n’avait été vu lors de l’expertise en juin dernier… On appelle cette semaine l’expert et un gréeur, et ils sont formels: c’est grave, il faut sécuriser avec des drisses, revenir à Tahiti, par temps calme et grand voile en vent arrière (pour ne pas solliciter l’étai) ou au moteur pour changer tout ça. Le gréeur commande les pièces qui vont mettre un petit bout de temps à arriver…

Nous sommes donc toujours à Fakarava. Où sont les (bonnes) surprises et les (belles) découvertes? Un peu partout: nous avons signé vendredi le compromis de vente de Fakarêver avec ce couple de grands plongeurs et passionnés de navigation. Ils prendront notre beau bateau sous leur aile à partir de mi-juillet, pour d’abord continuer à naviguer avec leurs enfants en Polynésie, puis revenir dans quelques années à leur île d’attache: la Guadeloupe, d’où Fakarêver est parti il y a presque trois ans! Nous sommes ravis de le confier à une famille qui en prendra soin, et d’avoir une date de retour déjà prévue: cette visibilité va nous permettre d’organiser au mieux la fin de notre année sabbatique, qui approche à grands pas.

Puis nous avons appris à danser! Sophie (rencontrée dès notre premier jour à Rotoava, voir l’article précédent) nous a proposé de participer à des cours de danse de Ori Tahiti, la danse tahitienne; ce devait être un cours d’initiation, puis les semaines passant, nous sommes devenues assidues à nos deux cours par semaines: les filles le mercredi et vendredi, et moi le mardi et jeudi! Agathe prend le rythme rapidement, ses déhanchés de plus en plus fluides et percutants; Cécilie et moi sommes un peu plus raides, mais l’enthousiasme et la musique nous portent et décoincent nos hanches d’Occidentales… Varu, farapu, ope, toma, les noms des pas sont égrenés en tahitien par Diana, notre prof de danse formidable, et nous tentons tant bien que mal de faire des ronds, des huits, des balancements avec nos bassins tout en portant gracieusement nos bras avec un sourire à toute épreuve… Chaque geste compte, il faut garder le rythme dans les otea (danse rapide aux sons des tambours), et faire la différence entre le dessin de la lune et de la montagne lors des danses plus lentes, qui racontent toutes des histoires au spectateur. Diana danse avec une grâce et une simplicité touchantes, que l’on retrouve déjà chez ses jeunes élèves, dont la rapidité à reproduire les chorés m’émerveille…

Cours de danse

La sédentarisation a du bon; nous redonnons un nom aux jours qui passent…

Nous prenons le temps: de marcher jusqu’au phare, et de rencontrer Mareana, une mamie qui vend des colliers de coquillage sur la route: elle nous accueille toute une matinée dans son fare pour nous apprendre à percer les coquillages, les enfiler pour former des fleurs et des poupées; elle répète aux filles de ramasser mêmes les coquillages moches, abîmés ou cassés, car ce sont des trésors qui attendent d’être révélés par des petites mains créatrices d’histoires – et parfois de poésie. Le chaton Chocolat participe à la bonne humeur de cette belle matinée…

C’est aussi l’occasion de faire du vélo: jusqu’à PK13 (nombre de kilomètres depuis l’église du centre du village), le long de la route qui file vers le sud, une bande de terre parfois large de 50 petits mètres entre l’océan tumultueux et le lagon merveilleux. C’est tout droit, tout plat; les filles retrouvent le rythme des pédales, apprivoisent le rétro-pédalage pour freiner, et nous avalons les kilomètres sous un beau soleil, au son des vagues qui se brisent sur les platiers, et des palmes qui bruissent sous le vent d’est. Au bout du chemin: une petite huilerie tenue par un jeune couple adorable, qui produit ses huiles de coco vierge et de tamanu. Nous laissons passer un grain en leur compagnie, ils nous parlent de leur toute jeune entreprise – à peine quatre ans – des techniques qu’ils utilisent, puis de leur fille qui est au cours de danse avec Agathe et Cécilie… Nous repartons avec un stock tout neuf d’huile de Tamanu, l’huile qui guérit tout ^^!
Nous passons le long de l’exploitation de fruits et légumes de Malika, ma pourvoyeuse bienfaitrice en produits frais depuis que nous sommes à Fakarava! Son neveu nous fait visiter les rangs d’aubergines, de concombres, de tomates, mais aussi les plants de pastèques et de vanille. Jeune entreprise elle aussi, en plein développement, elle fait venir la terre de Tahiti, mais l’entretien ensuite avec du compost, et mêle les différentes essences dans ses plantations pour qu’elles se nourrissent les unes les autres. L’oncle de Malika a aussi une petite pépinière de fruitiers, pour inciter les habitants à planter chez eux, et retrouver goût à cultiver leur jardin: il semblerait que depuis l’arrivée des bateaux de livraison depuis Tahiti, les Pomotus ont délaissé la culture de leurs terres, réputées pauvres et rocailleuses – l’île est posée sur du corail. Mais avec le climat chaud et humide des Tuamotus, tout pousse: bananier, papayer, citronnier, arbre à uru, on les retrouve tous! Mais il faut les planter, et les cocotiers restent encore très largement majoritaires.

Après les légumes, le poisson: nous avions déjà commencé à explorer le monde de la pêche à Hirifa, nous poursuivons nos découvertes avec plus ou moins de succès: la pêche aux rougets depuis le quai avec des lignes munies de plumes permet aux filles de faire de la trottinette avec les copines, mais nous en sommes à chaque fois retournés avec un petit poisson par personne – excellent au demeurant.

La pêche aux carangues depuis le bateau: c’est la guerre au mouillage de Rotoava pour de minuscules poissons, pris en étau entre les oiseaux en surface, et les carangues sous l’eau : attention, âmes sensibles, s’abstenir:

la guerre au mouillage…

Vincent s’est alors interposé, prenant la défense du plus petit, et d’un coup de fusil a transpercé une magnifique carangue ! Premier chasseur sous-marin à pêcher sans se mouiller… Cet exploit n’a pour le moment pas été réitéré, les informations circulent vite dans la communauté sous-marine, et les carangues gardent maintenant une distance minimale avec notre navire… Nous apprenons à cuisiner les Nasons, ces curieux poissons au profil de Pinocchio: Sophie m’a détaillé deux manières de les préparer, avec photos à l’appui pour chaque étape! Et les filles adorent, profitons-en…
Elles adorent aussi jouer avec Kuranui, la fille de Sophie, que nous voyons régulièrement: chez elle, sur le bateau, à la danse, lors d’une soirée pizza-Reine des Neiges 2… Pendant que les parents ont de longues discussions autour de la vie en Polynésie, des difficultés que peuvent rencontrer les Français à s’installer ici, de la gestion des terrains à Fakarava, des histoires de famille… Nous faisons connaissance avec Tavita, le mari de Sophie, Pomotu inscrit sur une liste électorale pour les municipales, le grand sujet du moment, pas seulement à Paris… Avec là aussi des campagnes électorales complexes, des projets pour l’avenir, et des rivalités… Tavita fait également partie de l’équipe de Va’a de l’île, qui se prépare activement pour une première participation à l’Hawaiki Nui cette année! Il a proposé à Vincent une initiation à la rame demain matin, nouvelles courbatures en vue ^^…

Nouvelle activité de fin de journée: initiation à Age of Mythology!


Nous avons été tentés à plusieurs moments de changer de mouillage: descendre à Pakokota; aller vers la passe Nord. S’est présenté alors le dilemme du voyageur: à quel moment poser un peu plus longtemps nos valises? Faut-il continuer d’explorer, ou s’arrêter pour approfondir? Ne prend-on pas le risque de ne plus repartir? Un ou deux mois à Fakarava, est-ce une opportunité fantastique de vivre quelque chose d’unique, ou du temps perdu que l’on ne passera pas dans un nouvel atoll? Cette envie de flâner nous avait tenaillés à plusieurs reprises, nous avions déjà l’impression de nous attarder lorsque nous restions plus de dix jours sur la même île- il y en a plus de 180 en Polynésie après tout – mais les évènements ont décidé pour nous… Rester ancrer au même endroit, s’ancrer un peu plus dans une culture et un mode de vie, c’est sans conteste une nouvelle étape dans notre périple, à laquelle nous ne nous attendions pas, mais qui nous marquera autant que les précédentes, avec une atmosphère, un rythme et des odeurs inoubliables!

A Rotoava