Tahiti

Adieu Fakarêver

Fa-karénage

Après avoir profité d’une dernière boucle autour de la presqu’île de Tahiti, il est temps de préparer Fakarêver pour la vente. Nous avions prévu initialement de refaire l’anti-fooling à Apataki, un chantier sur un superbe atoll que nous aurions rejoint sur la route du retour des Marquises. Comme nous sommes restés à Tahiti pour cause de Covid, ce sera finalement au chantier Technimarine de Papeete, capable de faire les thoniers, et même certains bateaux de 300T de la marine française. Une autre dimension!
C’est là que l’on se présente mercredi 27 mai, un peu stressés: le chantier était en retard sur le précédent cata, il n’a pas pu nous sortir la veille comme prévu. Son service commercial étant détestable, il nous demande tout de même de payer l’ensemble du weekend de 3 jours de la Pentecôte si nous n’avons pas terminé vendredi ! Bref, chantier en 48h au lieu de 72? Défi relevé ! C’est avec l’aide d’Alexandre, le futur heureux propriétaire, et de deux équipiers d’un bateau voisin, que l’on a poncé les coques, passé deux couches d’anti-fooling mercredi et jeudi afin de pouvoir remettre Fakarêver sur sangles dès vendredi matin. Troisième couche rapide, retouches aux endroit où le navire était posé sur cales, et après quelques heures de séchage, nous voici prêts à repartir. Leslie, Agathe et Cécilie de leur côté ont pu se poser pendant ces trois jours dans un appartement au centre de Papeete, faire un peu de shopping, de piscine… la prochaine fois j’échange ;o)

La remise à l’eau est assez sportive: 30 noeuds de vent de travers (soit 60km/h), retenu dans la darse seulement par les ouvriers du chantier, il s’agit de ne pas aller râper ce cata tout beau tout propre sur le bord! La grue nous repose dans l’eau, on fait toutes les vérifications: les 2 passes-coques que l’on a aussi fait changer, pas de fuite ailleurs non plus, les moteurs se sont bien réamorcés, ça parait pas mal! Premier Go de la part du chef de l’équipe qui dirige la manoeuvre, et je manque d’emporter un ouvrier qui avait le pied emmêlé dans l’amarre… Heureusement j’ai pu freiner à temps! Le deuxième essai est le bon. Nous retournons nous remettre de nos courbatures et de nos émotions au mouillage de l’aéroport.
Nous le retrouvons bien vide: la moitié des bateaux ont disparu. Au plus fort du confinement il y avait une quarantaine de bateaux ancrés à ce mouillage, certains sont repartis naviguer, mais nous apprenons que d’autres ont été chassés par la capitainerie du port; visiblement il y a eu des quiproquos entre le gouvernement et des autorités locales sur les autorisations de mouillage.
-coup de gueule sur l’absence d’organisation de la Polynésie-
Un nouvel arrêté a été publié la semaine précédente restreignant les zones de mouillage autour de Papeete: des bouées doivent être posées dans le futur (d’ici 1 an ?) pour accueillir les voiliers, mais d’ici là rien n’est prévu pour les plaisanciers (officiellement tout mouillage à l’ancre est interdit dans la zone).. Pourtant les marinas sont pleines et de nombreux bateaux ont été directement redirigés à Papeete comme seule porte d’entrée pendant le covid. Les nouveaux arrivants reçoivent des informations contradictoires de la gendarmerie, des autorités du port, des pêcheurs qui viennent manifester pour récupérer « leur » lagon… La situation est assez tendue en ce moment. Nous décidons malgré tout de rester une nuit avant de repartir pour Raiatea… et de « profiter » de la musique des différents « bateaux boum-boum », plateformes flottantes qui viennent passer la journée sur le lagon avec leurs fêtards…
– fin du coup de gueule 🙂 –

Faukonsolider le mât

On a parlé de Raiatea ? C’est reparti pour les grandes aventures, les belles navigations à travers la Polynésie ? Un petit peu: après différents devis suite aux deux fissures découvertes au niveau des cadènes du mât, nous décidons de faire un A/R express à Raiatea afin de bénéficier à la fois des compétences du chantier local et d’un tarif très raisonnable. On laisse passer la grosse houle dimanche et c’est lundi à la première heure que nous partons au grand largue, génois seul (je mettrais bien le spi, mais avec un mât fissuré, ce n’est pas raisonnable…). Voyage sans encombre, nous avons rapidement la traditionnelle houle croisée polynésienne qui vient tester notre résistance au mal de mer… 75% de réussite, mais je ne dénoncerai pas :o)!
Arrivée mardi 2 juin à midi au mouillage près du Pearl Beach de Tahaa, face à Bora-Bora et près de la rivière de corail. Cela nous rappelle des souvenirs ! Nous allons bien sûr rendre visite aux magnifiques poissons de la rivière de corail, qui s’inquiétaient franchement de ne voir plus personne – le tourisme est au point mort. Nous n’avons pas de friandises prévues pour eux, mais ça ne les empêche de nous accompagner tout le long de cette gentille dérivante.

Bora Bora


Nous y retournons mercredi matin, avant de partir pour un nouveau chantier: celui de Raiatea ! Fred – le gréeur en charge de l’ensemble des opérations – monte à bord nous préparer le navire pour le démâtage, prévu au quai de Marinalu le lendemain.
C’est ainsi que l’on se retrouve avec un motor-boat jeudi matin… ça fait bizarre ! Pendant ce temps, le mât est consolidé et quand on voit la tête des soudures, on se dit que c’est la dernière chose qui restera du mât, c’est du solide !

Remâtage vendredi, recâblage, tests… Tout est bon ? Presque! Une irréductible radio refuse de s’allumer dans le cockpit. Un coup de fil à un ami de Fred nous donne la solution, que tout bon informaticien devrait connaître (oups, je suis rouillé !): arrêter et redémarrer le système! En effet, si la radio n’est pas branchée à l’allumage, elle n’est ensuite pas reconnue. Elémentaire mon cher Watson…
C’est avec soulagement que l’on quitte le chantier vendredi 5 midi: tout s’est bien passé et a été parfaitement exécuté par Fred Hermelin, que l’on recommande vivement !
Réappro en carburant à Uturoa, et à 14h, et nous voilà sortis par la passe de Raiatea: nous visons la petite fenêtre de vent de nord-est qui nous permet de faire plus de la moitié du chemin à la voile: sous la pleine lune et avec une belle moyenne de 8 noeuds, que demander de plus ? Le vent tombe vers 1h et nous finissons au moteur, pour arriver au petit matin à Papeete dans le calme plat. Une belle traversée ! Pas mal de nostalgie de mon côté: c’était la dernière navigation à regarder la lune et les étoiles sous la voile, écouter de la musique, vivre l’instant présent au milieu de nulle part, sans rien avoir à faire, à penser.. juste profiter du moment…
La chance nous a souri une fois de plus: nous avons réussi à éviter le maramu – vent fort du SE de juin à juillet – contre lequel nous aurions dû lutter au moteur (autant dire que ce n’était l’idéal de prévoir un retour depuis Raiatea à cette période là). A la place, un retour à la voile avec un bateau dans lequel on a de nouveau confiance, ça me manquait!

les chantiers en images

Prêts pour la vente ?

Après ce retour et un peu de repos, nous nous préparons à quitter le bateau: tri, vidage de chaque placard, bagages, nettoyage…
Mardi 9 juin, Alexandre me rejoint pour une journée maintenance des moteurs: une bonne aide pour moi et un bon moyen de s’initier à ces moteurs pour lui. Au programme sur chacun des deux moteurs: vidange, changement du filtre à huile, changement du filtre et du pré-filtre à essence, check et changement de l’impeller. De quoi bien s’amuser une journée ! Comme je n’en ai pas eu assez, j’ai terminé par la vidange de la pompe du dessalinisateur à la nuit tombante… Leslie, pendant ce temps là, a assuré en nettoyant toute la coque tribord et préparant le cockpit.

Nous voilà prêts mardi soir pour la vente prévue le lendemain. Vraiment ? C’était sans compter la lenteur administrative de la banque propriétaire de la LOA qui, malgré nos différents emails/coups de fil jusqu’à 1 heure du matin, n’a pas réussi en 10 jours à éditer le contrat de transfert pour les nouveaux propriétaires… Pourtant prévenue début mai, elle nous avait alors dit qu’en 48h tout serait prêt… Le covid les a visiblement complètement désorganisés…

Nous sommes donc coincés, obligés de ré-ouvrir les bagages en attendant ce fameux avenant. Nous trouvons une place au port de Papeete; Leslie et les filles en profitent pour passer à la librairie et aller chez le coiffeur; nous dégustons des croissants le matin, des glaces l’après-midi… il faut bien se consoler !

(Leslie prend le clavier)

Dimanche, nous en profitons pour faire une sortie typiquement tahitienne: une journée à Moorea! Nous prenons un des trois ferrys qui fait l’aller-retour en 20mn – et qui nous font des vagues dans le port et dans la baie de Vaiare :o) -, louons une voiture et rejoignons Anne (une cousine de Vincent) et ses enfants, qui a loué un fare pour le week-end. Activité prévue: accrobranche! Les filles sont ravies. Nous redevenons petit à petit terriens, la transition se fait en douceur… Nous déjeunons dans notre spot préféré, la snack des Tipaniers, et comble du bonheur, la serveuse m’apporte… deux desserts! J’ hésitais entre la tarte au citron meringuée et le fondant au chocolat, la patronne me conseille le fondant, mais c’est la tarte au citron qui m’est présentée:« il n’y a plus de fondant, mais je suis en train de t’en préparer un, donc pour te faire patienter tu peux manger la moitié de la tarte au citron, je la finirai! ». C’est vraiment le paradis terrestre ce restaurant…

Pour le goûter – enfin, pour ceux qui ont encore de la place… – nous rejoignons Yann et Maud sur leur cata « C’est si bon », qui avaient hébergé Vincent il y a pile un an, lors de sa recherche de bateau. Installés à la marina de Moorea, nous échangeons les nouvelles, nous de nos expériences nautiques, eux de la vie sur un voilier à Moorea, des nouveaux vélos retapés et testés sur les belles pistes de terre rouge au milieu des ananas… On a du mal à croire que 12 mois se sont déjà écoulés depuis la première visite de Fakarêver! Mais il y a quelques signes qui ne trompent pas: nous reconnaissons désormais la plupart des noms des îles polynésiennes en les situant dans leurs archipels, Vincent est capable de tenir toute une conversation autour de problèmes de moteurs, les filles se déplacent sans hésiter sur le pont, le quai, dans les cabines… On a tous grandi!

un dimanche à Moorea

Il faut rentrer pour nos deux dernières journées à bord, qui s’annoncent palpitantes: brossage du pont (à genoux avec la brosse à main, seul moyen de nettoyer l’anti-dérapant), remplissage des sacs de voyage (il faut aller en acheter un 7ème, malgré les affaire déjà rapportées par les parents de Leslie, bizarrement tout ne rentre pas…), nettoyage de toutes les cabines, de toutes les salles de bain, du carré, du cockpit, des plafonds…. La vente est enfin signée lundi soir, Alexandre vient à bord mardi après-midi pour la passation, et toutes les explications techniques: fonctionnement de la connectivité Bluetooth qui surveille l’électricité (il paraît que c’est plus simple que ce que ça en a l’air…), du dessalinisateur, du traceur… Je finalise les bagages pendant les quelques heures que dure la formation, et puis ça y est, on quitte le navire! Quelques aller-retours avec la brouette de la marina chargée de nos sacs, qui vont passer le prochain mois dans le bungalow d’Alexandre et Mathilde, un dernier tour du bateau, un dernier au-revoir, et le taxi nous amène au Motel de l’aéroport sous une pluie fine mais persistante…

La fin ?

L’aéroport? Pour aller où? Aux Marquises bien sûr! Depuis le temps qu’on en parle…. ça y est, on y va! Donc en avion (4h de voyage au lieu de 9 jours en mer), dans des pensions (plutôt que dans des mouillages réputés assez chahutés par la houle), ce ne sera pas la même découverte que par la mer, on fera moins d’îles aussi, surtout que les liaisons aériennes n’ont pas repris partout, mais on a tellement cru qu’on ne les verrait jamais, nous avons là un magnifique lot de consolation!
Mercredi 8h, bagages enregistrés, famille masquée, c’est parti pour un nouvel archipel!

Et c’est terminé pour notre aventure maritime… Pour le moment pas encore de nostalgie, nous sommes contents de retrouver le confort de la vie terrestre. Le mois qui vient de s’écouler a été bien rempli, et pas seulement de couchers de soleil et de navigations idylliques, nous avons eu le temps de nous préparer à partir, d’emmagasiner de derniers souvenirs, de sortir petit à petit de notre coquille confortable (le décrochage des dessins et des peintures a participé à notre propre détachement). Malgré les aléas techniques et Covidaux, nous avons relevé notre défi: vivre et naviguer toute une année à la découverte de paysages, de cultures, d’expériences incroyables, tellement loin de notre quotidien bonimontain (de Montbonnot ^^).
Et surtout… on ne s’est pas échoué sur les récifs, on n’a pas démâté, on n’a pas touché de patate de corail, personne n’est tombé à l’eau pendant une navigation, on ne s’est pas fait attaqué par un requin/une méduse/ un corail de feu, on n’a pas eu la ciguatera ni la dengue!! Nous avions à bord une énorme trousse à pharmacie, Leslie avait fait un stage de premiers secours en milieu isolé, et c’est avec un grand soulagement qu’elle a donné les kits de sutures, agrafes, piqûres d’adrénaline, et autres matériels réjouissants et intacts aux nouveaux propriétaires! Même si nous nous étions préparés à toutes les éventualités ci-dessus, car des accidents sont vite arrivés en mer, nous sommes bien contents de les avoir évités…

Les filles nous auront complètement épatés pendant cette aventure, et c’est peut-être là notre plus grand émerveillement: leur capacité d’adaptation à leurs nouvelles conditions de vie et aux différentes navigations, leur facilité d’appréhension de toutes les nouvelles contraintes (restrictions de déplacement, isolement, complexités de ravitaillement), leur grand enthousiasme à chaque arrivée dans une nouvelle île, pour une nouvelle activité (bon, pas forcément toujours pour faire l’école… on ne demande pas non plus la perfection…). Elles ont grandi pendant cette année (en témoignent les robes qui n’ont cessé de raccourcir), elles ont pris en aisance dans leur rapport aux autres, elles n’hésitent plus à se mêler à des groupes d’enfants, à leurs jeux, nous sommes vraiment fiers d’elles – même si, en même temps, en tant que parents, on n’est pas vraiment objectifs… Mais on le dit quand même ^^!

Nous sommes arrivés depuis mercredi à Hiva Oa, notre première île marquisienne, qui tient pour le moment toutes ses promesses… Mais ce sera dans le prochain article!

Raiatea

Re-aiatea (rebonjour Raiatea)

Tout a commencé…

…lors de notre arrivée à Maupiti:

  • « Tu as vu ? La bande anti-UV sur la bordure du génois -bord inférieur de la voile avant- a l’air un peu détendue ». Avant de partir, regardons tout ça. Boah, la couture s’est défaite sur quelques dizaines de centimètres, on met quelques points et ça va le faire, non ?
  • Yann de Quasar: «  vous savez, en général, c’est rare qu’il n’y ait qu’un endroit qui soit fatigué… »
  • Ah oui ? Déroulons ce génois pour regarder de plus près! Hum… le fil a l’air cramé tout du long, et ça se défait aussi sur la chute -partie arrière- de la voile ! Tant qu’à faire, il y a aussi le point d’écoute -anneau pour border/tirer la voile- qui n’est pas très beau et les penons -fil de laine sur la voile qui montre l’écoulement du vent afin de faire de bons réglages- qu’il faudrait remplacer.
    Ok, ce n’est pas aux Tuamotu, ni aux Marquises et encore moins aux Gambier que l’on pourra faire quelque chose et ça n’attendra pas notre retour! Un stop entre Maupiti et les Tuamotus s’impose.
  • Voyons à tout hasard la Grand voile ? Là, c’est moins urgent, mais le galon du nerf de chute – bon je fais le malin avec mes termes techniques, mais à ce moment là je ne savais pas ce qu’était un galon. C’est le nom pour la bande de tissus que l’on met autour du bord extérieur de la voile pour la protéger. Il y a aussi une ficelle (nerf de chute) qui passe dedans et qui doit être tendue pour éviter que le bord de la voile faseye/flappe- . Ce galon donc, est à refaire sur toute la hauteur de la voile ! Pour finir, la couture de la bosse du 1er ris donne aussi des vrais signes de fatigue -là aussi c’est technique: pour réduire la taille de la voile par grand vent, on la replie par le bas. Pour la maintenir repliée, on utilise un bout (corde) qui passe dans un anneau sanglé en hauteur à l’arrière de la voile ou “bosse de ris”. Il y a de même en face sur l’avant de la voile un “point d’amure de ris” et on tendra la bosse et le point d’amure de ris pour “prendre un ris”/réduire la voile. Mais je m’égare…
  • C’est décidé, on se fait une révision d’ensemble des voiles afin d’être tranquille pour la suite! (comme c’est bientôt Black Friday, on en profitera aussi pour faire réviser le lazy-bag -l’enveloppe qui protège la GV des UV au mouillage-, recoudre un coussin de dossier fatigué et réviser le bimini du poste de barre -toit en toile au dessus)
  • On contacte le voilier qui nous avait réparé le Spi, mais il n’a pas de disponibilités avant 10 jours et il est…sur Tahiti, ce qui n’est pas exactement sur notre route ! On trouve O’Rion sur Raiatea qui a de la dispo, go!
  • Je vous laisse vous replonger dans le post sur Maupiti à propos de notre retour principalement au spi et nous voilà en face du chantier de Raiatea!

Désarmer (ou dégréer le génois et la GV) ?

Dégréage du génois

Ça n’a pas l’air très compliqué: on défait tout, on plie, on met dans l’annexe, et on livre au voilier. Ça sera plus facile tout de même à plusieurs. « Quasar, dispo pour un coup de main ?» Nous sommes bien contents que Yann et Laura puissent nous aider. Ils ont une expérience qui nous permet de faire ça simplement, rapidement, le tout avec un beau pliage.

Mise de la grand voile dans l'annexe
La grand voile dans l'annexe

Le génois ça va encore, mais la GV, il y a le point d’écoute, les ris et les chariots à défaire, puis les lattes à enlever car la voile est 2 fois plus longue que l’annexe et surtout ça pèse lourd ! Encore un grand merci, car avec votre aide en 3 heures c’était plié (c’est le cas de le dire :’)

O’Rion

Mardi, Nicolas (O’Rion) prend bien le temps pour regarder les voiles avec nous. Nous y passons largement plus d’une heure, on sent qu’il connait bien son métier et nous donne de bons conseils.

Il nous permet de bien comprendre ce qui est important ou non et où on en est en terme d’usure: en gros le cœur des voiles est en bon état et on est sur des points d’usure habituels pour des voiles de cet âge (4 ans, comme Fakarêver). Il nous a aussi aidé à analyser des habitudes et des points sur le bateau à modifier pour ménager les voiles (réglage du 1er ris, faire attention aux haubans en grand largue, des vis à limer/protéger pour éviter de râper le génois).

Pendant ce temps là, les filles s’amusent comme des folles avec les chats et chiens de la voilerie, eux aussi très accueillants !

Re-armement:

Vendredi midi, le lazy-bag et la GV sont prêts: récupération chez le voilier; sieste (on a notre petit rythme à respecter); mise place et regréement (jusqu’à la nuit !)


Samedi c’est le génois! On a passé un peu de temps à attendre des accalmies, car pour le génois ce n’est pas facile au mouillage quand il y a du vent ! (mais bizarrement on n’était pas très chaud pour le remonter en route non plus!)


Le ré-armeement s’est finalement fait plus facilement que ce que l’on craignait (d’autant plus qu’on était plus que tous les deux!)

Il nous reste encore les bosses de ris à remettre et régler, mais ça sera pour demain: on annonce un vent calme… et départ lundi jeudi le vent a forci pour les Tuamotus!!

Huahine

Hue, Huahine

Plan de Nav

Après toute cette attente à Papeete et Taina, on est impatient de partir ! Le vent indiqué est de 10-15 Noeuds en grand largue une fois que l’on aura quitté la protection de l’île de Tahiti. On espère donc faire du 7 noeuds de moyenne (héhé, on est encore des jeunes Padawan) et mettre une quinzaine d’heures pour faire les 90 miles de navigation.

Pour arriver de jour, nous prévoyons de partir en fin d’après midi et de naviguer essentiellement de nuit. C’est notre première nav de nuit tout seuls ! (la seule qu’on ait faite était avec Skipper à Bandol en Méditerranée )

C’est parti!

Après des derniers achats sur place (chaine inox pour l’annexe afin de ne plus se mettre plein de rouille sur les mains à chaque fois qu’on l’attache, colle pour remettre le rail de led sous la nouvelle machine, et plein d’autres petites choses), on largue les amarres vers 16h.

2 rameurs profitent de notre sillage le temps que l’on rejoigne la passe, la lumière est magnifique et cela fait un petit pincement de quitter Tahiti, où on a déjà passé de si bons moments !

La passe est agitée (gros bouillons, houle de travers), mais avec les 2 moteurs et de la vitesse, on traverse aisément. Le vent se fait trop timide à la sortie, donc on continue au moteur direction plein nord pour quitter le cône protégé par l’île.

Petit à petit le vent augmente, la nuit commence à tomber, et comme on ne se voit pas faire notre première nav de nuit sous spi, on met juste le génois. Le temps est magnifique, la lune presque pleine nous éclaire, la houle avec ses longues ondulations nous pousse gentiment dans la bonne direction. Il est 19h30, Leslie fera le premier quart, je vais me reposer ( magie: je m’endors très rapidement)

1er quart

(c’est Leslie qui raconte) Évidemment qu’il dort comme un bébé, avec un telle navigatrice à la barre, il peut dormir sur ses deux oreilles!
La nuit est effectivement magnifique, et avec la houle qui nous fait un peu surfer, l’allure est vraiment agréable. Je me détends petit à petit (oui, bizarrement, un peu stressée au départ…), je profite du bruit de l’eau sur la coque et des doux mouvements de balancier du navire. Avec le pilote automatique enclenché, il n’y a finalement pas grand chose à faire pendant le quart, j’en profite pour éditer quelques images sous-marines prises à Taina (nous avions trouvé un nouveau spot de plongée bien sympa avec une petite épave), lire tranquillement (en mettant un réveil toutes les 10 minutes, le bercement continu commence à faire son effet), et même sortir le ukulele. Quelle classe de travailler ses accords sur le siège de barre, face aux étoiles! J’arrive même à la fin de mon quart à maîtriser le Sib mineur…
Vers 1h le vent a beaucoup baissé, notre vitesse de pointe est autour des 2,8 – 3 noeuds, je vais réveiller Vincent pour tenter l’option Grand-Voile (bien mal m’en a pris, je spoile un peu le paragraphe suivant, mais elle a fait un bruit d’enfer tout le reste de la nuit et j’ai dormi à peine 1h30…)

2ème quart

1h30, Leslie me réveille, et je me prépare pour mon quart. Le vent est seulement de 7-9 noeuds, et nous avançons à ce moment là à 3 noeuds (après une moyenne de 4). Ça va être juste pour arriver avant le lendemain soir! On décide d’ajouter la grand voile. Allez, hue ! En pratique, cela ne nous a pas fait gagner grand chose à cette allure, à part des battements de baume en fonction de la houle (même celle-ci attachée). Leslie part se coucher vers 2h30. C’est donc à 4 noeuds de moyenne que nous continuons.
Je profite de la lune, des nuages et des grains qui passent au loin, un porte container et un ferry nous croisent sur l’horizon.
La lune disparait et c’est 30 minutes de noir profond avant que le soleil se lève…. magique!

Spi

6h, la luminosité est bonne, il est temps de mettre le spi pour accélérer ! (l’ordinateur de bord indique une arrivée à la passe vers 21h à notre vitesse de tortue…de terre, car dans l’eau, elles filent !)
On a bien tout préparé, selon le manuel qui dit (au contraire du livre des Glénans), de garder la grand voile et rouler le génois.
Cela se déroule pas trop mal, mais avec la houle qui lui imprime de grand mouvements et la grand voile qui le dévente, le tout avec peu de vent, le spi ne tient pas bien et se replie régulièrement sur lui même.
On le remet dans sa chaussette, pose 3 ris à la grand voile pour limiter la dévente et c’est reparti ! Mais le temps de faire ça, le spi a visiblement eu le temps de tourner sur lui même et ne se déploie pas.

On est fatigués, il est temps de prendre un petit déjeuner, c’est donc avec un moteur qu’on avance (et une voile au 3ème ris). 5,5 noeuds, l’heure d’arrivée prévue est de nouveau raisonnable.

Une fois les forces reprises, on sort le spi entièrement de sa chaussette sur le pont en l’attachant régulièrement pour qu’il ne se gonfle pas; on lui trouve 2 tours entre lui et sa chaussette (bizarre). Ça n’a pas dû aider sa mise en place le matin…

10h, on est tout bon ? On y va ? Euh… le vent est tombé à 5 noeuds, on laisse tomber, on range complètement la grand voile et profitons de la navigation (au moteur donc 🙁 )

13h45, le vent forcit de nouveau à 9-11 noeuds.
Je suis toujours à fond: « on met le spi » ? Bizarrement Leslie n’était plus super motivée.. j’utilise mon joker: « on essaie 15 minutes, si ça fonctionne pas, on met le génois et on continue appuyé au moteur »
Et là, le miracle opère: sans grand voile, les tours enlevés, ça se déploie tout seul, il est magnifique !
Par contre, nous n’avançons qu’à 4,5 noeuds, nous gardons donc un petit appui moteur pour rester à 6 noeuds et arriver avec assez de marge tout au fond du chenal (1H30 de chenal), où nous attend Lotus, avant la nuit.

Huahine !

Huahine se découpe à l’horizon, une baleine vient nous accueillir et repart. Nous approchons suffisamment pour faire des échanges radio avec Lotus.

Notre bateau pris depuis le mouillage par Lotus! Mais quel beau spi!!

Avec l’effet venturi près de l’île, le vent forcit assez pour que l’on coupe le moteur (12noeuds !). Nous longeons ainsi le récif sans autre bruit que la houle qui roule et s’écrase avec fracas sur celui ci (en quelque centaines de mètre la profondeur passe de 1000 mètres à 0!), c’est vraiment impressionnant.

Le Spi quand à lui opère sagement le passage de large tribord, au vent arrière puis au large bâbord à l’aide de nos réglages…

16h30, nous sommes à la passe. C’est un trajet magique qui nous attend pour rejoindre le mouillage tout au sud, avec le soleil couchant sur l’eau transparente, la végétation luxuriante, les paysages qui se découpent et défilent sous nos yeux..

On mouille ?

17h50, le soleil est tout juste couché, on fait (vraiment) confiance à Julien pour le rejoindre sur un plateau de sable. Le sondeur bippe et indique 1,1m pour un cata d’1,16m de tirant d’eau: Julien tu es vraiment vraiment sûr ? Il y aura en effet encore 20cm d’eau sous la quille et on est marée basse (on surveillera la houle tout de même)
C’est bon, on est positionné ? Leslie envoie l’ancre ! Comment ça, ça fait juste « clic clic ? ». Rhaaaaaa !
J’essaie aussi, Julien vient nous aider, desserre le frein, mais rien à faire ça ne descend pas. Le tout avec suffisamment de courant pour qu’il faille en permanence quelqu’un à la barre pour compenser.

on aperçoit la mine déconfite de Leslie devant le guindeau en panne…

On jette l’ancre de secours. C’était au final juste le disjoncteur qui avait été coupé par inadvertance lors des travaux moteurs de Papeete, et moi qui au lieu d’enlever le frein avait mis la sécurité qui empêche le guindeau de se dérouler. On a encore beaucoup à apprendre !

On est tous ravis de retrouver Lotus et c’est autour d’un bon apéro (et de rhum) que l’on se raconte toutes nos aventures!

Le film!

Voici quelques images admirablement filmées et montées par Leslie :

Tahiti

En bateau, rien n’est jamais certain…

Leslie le 4 septembre (article précédent):
«  Nous récupérons le spi (réparé) demain matin, puis retournons avec le bateau à la marina de Taina pour faire quelques grosses lessives, et profiterons des alizées pour notre première « grande » traversée jusqu’à Huahine (15h de navigation), d’ici la fin de la semaine. »

Le plan se déroule à merveille

  • Récupérer le Spi => check
  • Retour à la marina de Taina => check
  • Grosses lessives au port => check
  • Paiement de notre corps mort de Taina pour libération => check
  • Finalisation des dernières courses => et de 2 caddies bien chargés de plus.
  • Rangement dans le cata => check

Tout est prêt ? Vraiment ?

Une p’tite douche après cette journée chargée et… comment ça il n’y a pas d’eau ?

  • Le réservoir est plein ? => oui
  • L’alimentation électrique fonctionne ? => oui
  • Si on passe sur la pompe de secours ? => ça marche

Bon, on va pas partir avec déjà une pompe en panne. Je démonte, mais il faut arrêter la pompe de secours et du coup la machine à laver qui tourne pour le sac qu’on a oublié d’emmener à la laverie…
Au final c’est le contacteur de pression qui était mort (il indiquait en permanence que le circuit était sous pression et que la pompe n’avait pas besoin de se mettre en route) . Heureusement les anciens propriétaires en avait laissé un d’avance (hum… cela veut dire que c’est une panne courante ?)

Cécilie quelques dizaines de minutes plus tard: « elle a fait un drôle de bruit la machine ». Tiens c’est vrai que ça tourne plus très bien. Et ça sent le chaud aussi!
Il est tard, on verra demain.

Raah pourquoi tout est si compliqué !

Un résumé ultra-rapide des 3 jours suivants:

  • Premier diagnostique après démontage complet: problème entre le tambour et la cuve. Le tambour frotte sur la cuve et le moteur ne peut donc plus le lancer. Difficilement réparable.
  • Tahiti est en 60 hz, notre cata en 50Hz, et on a un format de machine inhabituel. Le Carrefour d’à coté – et les sites web d’électroménager de Tahiti – n’ont pas notre taille ni de machine compatible 50Hz.
  • on ne peut pas trouver de machine ici, faut l’importer.
  • Oui, mais ça coûte cher (premiers devis à 1000€ de transport par avion, puis 600€ par voie maritime, on n’a pas essayé les importateurs), ça prend du temps par bateau, qui la récupère en attendant si on repasse la chercher plus tard ?
  • A-t-on besoin d’une machine ? Peut-on partir et continuer éventuellement nos recherches par téléphone ?
  • Je perce la cuve pour voir ce qui est cassé. C’est un bras du tambour! Ça se ressoude ?

  • Y a un bateau soudeur pas loin (merci Julien pour l’info!)
  • Soudeur: « non ça se répare pas, mais je viens d’acheter un machine géniale à Carrefour qui est toute petite. Tu veux jeter un oeil ? » C’est le bon format ! En fait, cette machine n’était plus exposée car le chef de rayon n’était pas là la semaine dernière et il en restait 3 cachées dans le stock du magasin.
  • Peut-on passer notre cata en 60Hz ? A priori, au moins le convertisseur. Appel à un électricien, on teste, c’est possible !
  • Tous nos autres appareils sont compatibles 60hz ? => oui
  • L’électricien qui passe notre système en 60Hz: « savez-vous qu’il n’y a que Tahiti en 60Hz ? Toutes les autres îles de Polynésie sont en 50Hz » => Appel de tous les magasins pour trouver une machine au bon format en 50Hz (puisque ça doit être possible) => rien
  • Achat de la machine 60Hz de Carrefour (je vous laisse imaginer l’acheminement en caddie puis en annexe d’une machine de 50kg jusqu’au cata)
  • Test => KO, le programme ne se finit pas (le soudeur m’avait prévenu, ça veut dire qu’on est toujours en 50Hz au lieu de 60).
  • On passe manuellement le convertisseur en 60hz => ça fonctionne !
  • Reste le générateur qui lui est toujours en 50Hz. (on ne peut juste pas le mettre en même temps que la machine). Ce modèle-là est sensé savoir faire du 60Hz, mais il est marqué «  manufactured with 50Hz » et on a pas l’option « écran digital » qui lui permet de passer de l’un à l’autre. Si jamais quelqu’un peut avoir l’info de comment le passer en 60Hz, on est preneur ! (Générateur Cummins Onan MDKBJ )

Ouf, on est paré, on part demain soir?

NB: Article paru le 12 pour nos activités du 6 au 9

Moorea

Pas très in-Spi-ré

Après une semaine dans les mouillages près de Vaiare, il est temps d’aller voir au nord de Moorea!
Cela commence pas trop mal avec des baleines qui nous font coucou de loin. Comme le temps a l’air de s’y prêter: on se dit qu’il est temps de tester le Spi! Je ne l’avais monté qu’une fois lors du test en mer pour l’achat il y a 2 mois déjà..

Le Spi Parasailor sur Fakarever
Voici à quoi cela ressemble lorsqu’il est bien lancé (spi de type Parasailor):

Pour en arriver-là, il faut

  • le sortir de la pointe avant – check
  • le monter au mât à l’aide de la drisse dans sa chaussette (la voile est rassemblée sur toute sa longueur dans un sac – la chaussette – que l’on va remonter ensuite).
  • Ne pas oublier d’attacher le bas de la chaussette pour qu’elle ne vole pas par la suite – check
  • Attacher les 4 écoutes et les mettre en place – check
  • ouvrir la chaussette et le laisser se déployer….

Bon on va pas faire durer le suspens plus longtemps: c’est là que ça se gâte.

Tout d’abord la chaussette ne remonte pas bien au niveau de l’aile centrale, le temps de faire du yo-yo avec la chaussette, les écoutes battent et… n’ayant fait que des noeuds de chaise simple (sans sécurité) et pas assez serrés, 2 écoutes se défont ! (raaaah, on nous l’avait bien dit pendant notre formation !!)
C’est pas grave, on rattrape gentiment le spi, on refait les 4 noeuds de chaises et c’est reparti!

Et là, on s’aperçoit de notre double erreur:
1) on a monté le spi à tribord pour un vent qui venait lui aussi de tribord: le spi va donc traverser tout notre avant pour pouvoir se gonfler
2) on a fixé la drisse de chaussette sur un taquet lui aussi à tribord.

Le spi est dévié, le vent n’est pas tout à fait stable et au lieu de se gonfler joliment cette fois-ci, il s’enroule autour de notre étai (le câble qui tient le mât à l’avant et sur lequel notre génois est lui aussi enroulé). 5 tours bien serrés et trop haut pour qu’on puisse tenter de les défaire… cela se nomme un spi en cocotier !
Leslie a la bonne idée d’attacher le bas du spi pour qu’il ne batte pas et nous en sommes là:

Nous visons une baie tranquille pour le défaire tranquillement, mais une idée me vient en voyant battre gentiment le milieu: si on faisait faire des tours au bateau pour que le vent nous aide à dérouler le spi ? (très mauvaise idée en fait, comme nous allons l’expérimenter…)

  • 1 tour, tout va bien
  • 2 tours, on tient le bon bout: ça fonctionne !
  • 3ème tour…euh, c’est grand un spi, et quand on le déroule, c’est une partie de plus en plus grande qui flotte, et…. s’emmêle dans le radar et les antennes du mât ! Pas cool du tout ça en plus ça bat et on risque franchement de l’abîmer !

Bon, on range la grand voile et c’est parti pour ma première montée au mat en mer en étant assurée par Leslie!
Démêlage ok, mais le temps de faire tout ça, le spi s’est malheureusement un peu déchiré 🙁
(Rien de bien grave à priori, mais nous allons le faire réviser car c’est une voile délicate!)

Une fois démêlé du mât, il bat devant. Une dernière idée me vient (meilleure cette fois-ci), en passant d’un grand large (on garde le vent derrière) à bâbord puis à tribord en fonction de la position du spi autour de l’étai, on arrive à le dérouler et il se gonfle enfin..

On range tout, assez d’émotion pour aujourd’hui… de toute façon le temps de faire tout ça on est arrivé au mouillage de la baie de Opunohu!